Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
On est allé voir jouer l’Iranien Mehrzad, le deuxième homme le plus grand du monde

Jeux paralympiques : On est allé voir jouer l’Iranien Morteza Mehrzad, le deuxième homme le plus grand du monde

géantLe joueur de 36 ans mesure 2,46 m, un grand atout pour son équipe mais tout n’est pas aussi simple qu’il y paraît
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Ce mardi se disputait l’un des chocs du premier tour du tournoi des Jeux paralympiques de volley assis entre l’Iran et l’Allemagne, à Villepinte.
  • Dans les rangs de l’équipe iranienne, septuple championne paralympique de la discipline, se trouve un joueur au profil assez incroyable, Morteza Mehrzad.
  • Ce joueur de 36 ans mesure 2,46 m, une taille qui en fait le deuxième homme le plus grand du monde. Nous nous sommes rendus au match pour l’observer jouer et tenter d’en savoir un peu plus sur celui qui est une vraie personnalité dans son pays.

De notre envoyé spécial à l’Arena Paris Nord,

En se dirigeant vers Villepinte, ce mardi matin, la question nous a effleuré l’esprit : est-ce de la curiosité mal placée ? A-t-on raison d’aller voir jouer l’équipe d’Iran de volley assis, la nation dominante de cette discipline du haut de ses sept titres paralympiques, pour observer plus particulièrement Morteza Mehrzadselajkani (raccourci usuellement en Mehrzad), dont la particularité est d’être un géant, au sens premier du terme ? Le joueur de 36 ans mesure 2,46 m, une taille qui fait de lui le deuxième homme le plus grand du monde (derrière le Turc Sultan Kösen, 2,51 m). Et qui attire l’œil, forcément.

Doutes rapidement dissipés. Déjà, la Fédération internationale et le Comité international paralympique n’hésitent pas à mettre ce profil atypique en avant, pour promouvoir la discipline et aussi partager son histoire, qui ne l’est pas moins. Surtout, on s’en est rendu compte une fois le match lancé, que le voir évoluer permet d’essayer de comprendre comment sa grande taille aide son équipe, mais peut également constituer un désavantage, parfois. C’est observer comment il se fond dans un collectif si fort, et comment son entraîneur l’utilise selon ses besoins et les moments du match. Et pour tout ça, rien de mieux que ce vrai choc de cette phase de poule contre l’Allemagne, autre nation forte du jeu déjà qualifiée pour les demi-finales.

Des mains qui culminent à une hauteur de 1,95 m

Première observation, celle-là on s’en serait douté, Mehrzad est injouable quand il est servi dans de bonnes conditions. Normal, avec des mains qui culminent à une hauteur de 1,95 m, soit 80 cm au-dessus du filet. « Avec lui, ils ont une sacrée arme offensive, souffle l’Allemand Alexander Schiffler, intercepté dans la zone mixte après la rencontre pour nous parler du phénomène. Il attaque au niveau de ma taille debout ! Donc il peut smasher au-dessus du double bloc et c’est très dur à défendre. » On a vu le procédé à l’œuvre à quatre ou cinq reprises ce mardi, dans ces cas-là, il n’y a rien à faire quand on est en face.

La tête du joueur allemand vaut mieux que de grands discours.
La tête du joueur allemand vaut mieux que de grands discours.  - JENS BUTTNERDPAdpa Picture-Alliance via AFP

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, toutefois, le géant iranien ne cherche (quasiment) jamais à envoyer des gros parpaings droit devant – y compris au service. Mettre beaucoup de puissance lui ferait dépenser trop d’énergie, lui qui comme toutes les personnes de grande taille se fatigue déjà vite, et de toute façon il n’en a même pas besoin. Il peut placer le ballon où il veut, grâce à son envergure et une grande agilité de mains. Pour peu que le passeur soit au diapason, ça ressemble fort à un cheat code, c’est vrai, mais il ne faut pas croire non plus qu’il n’y a qu’à lui passer le ballon pour faire le point, et que ce serait là la seule stratégie des Iraniens.

Une pièce du collectif parmi les autres

On en revient à la qualité de cette équipe. « Nous avons douze stars, pas seulement Morteza, précise d’emblée le coach historique Hadi Rezaeigarkani quand on le lance sur son icône. Les autres sont aussi excellents. On a la chance d’avoir des joueurs très différents, qui se complètent. » L’Iran dominait la concurrence avant l’intégration de Mehrzad, quelques mois en amont des Jeux de Rio en 2016, et si elle n’est que plus forte avec lui, elle sait très bien se débrouiller sans. D’ailleurs, dans cette rencontre où ses hommes n’ont jamais été inquiétés (victoire 3-0), le technicien n’a utilisé son arme fatale que dans la première moitié des trois sets disputés. L’entraîneur insiste :

« Il s’inscrit dans le collectif. Morteza sait tout faire, il a cette facilité pour conclure, bien sûr, mais aussi faire la bonne passe et aider à défendre. Il connaît son rôle dans l’équipe et le joue à la perfection. » »

De ce qu’on a vu, l’Iran compte en effet bien d’autres atouts, comme Meisam Alipour et Sadegh Bigdeli, qui ont terminé dans les meilleurs marqueurs des trois matchs de poule, envoyant notamment de sacrées fusées au service. Alipour se distingue aussi par une grande efficacité au block, une ligne de stats où Mehrzad n’apparaît jamais ou si peu. On n’aurait pas parié dessus, mais l’explication est toute bête : sur le match de mardi, les Allemands ont soigneusement et systématiquement évité sa zone au moment d’attaquer. Et on présume qu’ils ne sont pas les seuls à avoir cet instinct de survie. Logique.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

En fait, les adversaires tentent de faire jouer le numéro 2 iranien plutôt en deuxième touche de balle, nous apprend Alexander Schiffler. « C’est dur pour lui de bouger un si grand corps afin de le mettre en position parfaite pour jouer, spécialement en situation de défense, où c’est plus aléatoire, explique le gaillard. C’est un avantage pour eux bien sûr de l’avoir, mais ça peut être compliqué parfois dans notre sport où il faut bouger très très vite. » C’est aussi pour ça que l’intéressé est préservé au maximum par son coach.

Ce dernier sait très bien ce qu’il fait avec cet athlète hors norme. Comme le raconte ce très bon papier des confrères de L’Equipe, c’est lui qui, après l’avoir vu à la télévision raconter son histoire et sa maladie (l’acromégalie, qui entraîne une production excessive d’hormones de croissance) un soir de l’année 2011, l’a convaincu peu à peu de se mettre au volley assis et de revenir renforcer l’équipe nationale. Pas une mince affaire, car le jeune homme vivait alors très mal sa taille et le regard qu’elle suscitait. Il avait également beaucoup souffert d’un accident de vélo alors qu’il était adolescent et qui a ralenti la croissance de sa jambe droite, plus courte de 15 cm que la gauche.

Le « Goat » au pays

Ce « double statut » de géant et d’infirme l’a poussé à vivre reclus dans sa région de Tchalous, tout au nord de l’Iran, au bord de la mer Caspienne. Le volley assis, très développé dans son pays avec un championnat professionnel dédié et pas moins d’une trentaine de clubs rien qu’à Téhéran, a « tout changé » pour lui, comme il le dit à L’Equipe, que ce soit le regard des autres ou la fierté qu’il a de lui-même. Ce sport lui a offert un métier et des ambitions. Après avoir appris la discipline pendant cinq ans, il a fait ses débuts internationaux en mars 2016, avant de devenir meilleur marqueur de la finale des Jeux de Rio face à la Bosnie. La suite a été à l’avenant, avec deux titres de champion du monde et une autre médaille d’or paralympique à Tokyo.

Aujourd’hui, Morteza Mehrad est une idole au pays, comme nous l’ont confié Seyed et sa famille, croisés drapeaux sur le dos à la sortie du match. « Il est très connu chez nous, on le surnomme le "Goat", assure le jeune homme de 18 ans, venu avec ses frères Ali et Hossein, ainsi que son père Saied. Il est connu parce qu’il est grand, évidemment, et aussi pour sa façon de jouer, les points importants qu’il a marqués pour l’Iran depuis qu’il est dans l’équipe. Et puis il aide beaucoup ses coéquipiers, il est vraiment incroyable. »

Notre dossier Jeux paralympiques

Personnalité timide, « on le voit parfois à la télévision, mais pas trop non plus », reprend Seyed. Originaire de Téhéran, ce dernier vit avec la fratrie à Paris depuis maintenant trois ans, la passion pour le volley toujours intacte. « Avec lui, on a un avantage incroyable à tous les matchs », sourit-il.

C’est aussi l’avis d’Ina et Holger, un couple d’Allemands qui se tient à quelques mètres d’eux. « Il est tellement grand, il prend tellement de place, il a tellement de marge par rapport au filet, qu’est-ce que vous voulez faire ?, interroge Holger, assez admiratif. J’avais entendu parler de lui avant, mais je ne l’avais jamais vu encore. Quand il s’est levé pour les hymnes, on s’est vraiment rendu compte et c’était… wow ! »

Ce mardi, pendant les hymnes nationaux.
Ce mardi, pendant les hymnes nationaux.  - JENS BUTTNERDPAdpa Picture-Alliance via AFP

Car oui, Morteza Mehrzad ne se tient jamais debout. Il se déplace en fauteuil roulant, qu’il laisse seulement au moment d’entrer sur le terrain. Là, il évolue assis tout le temps, sauf pour les hymnes, donc, pendant lesquels il se lève, avec le soutien de ses partenaires. Finalement, le seul regret de cette journée aura été qu’il ne s’arrête pas après la rencontre pour livrer quelques mots. Mais son sourire en passant, le pouce levé, était déjà une belle consolation.