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Jeux paralympiques 2024 : L’argent amer de Timothée Adolphe, le « Guépard blanc » à la tête de chat noir
port•Après de nombreux déboires lors des précédents Jeux paralympiques de Rio et de Tokyo, Timothée Adolphe était venu chercher l’or en finale du 400 m. Il devra finalement se contenter de l’argent au terme d’une soirée douce-amèreAymeric Le Gall
De notre envoyé spécial au Stade de France,
Dans une soirée qui aura vu le para athlétisme français décrocher trois médailles, avec l’argent de Gloria Agblemagnon en finale du lancer de poids et le bronze de Manon Genest en saut en longueur, celle de Timothée Adolphe, en argent, est celle qui a la saveur la plus aigre. Surnommé le « Guépard blanc », le garçon, rappeur et humoriste à ses heures perdues, a plutôt une bonne tête de chat noir ces dernières années. Sa vie d’athlète paralympique est en effet frappée du sceau de la scoumoune en menu XXL.
On se fait un petit moonwalk sur la flèche du temps pour que vous compreniez un peu la taille du bazar. Spécialiste du 100 m et du 400 m, qu’il coure avec un guide à ses côtés après avoir perdu la vue à l’âge de 19 ans, le garçon a le malheur de se flinguer l’épaule pile au moment de se poser dans les starting-blocks avant sa demi-finale du 100 m à Rio. Il décide finalement de serrer les dents et, après être passé à un cheveu de la qualif, il se chauffe et choisit d’enchaîner avec la demie du 400 m. Demi-finale qu’il remporte… avant de se voir disqualifié à cause d’un pied qui a mordu la ligne.
Un an plus tard, rebelote aux championnats du monde, sur 400 m et 200 m, cette fois-ci ce sont ses guides qui passent la ligne d’arrivée en premier, ce qui est formellement interdit. A Berlin, aux championnats d’Europe, en 2018, (re)rebelote, pour une sombre histoire de dossard absent sur son maillot. Terminado ? Pensez donc !
Un rêve qui s’envole dans le ciel de Saint-Denis
S’il décroche tout de même l’argent en finale du 100 m aux Jeux de Tokyo, le garçon tombera de 800 étages après la médaille d’or décrochée sur le 400 m mais annulée à cause d’une nouvelle galère. A 50 m d’une finale qu’il avait survolée, la corde qui unit l’athlète à son guide glisse de la main de ce dernier. « En état de choc », Timothée Adolphe avait donc une revanche à prendre sur le destin lors de ces Jeux paralympiques de Paris.
Retour dans le présent : Cette fois, fort d’un statut de favori et d’un record d’Europe explosé à Charléty en juin dernier, Adolphe est venu chercher l’or qui lui est dû. Et durant les 350 premiers mètres passés en tête, on se dit que rien, non, rien de rien ne peut venir contrecarrer ses plans. Mais c’était sans compter sur le retour supersonique du Vénézuélien Enderson Santos Gonzalez. Effondré, la tête dans les mains, le Français n’en revient pas.
Mais l’espoir renaît quelques minutes plus tard quand, à la vidéo, son équipe juge que le vainqueur a terminé la course en se faisant tracter par son guide, ce qui est là encore parfaitement interdit. Ni une, ni deux, elle pose alors une réclamation. La cérémonie de remise des médailles est logiquement reportée au lendemain, en attendant la décision des juges. Celle-ci tombera finalement à 23h18, alors que le Stade de France s’est vidé de ses dizaines de milliers de supporters : niet, walou, rideau, l’appel est rejeté, Santos Gonzalez est sacré champion paralympique.
Beau joueur et revanchard sur le 100 m
Mais Adolphe connaît trop le « traumatisme » que cause une disqualification, comme il l’expliquera en fin de soirée, pour souhaiter à son adversaire de vivre pareil sort. Non, dimanche soir, il n’en voulait qu’à lui-même. « C’est beaucoup de frustration parce qu’on ne fait pas la course qu’on voulait. On voulait aller plus vite, on voulait l’or. J’ai été le maillon faible du binôme, on se désynchronise en fin de course car je prends une petite balle dans les 50 derniers mètres et ça nous coûte cher, explique-t-il avec une franchise louable en de pareils instants. On est tombés sur des Vénézuéliens qui ont fait une super course. »
S’il lui faudra vite oublier la déception du soir pour se reconcentrer sur la finale du 100 m, où il tentera le 5 septembre prochain évidemment d’aller chercher cet or maudit, d’ici là le sprinter aura peut-être relativisé son échec. Il avait d’ailleurs fait une partie du chemin au moment de quitter le Stade de France pour rejoindre le village olympique. « On ne va pas cracher sur une médaille d’argent, on sait qu’il y a plein d’athlètes qui rêveraient d’être à notre place et, avec le recul, on saura l’apprécier, disait-il déjà. Après ce qui s’est passé à Tokyo, on prend ce qu’il y a à prendre ».


















