Jeux paralympiques 2024 : « Je me suis fait voler mes Jeux »… C’est la grande déprime pour l’escrime fauteuil française
défaites•Après la journée noire au niveau de l’organisation mardi, c’est l’arbitrage vidéo qui a cette fois fait parler de lui mercredi au Grand Palais, et pas en faveur des FrançaisNicolas Camus
L'essentiel
- Comme la veille, l’équipe de France d’escrime fauteuil est repartie bredouille du Grand Palais ce mecredi.
- Après les gros problèmes d’organisation lors de l’ouverture de la compétition mardi, cette deuxième journée a été marquée par des décisions litigieuses qui n’ont pas tourné en faveur des Bleus.
- Maxime Valet, éliminé lors du 3e tour des repêchages, évoque même « un scandale » et estime qu’on lui a « volé » ses derniers Jeux.
Au Grand Palais,
Deuxième jour de compétition pour l’escrime fauteuil dans ces Jeux paralympiques, et cette impression déjà bien tenace d’un truc qui ne veut pas sourire sous la verrière du Grand Palais. Mardi, c’était l’organisation qui avait viré au n’importe quoi, avec près de trois heures de retard en fin de journée sur le programme annoncé. Le podium du sabre féminin a ainsi eu lieu à 2 heures du matin, devant des tribunes vidées depuis un bon moment. On a connu mieux pour le respect des athlètes.
Ce mercredi, pour le fleuret, les stigmates de cette journée mal emmanchée étaient encore visibles. On parle des cernes sous les yeux des para escrimeurs et escrimeurs, notamment de l’équipe de France. Car pour ne rien arranger, Maxime Valet et Brianna Vidé avaient tiré quasiment jusqu’au bout, mais sans parvenir à décrocher de médaille, le bronze s’échappant pour quelques touches. Ils n’ont donc pas eu la consolation du podium avant de remettre ça dès 9 heures ce mercredi matin (en escrime fauteuil, on retrouve les mêmes athlètes d’une arme à l’autre car ils doivent concourir dans au moins deux sur les trois pour se qualifier).
Ça a piqué au réveil
Ludovic Lemoine, qui était resté pour pousser les copains, raconte : « Le temps de terminer, plus quarante minutes de navette, manger un peu car on n’avait pas pris de vrai repas depuis le matin, faire les soins, la douche, je me suis couché à 1h45, et levé à 6h30. » Pas top pour la récup, ni pour la mise en route. Le Français est sorti du tableau très tôt, même si c’est plus parce qu’il est tombé sur plus fort que lui, il le reconnaît volontiers.
Brianna Vidé, elle, a su se ressaisir, mais son début de journée a également été très difficile. « J’ai mal dormi, et en me levant, j’étais toujours en train de ruminer ma compétition de la veille, le truc à ne vraiment pas faire, concède-t-elle. J’ai démarré la journée avec beaucoup de crispations, la tête basse, pas un bon état d’esprit. Ça a été bien mieux ensuite. »
La vidéo s’en mêle
Sauf que sa défaite dès les 16e de finale l’a obligée à entrer dans la machine à laver des tours de repêchages, vrai parcours du combattant avec ses cinq matchs à gagner pour espérer jouer le bronze au bout du compte. Dans une ambiance qui commençait vraiment à avoir de la gueule, elle s’est arrêtée à l’avant-dernière marche, au terme d’un match irrespirable contre la Hongkongaise Chui Yee Yu, perdu 15-14.
C’est là qu’on en arrive au grand problème de cette deuxième journée : c’est quoi notre problème avec les arbitres vidéo ? Brianna Vidé, donc, on y revient, aurait dû gagner ce match, la salle est unanime là-dessus, et ce n’est pas qu’une question de chauvinisme. Les deux dernières touches, revues sur les écrans par les deux officiels, ont à chaque fois été données à son adversaire alors que même cette dernière savait qu’elle ne le méritait pas.
« Je suis frustrée parce que je suis persuadée qu’elles sont pour moi, réagit la jeune Française de 24 ans. Je ne les regarderai pas à la vidéo parce que ce sera trop dur, mais même mon adversaire, sur la touche que les arbitres lui donnent, elle baisse la tête. Elle sait qu’elle a tort sur cette action, mais l’arbitre ne va pas dans ce sens-là. » C’est dit sans énervement, de manière posée. Même si elle est consciente que ça va piquer dans la soirée, quand elle réalisera vraiment, la para-escrimeuse ne veut pas polémiquer.
Maxime Valet, en revanche, ne s’en prive pas. Sorti un peu plus tôt dans la journée, au troisième tour des repêchages, il s’est montré très en colère à sa sortie de la piste après sa défaite face à l’Ukrainien Oleg Naumenko (15-5). Vraie chance de médaille (voire plus) en fleuret catégorie B, il estime qu’il s’est « fait voler » lors de ce match, accusant l’arbitre responsable de la vidéo de lui avoir donné systématiquement tort, avantageant ainsi sciemment son adversaire.
En colère, Valet s’embrouille
« C’est un scandale, ce match ! C’était pas compliqué, l’Ukrainien allumait sa lampe, il demandait la vidéo, il avait le point. Je ne pouvais pas jouer », pestait-il quelques minutes après. Le Français de 37 ans était tellement dégoûté qu’il s’est trompé sur la nationalité de l’arbitre en question, alors qu’apparemment il le connaît bien. « C’est un Russe. Avec lui, c’est tout le temps comme ça, assurait-il. Il m’a volé une demi-finale aux championnats du monde aussi. Je ne sais pas ce que je lui ai fait, mais en tout cas, avec lui, je ne peux pas jouer. »
Vérification faite, l’officiel était un Israélien du nom de Gregory Gross. On se disait aussi, un arbitre russe pour une rencontre avec un athlète ukrainien, ça nous paraissait suspect. Et encore plus qu’il l’avantage. On peut certainement voir dans cette confusion de Maxime Valet la déception d’une journée ratée, qui l’aura vu chuter dès les quarts de finale face à l’un de ses principaux concurrents pour le podium, le Chinois Daoliang Hu.
NOTRE DOSSIER JEUX PARALYMPIQUESPour ses derniers Jeux, et après déjà trois médailles de bronze récoltées, il espérait terminer en apothéose sur ces Jeux à la maison dont il rêvait depuis longtemps. « J’avais d’autres ambitions pour aujourd’hui, regrettait-il, la voix lasse. Je ressens de la colère, de l’injustice. Parce que le match ne doit pas se passer comme ça. Après, je gagne ou je perds, hein, l’Ukrainien en face est très bon, mais je n’ai pas pu me défendre. Je me suis fait voler mes Jeux. »
Les mots sont forts, répétitifs. Le Français semble lucide, mais il reste en boucle sur ces situations où il est sûr d’avoir touché, où l’arbitre principale Kyung Mi Chung lui donne le point, mais où, finalement, il perd son gain après contrôle sur les écrans. Un scénario qui s’est produit « une dizaine de fois » selon lui, ce qui fait lourd sur un match en 15 points gagnants. Nous ne sommes pas assez spécialistes pour juger, avouons-le, mais son entraîneur semblait tout aussi décontenancé que lui à chaque fois sur le bord de la piste. Il va vraiment falloir que les épreuves par équipe, à partir de jeudi, fassent tourner tout ça. On est chez nous quand même, non ?


















