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Belle mais longue, la cérémonie d’ouverture nous laisse (un peu) sur notre faim

Jeux paralympiques 2024 : Belle mais longue, la cérémonie d’ouverture nous laisse (un peu) sur notre faim

SPORTSi les tableaux ont réussi leur objectif, celui de réunir et unifier les valides et les personnes en situation de handicap, la longueur des défilés et le manque de véritables surprises ont rendu cette cérémonie d’ouverture un brin ennuyeuse
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

De notre envoyé spécial à la Concorde,

Aussi vrai que les organisateurs de Jeux de Los Angeles devront se lever tôt pour ne serait-ce que tenter d’arriver à la cheville de Paris et sa cérémonie d’ouverture grandiose, celle des Jeux paralympiques, « la petite sœur cool » comme l’a surnommée Daphné Bürki sur France 2, partait de loin pour rivaliser avec la majestueuse aînée. De trop loin peut-être. Car oui, on doit bien l’avouer, cette cérémonie d’ouverture nous a un peu laissés sur notre faim.

Le décor n’était pas le même que le 25 juillet, déjà. Et si la place de la Concorde et les Champs Elysées, théâtre des festivités, mercredi, n’ont à rougir devant rien ni personne, difficile (voire impossible) de concurrencer la Seine, ses quais, ses ponts, ses monuments en pagaille et ses tableaux tous aussi époustouflants les uns que les autres. Et dans ce décor figé, dans ce stade à ciel ouvert, le défilé des délégations nous a paru sinon interminable, du moins très, très long. Et ce n’est pas la performance initiale de Christine and the Queen et sa reprise toute particulière de « Non, je ne regrette rien » d’Edith Piaf qui a pu y changer quoi que ce soit.

Quand la cérémonie des JO laissait place à de sublimes tableaux entre les défilés de bateaux, permettant, de fait, de trouver le temps moins long, celle de jeudi a fait le choix d’un défilé en bloc des 168 nations représentées. Près d’une heure et demie, montre en main, même avec un DJ alternant entre du bon son électro et quelques classiques de la chanson française, on a beau dire, on a beau faire, à un moment donné ça baille aux corneilles et ça se tortille sur son siège.

Un constat que n’ont pas eu à faire la plupart des athlètes chinois, aussitôt assis, aussitôt rentrés au village olympique pour préparer leur moisson de médaille, comme à chaque paralympiade. Si le public est quant à lui resté jusqu’au bout, il n’a jamais vraiment réussi à allumer le feu, se contentant d’applaudir les délégations et de chanter en chœur un petit « Allez les Bleus ! » de rigueur au passage de la délégation française.

« Ce soir, les révolutionnaires, c’est vous »

Et il ne fallait pas compter sur Tony « l’ambianceur » Estanguet pour nous réveiller tout cela. « Bienvenue au pays de l’amour… Et de la Révolution », a-t-il commencé par dire, avant de se reprendre, de peur certainement de voir Emmanuel Macron virer au blanc cassé et prendre ses jambes à son cou, lui qui n’a toujours pas daigné offrir un gouvernement à ce pays après la claque reçue aux législatives.

« Rassurez-vous, ce soir, pas de prise de la Bastille et pas de guillotine, a-t-il précisé. Car ce soir débute la plus belle des révolutions, la révolution paralympique. Ce soir, les révolutionnaires, c’est vous, chers athlètes. De nos ancêtres au bonnet phrygien, vous avez le panache et l’audace. Des révolutionnaires du monde entier, vous avez le courage et la détermination. Comme eux, vous vous battez pour une cause qui vous dépasse. Mais vos armes à vous, ce sont les performances. Vos armes à vous, ce sont les records. Vos armes à vous, ce sont les émotions du sport. »

Une fois le drapeau paralympique brandi (à l’endroit, incroyable mais vrai), les tableaux ont enfin pu reprendre leurs droits. Et si l’on laissera aux spécialistes du spectacle contemporain le soin de juger de leur valeur - nous nous chargerons quant à nous de juger les performances des 4.400 athlètes qui entament leurs Jeux ce jeudi - on a peiné à trouver trace du côté « militant » que nous avait vendu Thomas Jolly les jours précédents.

Tantôt en Men (and Women) in Black, dans un joyeux bazar chorégraphique, tantôt dans des combinaisons à la Squid Game, les danseuses et danseurs, valides ou en situation de handicap, ont livré des performances esthétiques rares sur cette place de la bien nommée Concorde, censée réconcilier ceux dont le corps a été épargné et les autres, les invisibles de nos sociétés que ces Jeux se doivent de remettre sur le devant de la scène. Et sur ce point, en revanche, le pari est réussi.

Pourvu que ça dure

Voir l’artiste Lucky Love, sorte de sosie de Freddie Mercury, retirer sa veste de costard pour exhiber, torse nu, son bout de bras gauche, lui qui souffre d’agénésie, une malformation rare in utero qui l’a fait naître ainsi, avait quelque chose de beau et de puissant.

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Tout comme les deux clips vidéo diffusés sur les écrans géants dans lesquels des athlètes paralympiques racontaient leur rapport à leur corps. Et le regard des autres, nous, vous, qui parfois détournons les yeux sur des malformations qui ne devraient pas faire peur à qui que ce soit. « Je ne peux pas dire que je ne me serais pas moi-même regardée comme une bête curieuse dans la rue », admettait une athlète amputée des deux bras.

Au fond, ces témoignages rares, diffusés en mondiovision, suffisent à eux seuls à revoir en partie notre jugement sur cette cérémonie. Car c’était bien là l’essentiel : faire passer un message d’inclusion, lancer un appel à l’acceptation de l’autre, quelles que soient la nature et la gravité de son handicap. Pour cela, encore faudra-t-il que cela perdure par-delà les Jeux, comme l’a rappelé Tony Estanguet : « C’est ça, la révolution paralympique. Une révolution douce mais qui va changer chacune et chacun d’entre nous en profondeur, pour toujours. Une révolution individuelle mais avec une portée universelle. Un changement soudain : le 9 septembre, nous nous réveillerons différents. »

D’ici là, la flamme rallumée par Charles-Antoine Kouakou (athlétisme), Fabien Lamirault (tennis de table), Élodie Lorandi (natation) et les deux porte-drapeaux Nantenin Keïta (athlétisme) et Alexis Hanquinquant triathlon) aura eu le temps de s’élever sur Paris. En espérant qu’elle porte chance à une délégation tricolore en quête de record et de partage d’émotion avec un pays qui ne demande qu’à remettre le couvert.