Jeux paralympiques 2024 : Chambrage, (grosse) peignée et belles émotions… C’était la première des Bleues du goal ball
DECOUVERTE•Les Bleues du goal ball ont ramassé une gentille dérouillée pour leur grande première dans ces Jeux paralympiques, mais le principal était ailleurs. La rencontre avec un public nombreux a suffi à leur bonheurAymeric Le Gall
De notre envoyé spécial au royaume du silence,
Des buts de neuf mètres de long, un ballon à grelots qui pèse un demi-âne mort (1,2 kg) et des matchs qui se déroulent dans un silence de cathédrale, non, on ne pouvait clairement pas passer à côté des grands débuts du goal ball à l’Arena Paris Sud, un sport uniquement paralympique réservé aux personnes déficientes visuelles. D’autant que les Bleues, 18es mondiales (mais 43es il n’y a pas si longtemps) faisaient leur entrée en lice dans le tournoi face à des canadiennes un, voire deux ou trois crans au-dessus.
Et sans surprises, le résultat fut sans appel. Un 10-0 propre et net pour les filles à la feuille d’érable. De quoi miner le moral de l’équipe dirigée par Anthony Puaud ? Pensez-vous ! Malgré la saucée, et cette sensation un peu gênante qu’on aurait pu jouer jusqu’à la saint-glinglin, ou jusqu’à la nomination d’un Premier ministre, ce qui revient sensiblement au même, les Bleues ont pris un pied immense, jeudi.
Jouer dans une salle comble (pas loin de 5.000 spectateurs) et entièrement acquise à leur cause a suffi à leur bonheur. « La dernière fois qu’on a joué, c’était devant 100 personnes et on était déjà trop contentes. Alors là, c’était juste incroyable ! », sourit Gwendoline Matos, pas vernie face au but adverse aujourd’hui, elle qui est pourtant la meilleure buteuse du championnat de France de première division.
« Ce n’était que de l’amour »
Et si le public a tout donné pour pousser ses joueuses, il s’est montré diablement respectueux des consignes de silence absolu pendant le match. Dès que l’arbitre hurlait « Quiet please, play ! », plus personne ne mouftait ni ne piochait dans son paquet de chips. Ce qui n’a pas manqué de surprendre Coralie Gonzalez, la vétérante de cette équipe, reconnaissable entre toutes avec sa teinture bleue.
« Ils ont fait du bruit quand il fallait, ils m’ont suivi quand je les chauffais et ils se sont tus pendant les phases de jeu. Je trouve que pour des personnes qui ne connaissent pas ce sport, ils ont été tops, a-t-elle applaudi. C’est quelque chose de galvanisant. Moi je ne vois rien, mais quand je suis rentré là-dedans, j’ai pris une claque, je me suis dit 'wahou, c’est dingue'. Ce n’était que de l’amour, c’est géant. On aimerait qu’ils soient avec nous sur le terrain pour couvrir les neuf mètres du but. »
Il aurait fallu au moins ça pour empêcher les snipeuses canadiennes d’enfiler les pions comme les couches de fromage sur leur poutine nationale. En grand connaisseur du goal ball que nous (ne) sommes (absolument) pas, on a tout de même vite pigé qu’il n’y aurait pas match. Une question de puissance dans les bras notamment. Mais pas que, à en croire Gonzalez, qui a volontiers admis la supériorité de ses adversaires lors de son passage en zone mixte.
« On n’a pas la même attaque, on est un peu moins… Elles sont hyper techniques et incroyablement précises, elles mettent le ballon là où elles veulent, ce qui n’est pas notre cas encore. Elles ont visé les intervalles, elles ont beaucoup bougé. Nous, on n’est pas pros, même si on est passées de 43e à 18e mondiale, et qu’on vient de finir 6e d’Europe. Ça reste une belle performance. Mais sur l’envie, on n’a pas démérité. »
Chambrage et déstabilisation sont de mise
Et sur le côté gueularde aussi. À ce petit jeu, la Coralie Gonzalez, numéro 4 sur le dos, est littéralement injouable. Le score avait beau être à l’avantage des Canadiennes, celle-ci ne s’est pas privée de chambrer les tireuses d’en face à chaque fois qu’elle parvenait à bloquer le ballon. À base de « ahahah ! Non, non, non ! », la « Gonz » a mis tout son cœur et ses cordes vocales à l’ouvrage. Mais est-ce une habitude ou un truc venu de nulle part et impulsé par l’excitation du contexte ?
Notre dossier Jeux paralympiques 2024« Non c’est une stratégie. C’est pour déstabiliser l’adversaire, c’est pour lui dire, quand je bloque un ballon, tu ne m’auras pas "gnark, gnark, gnark". Je lui ai même parlé, je lui disais "Amy, where is Amy ?", j’ai essayé tout ce qui était possible. A ce jeu-là, sur la voix, je pense que je gagne ! Sur le terrain peut-être pas, mais sur la voix si. » Dommage qu’il n’y ait pas de médailles pour ça.


















