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« Comment on fait pour nager sans bras ? »… Les jeunes de Saint-Denis à la rencontre des paranageuses canadiennes
RENCONTRE•Plusieurs classes de primaire de Saint-Denis ont découvert le tout nouveau Centre aquatique olympique. L’occasion pour eux de rencontrer deux paranageuses canadiennes qui s’y entraînaient mardi après-midiAymeric Le Gall
L'essentiel
- Les Jeux paralympiques sont l’occasion pour les jeunes élèves d’Ile-de-France d’aller à la rencontre des para-athlètes.
- Ce fut le cas mardi, à l’occasion de la visite de plusieurs classes de primaire de Saint-Denis au Centre aquatique olympique.
- Les enfants ont pu rencontrer deux paranageuses canadiennes et leur poser tout un tas de questions, sans tabou ni barrière.
De notre envoyé spécial au Centre aquatique olympique,
C’est l’autre face des Jeux paralympiques, celle que les téléspectateurs et le public ne voient pas, et qui est peut-être la plus importante pour notre pays : la question de l’héritage. Mardi, plusieurs classes de Saint-Denis ont été conviées au Centre aquatique olympique afin de visiter les installations de ce qui deviendra leur piscine une fois la page des Jeux tournée, et de rencontrer deux paranageuses engagées dans la compétition.
Théâtre des épreuves de natation synchronisée et de plongeon durant les JO, cette piscine flambant neuve sert de lieu d’entraînements pour les nageuses et les nageurs durant ces Jeux paralympiques. Alors que les Canadiennes enchaînent les longueurs, les enfants prennent place dans les gradins pour une séance de questions-réponses avec Tony Estanguet, le président du comité d’organisation. Eparpillés dans les tribunes, les enfants ont un peu de mal à se concentrer – il faut dire qu’on ne s’entend pas très bien avec le bruit ambiant de l’immense salle – tandis que les institutrices, elles, ont toutes les peines du monde à maintenir le calme.
En haut des gradins, trois amis tapent la discute et se demandent s’ils pourront piquer une tête dans la piscine. On les comprend, le bassin est juste là, d’un bleu aguicheur, qui leur tend les bras. Mais non, la baignade n’est pas au programme du jour. C’est con, nous aussi on avait pris notre maillot, au cas où.
Les jeunes dyonisiens à la découverte de leur piscine
Finalement, après quelques minutes de flottement, les langues se délient, les bras se lèvent et les questions fusent. Une élève interroge Tony Estanguet : « Comment on fait pour nager quand on n’a pas de bras et/ou de jambes ? ». « Ils se servent de leur corps, notamment de leur buste, pour faire des oscillations sous l’eau, et c’est comme ça qu’ils arrivent à nager. Et ils nagent vite, plus vite que moi, je vous la garantis », sourit l’ancien champion olympique.
On évoquait la question de l’héritage en début d’article. Il est double pour ces jeunes élèves, matériel et immatériel. Le but de cette visite est de leur présenter leur nouvelle piscine, eux qui, jusqu’ici, n’avaient qu’un seul endroit pour nager, « la Baleine » comme on l’appelle dans le coin. Une piscine pour 113.000 habitants, pas étonnant que plus d’un jeune sur deux ne sache pas nager en arrivant au collège.
« Grâce aux Jeux, on va multiplier par douze la capacité d’accueil pour les habitants de Saint-Denis. c’est comme si on avait douze baleines désormais », leur explique Shems El Khalfaoui, le maire adjoint de Saint-Denis. « Cette piscine va changer la vie des habitants de notre ville de ce point de vue-là, nous dit-il quelques instants plus tard. On va mettre en place une politique d’apprentissage de la natation dès le plus jeune âge, et non plus à partir du CM2 comme c’est souvent le cas encore aujourd’hui. Notre but, c’est que 100 % des élèves qui sortent de CM2 sachent nager. »
« L’idée c’était de connecter le plus possible les enfants de la région à l’événement, qu’ils puissent voir de près ce que sont les Jeux. Des Jeux qui doivent être utiles, qui doivent servir à réfléchir à la question du handicap, renchérit Tony Estanguet. Ça donne une image positive des personnes en situation de handicap. Au départ, les enfants peuvent être gênés d’être confrontés à ces questions, mais quand ils voient les athlètes faire du sport à ce niveau-là, ça leur montre que ce n’est en aucun cas un frein pour vivre en société, faire du sport. »
L’inclusion par l’éducation et les échanges
C’est tout le but de la seconde partie de la visite. Une fois séchées, les Canadiennes Emma Van Dyk et Danielle Dorris, médaillée d’or sur 50 m papillon à Tokyo, se prêtent à leurs tours au jeu des questions-réponses avec les enfants. Et étonnamment (non), cela semble les captiver beaucoup plus. Les questions fusent dans l’auditoire. Une petite fille veut savoir comment Emma Van Dyk a perdu ses deux avant-bras (atrophiés).
« Je suis née comme ça, répond-elle. J’étais déjà comme ça dans le ventre de ma maman. Mais comme j’ai une sœur jumelle, je dis souvent pour rigoler que c’est elle qui me les a mangés. » La blague fait mouche et détend l’atmosphère. Sur leur visage, alors que, pour la plupart, c’est la première fois qu’ils sont confrontés d’aussi près à quelqu’un qui ne leur ressemble pas en tous points, aucune trace de gêne.
« Les enfants ont moins de barrières que les adultes, ils posent toutes les questions qui leur passent par la tête, et nous, ça nous permet de briser des tabous et les idées reçues qui ont longtemps fait des ravages d’un point de vue de l’inclusion des personnes en situation de handicap », abaonde le le président du comité d’organisation. Si les Jeux paralympiques peuvent permettre aux jeunes générations d’avoir un autre regard sur la question du handicap, alors notre société aura fait un grand pas vers plus d’inclusion.
Et si en plus ils peuvent piquer une tête dans la piscine et apprendre à nager sans avoir à s’inscrire sur une liste d’attente, eux aussi auront la sensation de ne pas être laissés-pour-compte, dans un département à la fois si proche de Paris et pourtant parfois tellement loin en matière d'accès aux loisirs.


















