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Dans l’étuve du vélodrome, comment expliquer les nombreux records du monde ?

JO 2024 : 40 degrés ressentis dans le vélodrome de cyclisme sur piste, l’explication des records du monde ?

C’est chaud, ça fume les recordsDepuis lundi, il ne se passe pas un jour au vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines sans que plusieurs records du monde ne soient battus
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Au vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines, les records du monde ne cessent d’être fracassés par les pistards.
  • Si les cyclistes arrivent dans la forme de leur vie aux Jeux olympiques, ces performances peuvent aussi être attribuées aux conditions météo et atmosphériques.

Dans l’étuve du vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines,

Netflix n’a pas besoin d’aller chercher très loin pour la suite de Sous la Seine. Changement de décor, changement de bestiole. Pas de requin, ici, mais des crocodiles, des boas et tout autre reptile aussi gentil les uns et que les autres. Et pas besoin d’avoir recours à la science-fiction. Plongez toutes ces créatures dans un bassin artificiel au centre de la piste du vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines, elles y seront à leur aise.

Il faut dire qu’avec la chaleur qui émane du vélodrome, toutes les bêtes tropicales, avec un peu plus d’humidité, barboteraient avec joie. Des conditions dures à supporter pour les 3.500 spectateurs, éventail à la main, mouchoir pour essuyer la sueur et bouteille d’eau toujours à portée de gosier, mais idéales pour nos pistards. Enfin presque. « C’est un peu dur sur la piste, car il fait vraiment chaud, nous explique Niklas Larsen, membre de l’équipe danoise de poursuite. Mais les températures élevées aident à aller plus vite, c’est clairement l’une des raisons qui expliquent ces grosses performances. »

Des conditions de course parfaites

Des records nationaux à la pelle, des records du monde battus à quelques secondes d’intervalle… Depuis le début des épreuves de cyclisme sur piste, les chronos s’affolent et, même lors de simples séries, comme la vitesse individuelle, mercredi midi, le record du monde a été amélioré à deux reprises par l’Australien Matthew Richardson puis par le Néerlandais Harrie Lavreysen. Et tout ça, grâce à des conditions de course parfaites.

« C’est la bonne température, l’air est très sec, la pression atmosphérique aussi, tout ça est mesuré, ce qui favorise la vitesse », énonçait, mardi en conférence de presse Florian Rousseau, le directeur de la performance de la Fédération française de cyclisme. La clim, si on peut encore appeler ça clim, a été maintenue à 27°C, les projecteurs chauffent la piste et le souffle du public…

« Pénétration dans l’air plus facile »

Avec nos belles auréoles sous les bras, on est allé demander à Jan van Eijden, ancien pistard double champion du monde, membre du staff allemand, comment de telles conditions favorisaient les performances :

  • La chaleur : « C’est plus facile pour le corps, vous n’avez pas besoin de créer autant d’énergie pour garder la température du corps élevée. Si c’est plus chaud, vous pouvez utiliser plus d’énergie pour pousser sur les pédales, et ça aide le muscle à produire plus d’énergie. »
  • La pression atmosphérique : « Si la pression de l’air est moindre, la pénétration dans l’air est plus facile, il y a moins de frottements, vous avez moins besoin de pousser. C’est comme quand vous faites des compétitions en altitude. »

Les conditions atmosphériques, changeantes du jour au lendemain, peuvent même venir perturber nos pistards, à l’image de Valentin Tabellion qui, avec l’équipe de France de poursuite, a fini sixième ce mercredi avec un temps moins bon qu’espéré. « La piste roule un peu moins vite, les conditions sont un peu moins bonnes que hier [mardi]. Il fait un peu moins chaud, on a appris qu’ils ont tout ouvert cette nuit pour faire descendre un peu la température. Ce sont tellement des détails que cela se sent. »

La piste aux étoiles

Ajoutons que moins d’humidité il y a, plus le bois de la piste, qui a été poncé il y a quelques semaines, rend au niveau des performances. D’autant que « c’est l’une des pistes les plus rapides au monde au niveau de la mer », nous confirme Mélissandre Pain, ancienne pistarde devenue coach. Avec ses petites lignes droites, et sa largeur importante, elle permet aux coureurs d’aller plus vite avec le même type d’efforts.

« Si t’as des lignes droites très longues, il te faut mettre plus de watts pour faire le même temps, détaille Mélissandre Pain. Quand t’es dans le virage, avec l’inertie, t’as moins besoin de mettre de watt. Les virages sont plus grands, les lignes droites moins longues, donc t’es plus longtemps dans le virage, donc pour aller à la même vitesse, t’as besoin de moins de watts. »

Oui, car n’enlevons pas le mérite aux grosses cuisses. Il ne vous suffit pas de vous entraîner dans des conditions tropicales pour sortir la performance du siècle. « Les températures élevées aident à aller plus vite, c’est clairement l’une des raisons qui expliquent ces grosses performances. L’autre raison, c’est que ce sont les Jeux olympiques et les athlètes arrivent dans la forme de leur vie pour ce rendez-vous », assure Niklas Larsen.

Attention, quand même, à la chaleur

« On est, malheureusement [pour l’équipe de France], habitués à voir certaines nations faire des records du monde, notamment sur les Jeux olympiques, estimait l’entraîneur du sprint Michaël D’Almeida en zone mixte après la vitesse par équipe. Ça nous montre que tout le monde se prépare pour le même événement, le même objectif pendant quatre ans. Toutes les pistes sont rapides aux Jeux olympiques. Aussi loin que ma mémoire me porte, à chaque JO, il y a eu des records du monde. »

La chaleur de Saint-Quentin pourrait tout de même faire quelques malheureux du côté des épreuves d’endurance. « La poursuite par équipe dure entre trois et quatre minutes, donc on peut s’adapter à la chaleur, explique Jan van Eijden. Cela peut être un tout autre scénario dans l’endurance, quand ils courent pendant 50 km. La chaleur peut probablement causer des dégâts. » Plusieurs malaises sur la piste, c’est un record auquel on ne veut pas être témoin.