JO 2024 – Volley : Le banc, le public et un peu de trash talk, la recette des Bleus pour retourner l’Allemagne
remontada•Menée deux sets à zéro, l’équipe de France de volley a fini par se réveiller et battre l’Allemagne pour accéder aux demi-finales du tournoi olympiqueNicolas Camus
L'essentiel
- L’équipe de France de volley s’est qualifiée pour les demi-finales des JO de Paris en battant l’Allemagne (3-2), ce lundi soir.
- Menés deux sets à rien, les Bleus se sont fait très peur, mais ils ont réussi à retourner la situation grâce aux joueurs sortis du banc et au soutien inconditionnel du public.
- Ils ont aussi su être malins en allant défier les Allemands au filet pour retrouver de l’adrénaline, ce qui a notamment servi à Earvin Ngapeth, inarrêtable en fin de match après un départ plus que poussif.
A Porte de Versailles,
Inutile de faire comme si, on a bien cru qu’on allait devoir faire sans nos volleyeurs pour ambiancer cette deuxième semaine des JO. Menés 2-0 par l’Allemagne ce lundi en quarts de finale, les Bleus, en quête d’un fabuleux doublé à la maison après leur titre à Tokyo, sont passés tout près d’une immense désillusion. « J’ai eu très peur, souffle le passeur Antoine Brizard. On y a tous pensé, et c’est aussi ça qui nous a fait rester dans le match, se dire que ça ne pouvait pas s’arrêter comme ça, devant tout ce public incroyable. »
Alors Earvin Ngapeth et sa bande se sont réveillés pour finalement retourner le voisin, au terme d’un tie-break irrespirable. « Je n’arrive même pas à expliquer comment on a réussi à faire ça », avoue Nicolas Le Goff. On va essayer de le faire pour lui, avec les quatre points clé de cette opération remontée.
Le banc
Pas dans leur assiette, pris par cette pression de ne pas avoir droit à l’erreur contre une nation sans référence internationale ces dernières années, les Bleus ont donc commencé la rencontre à l’envers. Le contraste était saisissant avec des Allemands sûrs de leur plan de jeu, avec un alliage bloc-défense en acier et le colosse Gyorgy Grozer pour miner les quatre coins du camp adverse. Acculés, déroutés, les Français s’en sont alors remis à leur banc, à commencer par Théo Faure.
Le pointu de 24 ans a clairement été le détonateur du réveil bleu en début de 3e set. Auteur de 11 points, le troisième total de l’équipe derrière Ngapeth et Clevenot, il a aussi sorti deux blocs qui ont fait très mal aux têtes allemandes et un ace dans le money time. « On a travaillé ça toute la saison, et on a gagné pas mal de matchs importants grâce aux joueurs qui sont rentrés, rappelle le sélectionneur Andrea Giani. Tous les joueurs ont un rôle dans cette équipe, ils le savent et c’est important. »
Quentin Jouffroy est l’autre grand bonhomme de la fin de match, avec un amour de ballon croisé déposé derrière le contre allemand et deux blocs dans le cœur de cet étouffant tie-break, pour permettre aux Bleus de reprendre le large alors qu’ils sentaient le souffle allemand sur leur nuque. Mais on peut aussi citer Yacine Louati ou Benjamin Toniutti. Globalement, tous ont apporté de la fraîcheur et une énergie dont l’équipe avait bien besoin. « On a la chance d’avoir un super groupe, tout le monde a le niveau pour être sur le terrain, et tout le monde est mobilisé, apprécie Barthélémy Chinenyeze. Cette victoire fait du bien, on est vraiment allé la chercher avec tout le monde. »
Aller brancher les Allemands
Ça, c’est la botte secrète des Bleus. Ils ne sont pas les seuls à le faire, bien sûr, mais eux s’en servent régulièrement pour se mettre un petit coup de jus et arrêter de dormir. Nicolas Le Goff raconte : « A la fin du 2e set, on a essayé d’aller chercher un peu de rivalité au filet. Ça a chambré un peu, on va dire. Certains joueurs de l’équipe ont un peu besoin de ça pour se mettre dedans. » Earvin Ngapeth, par exemple, qui a fini par faire dégoupiller le géant Tobias Krick. Un des tournants du tie-break, puisque le central de 2,13 m a écopé d’un carton rouge alors que son équipe venait de marquer un point à 8-5. Résultat, point donné aux Bleus, et un écart que les Allemands ne referont jamais.
« Oh, ça a chauffé un peu, mais avec Tobias on s’aime bien, on a joué deux ans ensemble, s’amuse après coup la star des Bleus. C’est normal, c’est l’événement, la tension du match. » Le Goff pense, lui, que les Bleus ont gagné cette bataille de l’intox. « Ils ont peut-être vu que ça nous avait remis bien, alors ils ont voulu faire pareil dans le tie-break, mais nous, on avait insisté là-dessus avant le match : on savait qu’on devait gagner sur le papier, mais que ce ne serait pas simple, et on s’était promis de ne pas s’agacer si on était menés, explique-t-il. Et on a réussi à le faire. »
Earvin Ngapeth
Ça n’aura échappé à personne, depuis le temps, l’équipe de France est dépendante offensivement de sa star. Alors quand elle ne marque pas un seul point dans tout le premier set, forcément, ça devient compliqué. Les Allemands l’avaient bien étudié et pendant toute la première moitié du match, le joueur d’Halkbank Ankara s’est retrouvé en échec, avec quelques attaques deux mètres dehors qui faisaient peine à voir.
Est-ce que son coach a pensé à le sortir ? Andrea Giani ne peut s’empêcher de rigoler à cette question. « C’est un joueur spécial… On sait qu’il monte toujours en puissance », répond l’Italien. Effectivement. Ngapeth s’est mis en marche, peu à peu, jusqu’à électriser la fin du 4e set puis le tie-break. De toute façon, il n’aime rien tant que quand ça devient bouillant, et ses trois ou quatre smashs croisés depuis le coin du parking, comme son petit main gauche en toute fin de rencontre, ont achevé de remonter les Bleus comme des coucous.
« Il nous a fait beaucoup de bien la deuxième moitié du match, confirme Quentin Jouffory. Un Earvin qui prend des risques et qui passe tout ce qu’il entreprend, pour l’équipe c’est hyper important, surtout dans les moments de grosse pression comme là. » Résultat, 21 points au total pour le patron (dont trois blocs), meilleur scoreur juste devant Clevenot.
Le public
C’est peu de dire que les 13.000 spectateurs massés dans le hall 1 de l’Arena Paris Sud y ont été pour beaucoup dans le scénario dingue de ce quart de finale. « Sans eux, je ne sais pas si on passe », souffle même Le Goff, assez ébahi par le boucan qu’ils n’ont jamais cessé de faire, même après la clim du deuxième set perdu. Le gain du troisième a permis au public de vraiment lâcher les chevaux, et ça n’a plus arrêté jusqu’au tie-break, disputé dans une ambiance de corrida.
« On fait des tie-breaks exprès pour ça, lance Trevor Clevenot en se marrant. Non, vraiment, quand t’arrives à ce moment-là du match et que t’as ce public derrière toi, c’est une sensation indescriptible. » Le soutien inconditionnel du public Il a également aidé le showman Ngapeth à se lâcher. « Il y a des moments où c’était dur, où on était dans le doute, et quand il nous pousse comme ça on oublie tout, ça nous donne de la force », salue le meilleur joueur du monde 2021. La demi-finale de mercredi contre le grand rival italien, champion du monde en titre après avoir sorti la France au tie-break en quart de finale, sera encore une magnifique occasion de le prouver.


















