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Les athlètes prêts à « se faire charrier » et à jouer le jeu de la critique ?

Jeux paralympiques 2024 : Les athlètes sont-ils prêts à « se faire charrier » et à jouer le jeu de la critique ?

AHAHAH (OU PAS ?)Alors que les épreuves des Jeux paralympiques débutent ce jeudi, le compte TikTok du Comité paralympique international a subi un vent de critiques après avoir tourné en dérision les déboires de certains athlètes
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Après la cérémonie d’ouverture, mercredi, place de la Concorde, les Jeux paralympiques débutent ce jeudi.
  • Pour promouvoir les parathlètes, le compte TikTok a misé sur l’humour avec des petites vidéos humoristiques.
  • Un choix qui a fait grincer quelques dents mais qui permet aussi de faire tomber les barrières entre valides et personnes en situation de handicap, sur un pied d’égalité en matière d'autodérision.

De notre envoyé spécial à l’école du rire,

La polémique qui agite ce début de Jeux paralympiques doit bien faire marrer Guillaume Bats, de là où il est. L’humoriste, souffrant d’une forme sévère d’ostéogenèse imparfaite et décédé en juin 2023, avait fait des blagues sur le handicap l’une de ses spécialités, à l’instar de Jérémy Ferrari ou d’Arthus, lequel n’a pas hésité à réaliser de petites vidéos humoristiques avec des parathlètes français engagés dans ces Jeux qui débutent ce jeudi.

Le rire et le second degré comme diluant des différences entre les valides et les personnes en situation de handicap, tel est le credo choisi à l’approche de ces Jeux paralympiques. À l’image aussi du compte TikTok des paralympiques, qui cartonne depuis plusieurs années avec ces minividéos où l’on tourne parfois les parathlètes en dérision. Ici une coureuse qui se casse la gueule avant la ligne d’arrivée sur la bande-son du jeu Mario Kart, là un triathlète aveugle qui cherche à tâtons son casque de vélo au rythme des accords de Beethoven.

Depuis le lancement du compte, suivi par 4,2 millions de personnes, en 2020, il y a eu plus de 1,8 milliard de vues. « Aujourd’hui, @Paralympics est l’un des comptes TikTok les plus populaires et les plus engagés dans le sport mondial. Le compte engage positivement les jeunes fans sur le pouvoir du parasport en tant qu’outil de promotion de l’inclusion sociale », nous explique Craig Spencer, responsable de la marque et de la communication du Comité paralympique international (IPC).

Mais ces pastilles ne font pas rire tout le monde et beaucoup de gens, valides et non valides, ont critiqué l’initiative. C’est le cas de David Lysaght, paracavalier et président de LegUpAbility, un organisme de soutien et de services aux sportifs de para équitation. « Ces vidéos cautionnent et encouragent les moqueries et les abus que subissent déjà tous les jours les personnes handicapées dans la société », a-t-il dénoncé sur son compte Instagram, appelant même à boycotter cette campagne de com qui « dénigre le dévouement des athlètes paralympiques et décrédibilise leur sport ».

« On se charrie beaucoup sur nos handicaps respectifs »

« Notre objectif avec le contenu TikTok que nous créons est de mettre en valeur les compétences et les réalisations sportives fantastiques des paralympiens, de mettre en lumière des sujets spécifiques et uniques au sport paralympique et de montrer – comme dans tout autre sport – que des accidents surviennent de temps en temps, se défend Craig Spencer. Ce récit est un mélange de célébration et d’humour et suscite des discussions et un intérêt pour le sport paralympique et les questions liées au handicap dans le monde entier. » Celui-ci assure d’ailleurs que « les retours de la majorité de la communauté des athlètes ont été extrêmement positifs ».

C’est ce qu’on a voulu vérifier auprès des athlètes de la délégation française, croisés ces derniers jours du côté du Club France, à la Villette. « Moi j’adore, c’est totalement ma came », nous dit Alexandre Léauté, paranageur et star tricolore de ces Jeux, victime d’un AVC qui a entraîné une atteinte partielle de la motricité du côté droit de son corps.

« C’est un moyen de faire parler de nous, de sensibiliser sur la question du handicap. Dans le groupe, on se charrie beaucoup entre nous sur nos handicaps respectifs donc pourquoi les autres ne pourraient pas le faire ?, interroge la paranageuse Emeline Pierre. Ça permet d’aborder la question du handicap de manière un peu moins lourde que d’habitude. Il faut arrêter de traiter ce sujet uniquement de manière grave et sérieuse. Si les gens arrivent à prendre ça à la rigolade, peut-être qu’ils arriveront à nous voir de façon un peu plus normale. »

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« J’ai vu un paquet de vidéos TikTok et la plupart sont très drôles. L’image de cet athlète aveugle qui saute et n’atterrit pas dans le sable parce qu’il a été mal guidé, ce n’est pas plus con ou plus irrespectueux que de se marrer de celui qui saute à la perche et qui ne passe pas la barre à cause de son sexe », abonde Michaël Jeremiasz, en faisant référence au Français Anthony Ammirati dont les déboires ont beaucoup fait marrer durant les JO.

« L’humour est un outil formidable pour embarquer les gens, pour les mettre à l’aise, pour les mettre mal à l’aise, pour les challenger sur leur regard porté au handicap. Ça permet de se demander pourquoi on est mal à l’aise », poursuit-il. Pour l’ancien champion de tennis fauteuil, l’autodérision et le rire ont même été « le premier outil pour me reconstruire ».

Egaux devant le rire, égaux devant la critique

S’interdire de rire ou de se moquer d’une personne en situation de handicap et le faire quand un ou une valide se prend les pieds dans le tapis, c’est ériger une barrière mentale entre deux mondes, là où les parathlètes réclament au contraire une égalité de traitement. On touche là à un autre sujet, celui du traitement médiatique de ces Jeux paralympiques.

C’était le sens du coup de gueule de Sofyane Mehiaoui contre Teddy Riner et Marie-José Pérec. Le basketteur tricolore retenu chez les paras a profité des sorties médiatiques des deux stars françaises pour leur demander d’arrêter de parler des parathlètes comme des « superhéros ». Ni sous-hommes et sous-femmes, ni surhommes et surfemmes. Juste des athlètes de haut niveau. Voilà pourquoi, en plus de réclamer le droit d’être tournés en dérision comme tout un chacun, ceux-ci exigent une égalité de traitement dans le récit de leurs exploits et de leurs échecs. C’est ce que qu’écrivait récemment le Suisse Marcel Hug, star du para athlétisme, sur son blog.

« J’ai souvent critiqué le fait que dans le para sport, les sujets et les résultats ne sont pas abordés de la même façon critique que dans d’autres sports. Je trouve par exemple cela positif que la question de l’équité ait été soulevée après le développement de mon nouveau fauteuil de course. Ces débats ne sont pas toujours agréables, mais une couverture médiatique juste et critique signifie que nous sommes pris au sérieux. » Marcel Hug »

Un point de vue partagé par Michaël Jeremiasz. « L’idée c’est de se dire : ce sont des athlètes, on leur a donné des moyens, il y a des attentes autour de leurs performances, ils ont gagné une médaille, bravo, et s’ils se sont particulièrement foirés, on le dit aussi. Un journaliste doit avoir un regard critique, au sens positif et négatif. C’est l’un des enjeux de ces Jeux, être à l’aise sur la question. Et de se marrer, aussi. »

On en parle d’autant plus librement qu’au service des sports de 20 Minutes, l’humour et la critique facile font partie de l’ADN de nos lives. Et on s’est nous-mêmes demandé de quelle manière et sur quel ton, avec quelle liberté et quelles limites, nous allions traiter les Jeux paralympiques au quotidien. Aujourd’hui, la réponse est simple : de la même manière que nous avons célébré les exploits de Léon Marchand, critiqué l’incroyable gadin des Bleus du hand ou pouffé comme des mômes devant les péripéties d’Anthony Ammirati à la perche.