JO 2024 – Cyclisme sur piste : Mais pourquoi les Américains sont nuls à l’américaine ?
Question existentielle•Les Français Thomas Boudat et Benjamin Thomas lutteront pour la médaille de l’américaine ce samedi, contrairement aux AméricainsAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Ce samedi, l’épreuve de l’américaine, aussi appelée madison, se dispute au vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines.
- Si les Français Benjamin Thomas et Thomas Boudat se battront pour la médaille, il n’y aura pas d’Américains en lice.
- Un comble pour ce pays qui a inventé la course au Madison Square Garden de New York.
Au vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines,
On n’était pas franchement les plus pessimistes du monde, mais il faut reconnaître qu’on a douté. Après trois jours d’épreuve, les pistards français n’avaient toujours pas ramené de médailles et ils semblaient tous surpris de se retrouver un peu largués par la concurrence. Et on a vite imaginé, la mort dans l’âme, un compteur de médailles bloqué à zéro à la fin des JO. Heureusement Benjamin Thomas est venu secouer tout ça de main de maître, avec l’or obtenu jeudi soir.
Le champion olympique de l’omnium pourrait même réaliser le doublé, ce samedi en duo avec Thomas Boudat, sur la madison. Pas la danse country, l’autre. « Il n’y a pas forcément de liens entre les deux, assure Adrien, de l’école de danse Georges & Rosy, à Paris, un peu interloqué par notre question. Le seul point commun, c’est qu’ils sont tous les deux nés aux Etats-Unis. La danse, c’est un mouvement répétitif, avec un enchaînement qui dure huit secondes et qu’on répète à l’infini. »
Un peu comme l’épreuve de ce samedi, finalement. Les coureurs font des tours d’une grosse dizaine de secondes pendant 50 km. La « seule » différence, c’est que la madison cycliste [qui s’est pour la première fois disputée au Madison Square Garden à la fin du XIXe siècle] se déroule donc en duo, où les coureurs se passent le relais en se propulsant à l’aide de la main de leur coéquipier. Alors, sûrement pour ne pas confondre danse et cyclisme sur piste, la France a décidé de rebaptiser cette épreuve, comme un vulgaire film hollywoodien, « l’américaine ».
Pas de duo américain sur l’américaine
Benjamin Thomas et Thomas Boudat vont donc disputer cette américaine… sans Américains, le pauvre Grant Koontz étant le seul membre masculin de la Team USA de cycling track. Imaginez un peu la France qui se retrouve sans vaccins après les avoir inventés, ou l’Angleterre qui n’arrive pas à gagner un titre de champion d’Europe de football en étant le dieu créateur du football… La honte.
Comme un jeune majeur, l’américaine, qui était partie intégrante des courses de Six-Jours, s’est peu à peu éloignée de la maison mère et a traversé l’océan pour mieux croître en Europe. « Les Américains ont toujours eu des équipes, mais ça s’est surtout développé en Europe avec les Six-Jours, explique Jérôme Neuville, septième de l’américaine aux JO de Pékin en 2008. L’américaine, c’est l’épreuve phare des Six-Jours, mais ça s’est un peu perdu aux Etats-Unis. »
« Il faut qu’ils comprennent »
Sans remettre en cause les capacités intellectuelles (non, non, on vous assure) de nos chers voisins outre-Atlantique, c’est peut-être bien pour ça que l’américaine ne fait pas trop d’adeptes. Et ce n’est pas nous qui le disons : « Il faut qu’ils comprennent que tu marques des points tous les vingt tours, que si tu doubles le peloton, t’as des points, c’est la confusion ici », explique Michael Friedman, champion des Etats-Unis de l’américaine en 2006, qui nous a répondu depuis le Colorado. Et si cela touche le grand public, cela peut aussi se révéler vrai pour les cyclistes.
« Les Américains ne la pratiquent pas assez, assure Steven Henry, sélectionneur de l’équipe de France d’endurance. Il faut la pratiquer pour la maîtriser, le passage de relais est hyper complexe, la vision de course est importante avec 36 bonshommes sur la piste, il faut prendre de l’info, il faut regarder le compte-tours, les points, le coéquipier, les adversaires… »
Vous en reprendrez bien une dose ? « L’américaine, c’est une symphonie de mouvements, détaille Michael Friedman. C’est une épreuve très difficile car c’est très rapide. Il y a beaucoup de choses qui se passent dans la tête du cycliste. Pas seulement en matière d'endurance, mais aussi de stratégie. C’est un événement merveilleux mais ça peut être problématique si tu ne sais pas ce que tu dois faire. »
Moins de vélodromes
Et puis, les Etats-Unis n’ont peut-être pas les talents pour participer à cette course. La France aligne deux solides gaillards qui ont fait une grosse partie de leur carrière sur la route, la Grande-Bretagne poussera notamment derrière Ethan Hayter, lui aussi habitué des grandes courses sur route. Alors, qui aurait le profil idéal, avec une grosse caisse et des capacités de sprinteurs dans le peloton actuel ? Une doublette Magnus Sheffield-Luke Lamperti, avec pas mal de boulot, pourrait faire l’affaire, et encore.
« Je pense que nos universités, pour celles qui peuvent développer cette filière, amènent à un niveau élevé, mais certainement pas au niveau nécessaire pour les Olympiques, ce n’est même pas le niveau professionnel, conclut Michael Friedman. Il vous faut de l’expérience de course, c’est ce qui fait la différence en Europe. De toute façon, le cyclisme aux Etats-Unis n’est pas aussi populaire en Europe, et encore moins le cyclisme sur piste. Et puis, les vélodromes, il y en a quelques-uns, mais ils ne sont pas populaires, ils les ferment par manque d’argent. C’est un sport de niche. »


















