JO 2024 : Au coeur du kop des supporteurs des escrimeurs tricolores au Grand Palais
FURIA EN TRIBUNEs•20 minutes a posé sa tente là où ça crie le plus fort à l’escrimeJulien Laloye
Avec les hinchas de Boca Juniors à l’escrime,
A la téloche, vous ne pouvez pas les louper. D’ailleurs leur placement a été pensé en partie pour. Souvent au milieu de la tribune, en largeur, comme en hauteur, avec l’accoutrement du supporteur idéal et surtout ces grosses têtes imprimées à l’effigie des athlètes tricolores engagés le jour J. Vendredi 2 août au soir, ils sont une petite cinquantaine à « dealer » des têtes de Romain Cannone entre deux rangées avant le match pour le bronze de l’équipe de France d’épée.
Leaders d’ambiance et grosse caisse
Nous sommes au cœur des carrés de supporteurs organisés par le Cojo et parrainés par EDF, l’un des partenaires premium des Jeux, pour mettre le feu aux enceintes parisiennes. Un millier de sessions ont été ciblées, et 230.000 fans de sport français y ont droit au long de la quinzaine, encadrés par des « leaders d’ambiance ». En gros, des kapos amateurs qu’il a fallu profiler en amont, et pas au doigt mouillé. Au Grand Palais, on tombe sur Jacques-Edern, déjà propriétaire officieux de la grosse caisse gentiment offerte pour relayer les cordes vocales de la grosse cinquantaine de fans préposée à l’ouvrage.
« Je n’ai pas fait formation tambourin, mais ils semble que je suis le plus motivé [rires] ». Ce Breton de 44 ans s’est donné un mal de chien pour en arriver là, après avoir vu passer une petite annonce sur les réseaux du fleurettiste Enzo Lefort : « une nuit à écrire et réécrire une lettre de motivation, je ne savais pas quoi mettre dessus. Bon il y avait des questions pour m’aider, comme mon rapport au monde du supportérisme et à l’escrime ». Rapport assez évident à vrai dire : le garçon fait de l’escrime depuis 15 ans et vient même de participer aux championnats de France vétéran.
Il ne se la ramène pas pour autant pendant la demi-finale, contrairement à nos deux voisins de derrière, qui ont visiblement fait épée première langue : « Pas en milieu de piste », « Fais lui ton main pied », « Allègre il est de l’escrime classique, ça se voit qu'il vient de Levallois ». C’est aussi le charme de ces carrés de supporteurs : ils regorgent avant tout de connaisseurs, par ailleurs pas avares en encouragement. Les « Allez les Bleus » succèdent aux « Allez Yannick », ou « Allez Luigi » lancés en symbiose avec la tribune d’en face. Toute la salle est dans le jus, pas besoin de combler les blancs.
Les épéistes pas au niveau de leurs supporteurs
Denis Gargaud, médaillé d’or à Rio en canoë, et membre de la team EDF, passe une tête à côté de nous, relativement incognito. Il ne connaît pas plus l’escrime que ça, mais les bonnes âmes qui lui font la traduction se veulent confiantes : quatre touches d’avance avant le dernier relais, c’est du tout cuit pour Borel et les Bleus qui vont faire bronze. Sauf que non, le vice-champion olympique se troue complètement face à un tireur tchèque bien moins racé que lui, et l’urgence du danger saisit tout notre carré, qui fait lever le Grand Palais comme un seul homme pour faire un boucan d’effort après chaque touche du Français, lancé dans une remontée improbable, de 37-41 à 40-41. Raté, le moment de grâce est passé.
« J’ai kiffé ma soirée jusqu’à il y a deux minutes, peste Jacques-Edern, qui n’a plus le cœur à taper sur son engin. L’ambiance était super, aussi bien qu’au ping où je suis allé voir les frères Lebrun ». Et moins bien que samedi pour les handballeuses tricolores opposées à l’Espagne : Notre Breton a bénéficié de quelques désistements et continuera à manger du caviar. Pour ce soir, en revanche, c’est fichu. La finale entre le Hongrie et le Japon se déroule dans une forme d’indifférence polie, surtout egayée par une petite délégation de fans magyars très volubiles… et la nouvelle médaille d’or de Léon Marchand, célébrée par procuration par tout le Grand Palais. Possible de renvoyer une lettre de motivation pour aller à la piscine ?


















