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Avec déjà deux médailles, les Bleus de la natation sont prêts à tout péter

Jeux paralympiques 2024 : Deux médailles et des tonnes d’ambitions, les Bleus de la natation sont prêts à tout péter

SI SI, LA FAMILLEL’équipe de France de para natation a commencé sa moisson de médaille ce jeudi, avec l’or pour Ugo Didier et l’argent pour Alex Portal. Mais ce n’est que le début, car cette équipe soudée a la volonté de tout croquer
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • L’équipe de France de para natation a parfaitement lancé ses Jeux avec deux premières médailles décrochées ce jeudi.
  • Ugo Didier est allé chercher l’or paralympique sur le 400m nage libre tandis qu’Alex Portal a raflé l’argent sur le 200m papillon.
  • Cette réussite tricolore s’explique par un esprit de corps incroyable et une véritable joie de vivre au quotidien.

De notre envoyé spécial à la Léon Marchand Arena,

On a vérifié dans tous les recoins, aucune trace de Léon Marchand ou de son fantôme bienveillant dans les gradins de Paris-la Défense Arena en ce premier jour de compétition des Jeux paralympiques. Pourtant, difficile de ne pas sentir dans les deux premières médailles françaises, notamment celle en or d’Ugo Didier sur 400m nage libre, comme un petit air de déjà-vu.

Au niveau de l’ambiance, déjà, avec des tribunes pas loin d’être pleine à craquer au moment où le nageur du Chesnay s’est présenté dans la salle sous les acclamations assourdissantes du public. Le genre de boxon à vous foutre les poils au garde à vous, pour peu qu’il vous en reste, ce qui n’est pas le cas des nageurs. Dans la course d’Ugo Didier, ensuite, avec une remontada amorcée au bout de 150 mètres, poussant alors la clameur à son paroxysme.

Et ce finish monstrueux où le Français a dépassé son principal concurrent et star de la para natation internationale, l’Italien Simone Barlaam, pour s’offrir la première médaille d’or tricolore en para natation depuis 2012. Croisé en zone mixte après la cérémonie de remise des médailles et sa première Marseillaise, le garçon était fidèle à lui-même : souriant et décontracté. Mais forcément un peu plus ému qu’à l’accoutumée.

« Je n’ai pas l’habitude d’être ému pour de la natation ou un résultat mais aujourd’hui c’est le cas, admet-il. A Tokyo, j’étais stressé, ce n’est plus du tout la même cette année. J’ai entamé ces Jeux avec beaucoup de sérénité. » S’il est aussi serein, c’est qu’en bon ingénieur qu’il est dans le civil, Ugo Didier est du genre à bâtir des plans de course au millimètre et de les respecter. « On avait planifié exa-cte-ment ça ! », sourit-il. Pas au millième de seconde, mais pas loin.

Un champion qui revient de loin

S’il aime plus que tout qu’un plan se déroule sans accroc, Ugo Didier mesure aussi tout le chemin parcouru ces derniers mois, lui qui a totalement changé son style de nage, en accord avec son coach. Ce qui ne s’est pas fait sans heurts ni (grosses) prises de tête. « Ca a été dur (d’y arriver), j’ai connu une année extrêmement compliquée, notamment un hiver catastrophique sur le plan sportif. Et comme je suis quelqu’un de très impatient, si ça ne marche pas dans la minute, ça me frustre. Mentalement, ça a été extrêment tendu, je ne voulais même plus aller aux entraînements, j’étais en larmes. Mais on a su trouver les solutions avec mon coach, on s’est énormément remis en question et petit à petit c’est revenu. »

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Habitué à terminer très fort ses courses, le champion paralympique s’est aussi nourri des encouragements du public. « Dans le finish, quand j’entendais le public me pousser pour m’aider à remonter l’Italien, ça m’a donné un petit truc en plus. C’était plein ! En handisport, on n’a pas l’habitude de ça. Que ce soit aux championnats d’Europe ou aux championnats du monde, on a 200 ou 300 personnes au maximum dans la salle. Là, on est sur une Arena à 150.000 personnes (sic), je n’ai jamais vécu ça et je ne revivrais probablement plus jamais ça donc il faut en profiter, c’est un moment unique. » 15.000, Ugo, 15.000. Ce qui est déjà assez dingo à vivre sur place, on vous le re-re-re-re-confirme.

Portal lui aussi au rendez-vous

Une heure plus tard, c’était au tour d’Alex Portal de s’élancer pour sa finale du 100 m papillon. Si l’or lui a finalement échappé d’un cheveux (25 malheureux centièmes) pour filer dans la poche d’Ihar Boki, le Biélorusse concourrant sous bannière neutre, le grand favori du jour, le Français ne crachait absolument pas sur la médaille d’argent. En un sens, son plan aussi s’est déroulé sans accroc.

« 54''38, c’est mieux qu’espéré, a-t-il réagi. Je l’ai poussé dans ses derniers retranchements, c’est ce qu’on voulait, lui mettre la pression dès le début de semaine. Je n’ai aucun regret, je suis très content du temps et de la médaille. Il avait une bonne marge d’avance et au final on finit à quelques centièmes, c’est de bon augure pour la suite. »

Chez les filles, Emeline Pierre a elle aussi réussi son entrée en lice, même s’il n’y a aucune médaille au bout. Cinquième de la finale du 50m nage libre, elle n’en a pas moins battu le record de France (27''77). A l’arrivée, c’est avec la banane que l’équipe de France a plié les gaules et rejoint le village olympique. C’est peut-être ça, au fond, ce qui différencie l’équipe de France des JO de celle des Paras. Si les valides forment un groupe joyeux - on a pu le constater au Club France - ils sont peu nombreux à s’entraîner ensemble au quotidien, à l’image de Léon Marchand, seul dans son rêve américain.

La famille, la panne et la joie de vivre

Chez les paralympiques, c’est tout le contraire. L’entraîneur Guillaume Domingo a mis un point d’honneur à intégrer les coachs personnels de chacun de ses athlètes afin de travailler main dans la main tout au long de l’année. « On a créé du lien avec les entraîneurs, on construit la saison ensemble, en collaboration, on fait des stages avec eux et c’est ce qui fait la force de cette équipe, a-t-il tenu à souligner. Pour moi, ils font partie à part entière de l’équipe de France. »

Et cela se ressent dans l’ambiance de groupe, avec une délégation qui prend du plaisir à vivre ensemble. « Pour moi, et c’est ce que je leur ai dit hier, il n’y a rien qui peut les arrêter, ils sont tous là les uns pour les autres, poursuivait-il. L’autre jour, on a eu des petits soucis pour venir au village [leur bus est tombé en panne], et même dans ce moment-là, ils en ont fait quelque chose de joyeux, ils sont sortis du bus, ils ont dansé et rigolé. Ils ont la joie de vivre et le désir de bien vivre ces Jeux tous ensemble. Si on arrive à garder cette dynamique, ils peuvent faire des choses énormes. » Ils peuvent ? Non, ils vont, foi de Léon.