Jeux paralympiques 2024 : « Ça va être un feu d’artifice ! »… Le grand public prêt à remettre le couvert après les JO ?
HERE WE GO AGAIN !•Après deux semaines de trêve, les Français vont pouvoir à nouveau vivre au rythme des Jeux, paralympiques cette fois, avec une ferveur intacteAymeric Le Gall
L'essentiel
- Les Jeux paralympiques débutent officiellement ce mercredi avec une cérémonie d’ouverture « militante » et grandiose.
- Deux semaines après les JO, la question est de savoir si l’engouement sera de nouveau au rendez-vous des Jeux paralympiques.
- Si l’on se base sur le nombre de billets vendus (près de deux millions), on peut penser que la fête a des chances de repartir de plus belle.
Chaque année, c’est toujours la même rengaine. En refermant le coffre du monospace, avec un reste de sable entre les doigts de pieds, et en regardant s’éloigner dans le rétro les souvenirs des barbecues, des apéros, de la plage et des amourettes d’été, les Français ont désormais en ligne de mire les emmerdes classiques de la rentrée. Avec, en prime, une petite crise politique latente à cause d’un président de la République visiblement pas pressé d’admettre sa défaite aux élections législatives. Bref, le pied intégral !
A ceci près que, cette année, l’été indien arrive avec un peu d’avance grâce aux Jeux paralympiques qui débutent ce mercredi par une cérémonie d’ouverture qu’on nous annonce elle aussi grandiose, un mois après avoir mis Philippe Katerine sous cloche et le monde à nos pieds. Reste maintenant à savoir si la fièvre olympique de la première quinzaine d’août n’est pas retombée comme un soufflé et si la France va se laisser (ré) embarquer dans le tourbillon des « paras » avec la même ferveur.
Près de deux millions de billets vendus
Le premier – et le meilleur – moyen de le jauger, reste encore de mettre son nez dans les chiffres de la billetterie. Or, sur ce point, on peut dire que ça sent plutôt bon. Avec près de deux millions de tickets vendus, « le plus beau match retour de votre vie » comme aime à la répéter Tony Estanguet, semble déjà être une réussite. A ce titre, les Jeux paralympiques ont incontestablement surfé sur le succès des JO.
« On a démontré qu’on avait la capacité de bien organiser des Jeux olympiques et d’attirer énormément de monde, je ne vois pas pourquoi ça s’arrêterait là, s’enthousiasme Sébastien Barrois, coach de l’équipe de para escrime. Je pense que ça va être une réussite. Je le ressens au quotidien depuis un moment déjà, les gens n’ont plus le même regard sur le handisport. Les Jeux paralympiques vont être dans la continuité des JO, l’engouement m’a l’air d’être important. Au Grand Palais, les places sont parties comme des petits pains. Même si c’est une période de rentrée et que les événements sportifs ont repris, je crois beaucoup au retour de l’engouement, à cet effet JO. »
Croisé au Club France lors de la présentation de l’équipe de France de natation, David Smétanine, qui disputera sa dernière paralympiade, est lui aussi convaincu que le public est prêt à s’ambiancer à nouveau. « On a la chance de pouvoir sauver les Français de leur morosité en cette période de rentrée, rigole-t-il. Ce qu’on veut, c’est que les gens se disent que cette pause entre les JO et les Paras était longue et qu’ils ont envie de s’y remettre avec ferveur. Ça va être aussi l’occasion pour tous ces Français qui n’ont pas pu vivre les JO, ceux qui ont fui Paris, de se rattraper. Et puis le cadre n’a pas changé, les monuments sont toujours là, et ça devrait aussi jouer dans l’envie de replonger la tête la première. »
Des athlètes à la fois excités et curieux
L’ambiance de Bombonera du Grand Palais pour l’escrime et le para taekwondo vous manquait ? Le cadre somptueux du château de Versailles pour l’équitation aussi ? Sans parler du tir à l’arc aux Invalides ou du stade aux pieds de la Tour Eiffel ? Ça tombe bien, la plupart des sites olympiques sont de retour et nombre d’entre eux affichent déjà complet.
« On est impatient, excité, on a vu l’engouement qu’il y avait autour des Jeux, il nous tarde d’y être à notre tour, trépigne le para escrimeur Ludovic Lemoine. Je pense que ça va être sans commune mesure avec tous les événements qu’on a pu vivre jusqu’à maintenant. On a déjà vécu de très, très beaux moments durant nos paralympiades précédentes, à Londres ou à Rio, mais là, je pense que ça va être un feu d’artifice. »
Les athlètes se sont préparés en conséquence, eux qui ont l’habitude pour la plupart de jouer dans des salles vides ou presque le reste du temps, enceinte à fond lors des entraînements, avec des bruits de foules et d’encouragement. Mais qu’en sera-t-il en conditions réelles ? « Jouer devant 12 ou 14.000 personnes à Bercy, oulah ! Je ne sais pas comment je vais gérer ça », admet Audrey Cayol, membre de l’équipe de France masculine de basket fauteuil.
« Il faut trouver le bon équilibre pour ne pas être inhibé, se faire porter par l’ambiance sans non plus devenir spectateur de l’événement. Ça ne sera pas forcément évident à faire », concède pour sa part le para escrimeur Simon Vallet. « Le danger ça va être le public, embraye Marie Patouillet, para cycliste et grande chance de médaille pour la délégation tricolore. En tant que para athlète, on est peu habitués à avoir du public dans nos salles, on est souvent seuls. Le risque c’est de se faire prendre par l’émotion mais on s’y prépare depuis un moment, ça va aller. »
Les médias ont fait du chemin
De l’avis de tous, le succès de la billetterie doit aussi beaucoup au traitement médiatique de ces Jeux paralympiques. Ex-champion de tennis fauteuil aujourd’hui chef de mission de l’équipe de France, Michaël Jeremiasz mesure le chemin parcouru et l’évolution progressive des mentalités. « A mon époque on n’existait pas, personne ne parlait de nous, on avait à peine un petit résumé de la journée, à minuit, sur France 3. Aujourd’hui, tous les médias en parlent. Je n’ai jamais été autant sollicité de toute ma vie d’athlète paralympique. Tout le monde veut en être, tout le monde veut en parler. Idem de la part du grand public, tout le monde nous encourage, nous écrit, nous soutient. Ils nous disent soit qu’ils ont envie de revivre les émotions des JO. »
Et pour celles et ceux qui ne sont pas encore montés dans le train, pas de doute que les premières médailles françaises qui devraient tomber dès les premiers jours serviront à convaincre les retardataires. Enfin, pas de Jeux réussis sans la présence dans les gradins ou sur les réseaux sociaux de personnalités iconiques qui ont, à leur manière, marqué les Jeux de Paris. Michaël Jeremiasz pense notamment à « Antoine Grizemann, Zinédine Zidane ou Omar Sy ». « On espère que vous serez là ou que vous posterez des choses sur Instagram, leur dit-il. Le contraire serait vraiment décevant ». Le message est passé, place à la fiesta maintenant.


















