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A Tahiti, la future tour des juges sera « une catastrophe » pour les coraux

JO de Paris 2024 : A Tahiti, la construction d’une tour des juges sera « une catastrophe » pour les coraux

jeux olympiquesL’installation d’une tour des juges dans le lagon pour l’épreuve de surf des Jeux olympiques va nuire à l’écosystème autour de la mythique vague
Antoine Huot de Saint Albin

A.H. avec AFP

C’était l’une des craintes des habitants de Teahupoo, quand le Comité d’organisation des JO de Paris a décidé que le petit village (1.400 habitants) tahitien allait recevoir l’épreuve de surf des Jeux olympiques 2024 : « La population était favorable aux JO, mais sans aucun héritage matériel, aucune perturbation sur la façon de vivre, aucune conséquence sur l’écosystème », nous expliquait il y a quelques semaines Cindy Otcenasek, présidente de l’association de défense de l’environnement Vai Ara o Teahupoo et membre du collectif Mata Ara ia Teahupoo 2024.

Or, le projet de construction d’une nouvelle tour en plein lagon sur le spot mythique de Teahupoo à Tahiti pour pouvoir accueillir les juges de l’épreuve de surf cristallise depuis plusieurs jours les tensions et les incompréhensions sur l’île. Dimanche 15 octobre, une marche pacifique rassemblant plusieurs centaines de personnes a été organisée près du village de Teahupoo. Différentes associations et des riverains s’opposent à la construction de cette tour des juges, en aluminium, édifiée dans l’eau spécialement pour l’épreuve des JO, et qui pourrait dégrader selon eux les fonds marins et nuire à la biodiversité du site. L’association Vai Ara o Teahupoo a d’ailleurs lancé une pétition contre l’instauration de cette tour. Ce mardi, elle avait recueilli plus de 85.000 signatures.

Des dégâts sur les coraux

La tour prévue, de 14 mètres de hauteur, devrait comporter trois étages, un local technique climatisé pour les serveurs Internet alimentés par un câble sous-marin, mais aussi des toilettes avec un système d’évacuation raccordé à une canalisation. Ce qui inquiète principalement les opposants à cette tour, ce sont les possibles dégâts sur le corail qu’entraîneraient les travaux.

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« Le gouvernement [polynésien] veut faire passer la barge de la foreuse par un endroit impossible, ça va tout péter. Ce n’est pas possible de faire ça proprement. Ça va être une catastrophe, regrette Milton Parker, vice-président de l’association Atihau, qui gère le domaine Parker [une grande partie du village de Teahupoo], à l’AFP. Dès qu’ils vont commencer à casser le corail, c’est là qu’il va falloir intervenir. Les techniciens disent qu’ils connaissent le site, mais c’est faux, ils nous mentent. »

Le surfeur local Matahi Drollet, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, explique notamment que pour l’épreuve de la World Surf League (WSL) organisée chaque année à Teahupoo, une tour en bois est installée puis démontée une fois l’épreuve finie. Le comité d’organisation justifie, lui, ce projet en avançant des raisons de sécurité, la tour en bois (13,50 m) n’étant plus aux normes.

« La nature reprendra ses droits »

Son emplacement sera également identique à la précédente tour. Un bureau d’études spécialisé en environnement marin a été missionné par le gouvernement polynésien qui est maître d’œuvre sur ce projet, et les travaux envisagés doivent respecter un strict cahier des charges environnemental.

Le président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, a tenté de rassurer les riverains en se rendant samedi dans un village voisin, à Toahutu. « Il est évident qu’au moment du forage, il va y avoir du bruit et des dégagements de sable, mais tout ça va être contenu et nettoyé. Ensuite, la nature reprendra ses droits », a-t-il assuré selon des propos rapportés par la presse locale.

Des assurances qui ne semblent pas convaincre les opposants. « C’est une certitude qu’ils vont dégrader les coraux, voire creuser un chenal. C’est aussi une destruction de notre garde-manger, l’un des rares endroits de Tahiti où le poisson-chirurgien est encore comestible, regrette Matahi Drollet. On ne dit pas non aux JO, mais on dit non à la tour en aluminium. Le gouvernement avait dit que ce n’était pas à Teahupoo de s’adapter aux JO (mais) aux JO de s’adapter à Teahupoo. On attend qu’il tienne parole. »