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JO 2024 – Volley : « Je suis parti vite sinon j’allais trop chialer », le récital des Bleus à travers le prisme Ngapeth
démonstration•L’équipe de France de volley a offert un match monumental en demi-finale des JO face à l’Italie, portée par son leader Earvin NgapethNicolas Camus
L'essentiel
- L’équipe de France de volley s’est imposée avec la manière en demi-finale du tournoi olympique en écrasant l’Italie (3-0) mercredi soir.
- Avec Trevor Clevenot, également auteur d’un très grand match, Earvin Ngapeth a été le moteur des Bleus, autant par la voix que par son efficacité en attaque.
- On vous raconte ce match à travers les exploits du numéro 9 de l’équipe de France, qui s’est montré particulièrement ému à la fin de la rencontre.
A la Porte de Versailles,
C’était un soir béni pour les Bleus du volley mercredi, de ceux qui se comptent sur les doigts d’une main dans une carrière. « Un état de grâce », selon les mots de Yacine Louati. L’équipe de France a littéralement broyé l’Italie, championne du monde et d’Europe en titre, pour s’ouvrir en grand les portes de la finale des Jeux olympiques, où elle défendra son titre face à la Pologne, samedi.
Le fil rouge Ngapeth
Dès le premier point, elle a enserré ses griffes sur son adversaire et ne l’a jamais lâché, jusqu’à ce qu’il n’ait plus assez d’air pour respirer. Ce 3-0 est une œuvre d’art. « Pour les battre 3-2 il fallait faire le match parfait, alors pour leur mettre 3-0, il fallait sortir un match extraordinaire », savoure Earvin Ngapeth. Le fil rouge de ce récital, et donc celui de ce récit.
C’est tout le collectif bleu qui a régalé, mais ses équipiers le reconnaissent, c’est lui qui a donné le tempo de cette soirée de feu. « Cet état d’esprit qu’on a eu, à rester ensemble… On s’est énormément parlé, Earvin a été incroyable là-dedans, dès le premier point, soufflait Antoine Brizard quelques minutes après le match. Il nous disait de rester ensemble, de ne pas céder à l’euphorie. »
Contrairement aux précédents matchs dans ce tournoi, le leader des Bleus a été là dès le coup d’envoi, cette fois. Et pas seulement par la voix. Sa petite sucrerie main gauche qui a surpris les contreurs italiens après seulement quelques points n’était que le début du festival. Dans le cœur de cette première manche au couteau, il y a cet échange où il s’y reprend à trois fois pour finalement enfoncer la défense adverse, saoulée de coups, avec un ace juste derrière histoire de remettre les Bleus devant. Et puis l’une de ses spécialités, cette attaque en bras roulé pour mener 20-18, avec le petit sourire du gamin heureux de son coup qui va bien.
« J’ai eu du mal sur les débuts de match jusqu’ici, et aujourd’hui c’était vraiment important d’être là, observait-il après coup. Ils se nourrissent du bloc, c’est une grosse équipe dans ce domaine, donc le mot d’ordre c’était ça, jouer avec la tête plutôt que d’essayer d’y aller toujours en puissance, et moi le premier. C’est ce qu’on a bien fait ce soir, surtout avec Trevor. »
« On est des fous ! »
Trevor Clevenot, l’autre arme fatale des Bleus dans ce match. Auteur de 17 points, dont 15 en attaque, le joueur du Warta Zawiercie, en Pologne, a rendu dingue les arrières italiens. « C’est mon style, jouer avec le timing, jouer avec les mains, varier mes coups pour donner le moins d’infos possible et changer à chaque fois pour que les mecs en face se cassent la tête », explique-t-il. A eux deux, les réceptionneurs-attaquants ont abattu « un boulot incroyable » pour garder les Italiens la tête dans le sac, salue le pointu Jean Patry.
A chaque dinguerie, le public rugissait et en redemandait. Du pain béni pour Ngapeth. « On a déjà joué en France, mais là il y a un truc en plus, estime Barthélémy Chinenyeze, les yeux écarquillés. Ça résonne dans la salle, le public est exceptionnel. On joue avec ça parce qu’on en a besoin, on a des showman dans l’équipe, comme Earvin. On est des fous ! »
Le numéro 9 des Bleus n’a pas hésité à haranguer les 13.000 spectateurs de l’Arena, comme au début du 2e set, quand il ne fallait pas faire redescendre la pression. Un peu plus tard, alors que la France était menée pour la première (et seule) fois de trois points (13-16), c’est lui qui est venu coller deux smashs pour éteindre le doute avant même qu’il n’ait le temps d’installer. En se tapant fort sur la poitrine, regard possédé.
« C’est vraiment une force en plus pour moi, et pour nous tous, raconte-t-il. On s’est pas mal parlé de 2019, cette demi-finale de championnat d’Europe à Bercy, on avait été un peu étouffés par le public et là on s’était dit qu’il fallait jouer avec eux, les faire participer, parce que quand c’est comme ça c’est… (il ne finit pas). On se nourrit de ces ambiances-là, nous, et à Bercy c’est comme si on n’en avait pas assez profité. Alors ce soir c’est ce qu’on a fait et ça nous a apporté beaucoup d’énergie en plus. »
Qui d’autre pour la balle de match ?
A deux sets à zéro, la fête était belle et Ngapeth, encore lui, a accompagné la Marseillaise entonnée en tribunes au début du 3e avec des grands gestes et des applaudissements. Cette dernière manche sera la sienne, avec d’abord deux attaques long de ligne, tout en toucher, puis une combinaison de l’espace avec le libéro Jenia Grebennikov sur laquelle il vient claquer un smash des 3 mètres sur la ligne de fond pour faire un break que les Italiens ne referont jamais (12-9).
Deux parpaings plus tard, dans une ambiance de corrida, c’est lui qui viendra mettre la dernière note à la symphonie, évidemment, avec une attaque envoyée en tribunes par le contre adverse. Son 15e point du match. Earvin Ngapeth s’est alors mis à genoux pendant que le banc déboulait sur le terrain en sautant partout, dans une folie furieuse et contagieuse.
Après avoir profité quelques instants, le boss s’est éclipsé. « Je suis parti vite parce que sinon j’allais trop chialer. Et il faut pas trop chialer, je fais du rap quand même, dira-t-il en riant quelques secondes plus tard dans la zone mixte, yeux encore rougis et visage illuminé. Là c’est vraiment une émotion incroyable. C’est dingue, c’est un rêve, on s’était dit que défendre un titre olympique à la maison était quelque chose de fou, et on va avoir la chance de pouvoir le faire. Maintenant, il nous reste encore une bagarre, avec ce public, pour avoir la plus belle des médailles. » Trois ans jour pour jour après leur sacre de Tokyo, Ngapeth et sa bande se sont offert un joli cadeau.



















