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JO 2024 – Il y a un an : Riner, Marchand et triplé au BMX… Mais c’était quoi cette soirée de dingo ?
souvenez-vous l'été dernier (8/18)•Il y a eu pendant ces Jeux des soirées plus mémorables que d'autres. Celle du 2 août, avec le triplé en BMX, le triomphe de Riner et l'exploit historique de Marchand, est à ranger tout là-haut pour le sport françaisWilliam Pereira, avec N.C. et J.Lau.
Il y a un an se tenaient les plus beaux Jeux olympiques de l'histoire (oui, on le pense toujours). Du 26 juillet au 12 août, « 20 Minutes » vous propose de revivre un grand moment de chaque journée, à travers les récits de ses envoyés spéciaux. Une manière de faire revivre l'émotion, et se rappeler où l'on était quand ils se sont déroulés.
De nos envoyés spéciaux au paradis,
On n'avait même pas osé en rêver, de cette soirée féérique conclue par sept médailles olympiques décrochées par le sport olympique français. Deux en judo – dont l’or de Teddy Riner – deux en natation – dont un quatrième sacre pour Léon Marchand – et trois pour le BMX français – dont l’or du patron Joris Daudet. Difficile de se dire, à chaud, que tout ça était bien réel.
A-t-on déjà connu ça de notre vivant ? Un ami qui s’est retrouvé cette semaine à danser par hasard dans un bar parisien avec des médaillés olympiques, avait partagé la douleur que pouvait procurer un coup involontaire de métal doré sur le crâne. Heureusement pour nous, la pluie de médailles n’était qu’une métaphore. Formidable, douce, exaltante et inoubliable. Au point de mériter d’être rejouée ici et maintenant.
Teddy Riner, guide du judo et des vendredis de folie
On a bien cru qu'on allait déchanter une énième fois, vendredi à l'Arena Champ-de-Mars, où la quête d'or olympique du judo est allée de déception en déception durant toute la semaine. Teddy Riner n'était en effet pas dans la forme de sa vie sur un premier combat de la journée bien tristoune, remporté sur trois shidos au « golden score »
Clairement « tendu » par l'évènement à la maison, comme nous le confirmera son entraîneur, le Guadeloupéen de 35 ans a bénéficié d'un soutien mémorable du public, chaud bouillant à chacune de ses arrivées en bord de tatami. Malgré la clim colossale concernant Romane Dicko, grande favorite sortie en demi-finale puis en bronze, le parfum des grands frissons sportifs a peu à peu rempli les lieux.
Car à partir d'un quart de finale ultra-électrique contre Tushishvili, la hype était grandissante et les ippons du gaillard délirants. Quel plaisir, trois ans après la désillusion de Tokyo, de retrouver Teddy Riner à ce niveau-là de maîtrise technique et de domination physique. Et quel épilogue surtout, avec cet ippon réalisé à seize secondes du terme de la finale contre le champion du monde en titre et numéro un mondial Kim Min-jong. Un moment qui restera dans toutes mémoires au moment de dresser le bilan global des Jeux.
Le reste est de l'ordre de la communion avec le public : Teddy Riner saute dans tous les sens au pied des tribunes, il est tout autant en kif que huit ans plus tôt à Tokyo. Et pour que cette soirée soit décidément parfaite : outre la troisième médaille d'or olympique (après Londres et Rio) conquise, le (premier) héros du soir nous a à demi-mots annoncé qu'il se verrait bien repartir pour un nouveau cycle olympique à Los Angeles. « C’est impossible que Teddy s’arrête, tranche encore plus clairement Stéphane Nomis, président de la Fédération française de judo. Il veut défier toutes les stats. Il veut rentrer dans l’histoire du judo à vie, que personne ne prenne sa place. Ce gars-là n’est pas normal. » On n'a pas attendu ce ippon en finale pour en persuadé.
Léon Marchand-core sur l’eau
A la piscine, on n’est pas près d’oublier ces 30 premières minutes bénies de la session du soir, un peu moins de trois heures après la première grande émotion de la journée, l'ipponage en rang d'oignons du colosse Teddy Riner, auteur, à 35 piges, de sa plus grande démonstration de judo aux JO. A 20h30, l’entrée dans l’arène de Florent Manaudou a électrisé le public, et le capitaine de route de la délégation française en a bien profité. Détendu, heureux, il s’est même permis de lancer un clapping juste avant que le starter n’envoie tout le monde sur le plot de départ. Totalement irréel.
Un peu moins de 22 secondes plus tard, il tape le mur et le petit laps de temps avant que les résultats ne s'affichent semble durer une heure. Un petit 3 vient se coller à côté de son nom, le stade hurle sa joie, et arrive encore à faire monter les décibels quand le Français, désormais quadruple médaillé olympique, sort du bassin en levant les bras. Cette médaille, personne n’osait trop y croire, et c’est ce qui la rend encore plus belle.
A peine le temps de regarder Manaudou quitter la piscine avec un grand sourire, il faut déjà se reconcentre sur le bassin. Le roi Léon est annoncé dans son château. Ses sujets font monter le volume à son entrée en piste. Le silence de cathédrale qui fait juste avant le départ, ces quelques secondes suspendues, font toujours leur effet, en contraste total avec ce qui va se passer ensuite.
Marchand part fort, prend le lead sur le deuxième 50m et ne le lâchera plus, porté par la foule. Il est 20h55, la France fête un champion qui va bientôt lui échapper. Le jeune homme vient de gagner une QUATRIEME médaille d’or dans la MÊME édition des Jeux. En tribunes, les frissons ne quittent plus nos bras. La soirée vient à peine de débuter, elle est déjà entrée dans la légende.
Un peu plus tard, en attendant Manaudou dans la zone mixte, tout le monde checke son téléphone pour suivre les dernières épreuves de la journée. On apprend qu’Emmanuel Macron a quitté l’Arena pour le site de BMX. « Cool, ça va aller plus vite pour voir Flo et Léon », lance un confrère dont on taira le nom pour des soucis évidents de sécurité. On avoue, on l’a pensé fort aussi.
21h30, le coup dur. Manaudou est annoncé dans cinq minutes. « Arf, pile en même temps que le BMX. » Le colosse débarque, sa joie est touchante. Il raconte son émotion, la manière dont il a profité du moment, dont il s’est servi de l’immense public français. C’est passionnant. Juste après son passage, la rumeur se propage à la vitesse de l’éclair « Triplé au BMX ! ». On avait un peu deviné, avec la clameur qui venait de s’élever des tribunes à côté, alors qu’aucun Tricolore n’était au programme. Tout le monde se regarde. « Mais c’est quoi cette soirée ? »
« Et une, et deux, et trois médailles »
Cette soirée, c’est l’Histoire et Julien Sastre, l’entraîneur ému aux larmes de l’équipe de France de BMX, reçue 3/3 sur le podium olympique vendredi soir, ne manque pas de le rappeler. « il y a eu le triplé du Ski Cross à Sochi en 2014. Le dernier triplé aux Jeux d’été, je crois que c’est en 1924, au saut de cheval en travers. C’était il y a 100 ans. » Un joli clin d’oeil et surtout un énorme bras d’honneur au cauchemar de Tokyo 2021, où Joris Daudet, Sylvain André et Romain Mahieu s’étaient complètement foirés après avoir maîtrisé leur sujet en demies.
Aujourd’hui, ce tiercé est celui de la gagne, et il l’aura été toute la semaine, comme le souligne Daudet. « Hier, on a fait 1-2-3. Aujourd'hui, on a fait 1-2-3 [sur les demies et la finale]. Bref, la course parfaite aujourd’hui et hier. On a réussi à faire ce qu’on était venu faire. » Une course d’équipe.
Ces trois-là ne s’étaient pourtant rien dit de la soirée, pas un mot, pas une tactique, rien. L’idée du collectif est par essence contradictoire avec la nature individualiste de la discipline. Mais même Romain Mahieu, qui nous disait en avril que s’il était « seul sur le podium [aux JO], je serais aussi content que si on était à trois » s’est laissé rattraper par cette mission qui d’un coup venait transcender les ambitions personnelles. « En cinq secondes de première ligne droite, tout le monde a capté que c’était bon, raconte Sylvain André. On est trois, et en fait, on va rester à trois. On va bloquer la course et les autres vont retourner à la maison. Une main devant, une main derrière. » Le tout avec l’aide d’un public encore omniprésent mais qui aurait mérité d’être plus nombreux aux yeux du médaillé d’argent. « 10.000 places de plus, c’est clair qu’on les aurait remplies. »
Sur la ligne, Joris regarde dans son retro pour s’assurer que Sylvain est bien là, et ce dernier que Romain ferme bien la marche. Des poupées russes. Une fois le combo gagnant sécurisé, le trio s’adonne à un spectacle de danse contemporaine parfaitement improvisé où chacun exprime ses émotions comme il le peut, en embrassant le sol du circuit, en jetant casque, chaussures, et vélo, pourquoi pas finalement. Le tout en hurlant, en se prenant mutuellement dans les bras. Une médaille d’or, c’est déjà grand. Mais tous ensemble sur la boîte, c’est encore meilleur. Surtout pour le BMX. Julien Sastre ne le sait que trop bien. « Pour essayer de faire en sorte qu’on parle à peu de nous en face de Teddy Riner, en face de Léon Marchand, il fallait au moins ça. » Dans les tribunes, on commence à chanter « et une, et deux, et trois médailles ». Quelle fin de soirée. Et quelle soirée tout court.


















