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On est allé voir l’escalade olympique dans les salles de grimpe de Paris

JO 2024 : On est allé voir les épreuves olympiques dans les salles de grimpe

Jeux olympiquesLe passage de l’escalade en épreuve olympique divise le public de pratiquants, et ne fait clairement pas que des heureux
Jean-Loup Delmas

Jean-Loup Delmas

L'essentiel

  • Ca y est ! Très attendues après un passage remarqué à Tokyo, les épreuves d’escalade ont débuté ce lundi au JO de Paris.
  • Mais chez ce sport en plein boom de pratiquants depuis quelques années, la conversion à l’olympisme est loin de faire que des heureux.
  • On a arpenté les salles d’escalade de Paris, qui diffusent les épreuves, pour parler avec ce public un poil ronchon.

De notre envoyé spécial dans les salles d’escalade,

Si l’escalade avait été le show-stealer des Jeux de Tokyo auprès du grand public, l’épreuve avait laissé un certain scepticisme chez les passionnés. Principale cible de critique, cette ignoble combinaison vitesse-bloc-difficulté, réunie en une seule épreuve avec autant de subtilité que le mélange trois viandes dans un tacos. Un peu comme si on demandait à Léon Marchand, après son 400 mètres, de compléter également avec une épreuve de natation synchronisée. Ou que pour avoir une médaille d’or, un coureur devait aussi faire du saut à la perche et du lancer de po… Ok, ça existe c’est le décathlon, au temps pour nous.

Cette deuxième session d’escalade aux Jeux olympiques était l’occasion de faire un peu mieux, avec non plus une, mais deux épreuves. D’un côté, la pure vitesse, de l’autre un combo Difficulté-bloc déjà un poil plus cohérent. « Ce n’est pas encore parfait, mais c’est déjà mieux », soutient Malcolm, 32 ans, devant les épreuves de ce matin. Comme beaucoup de fans de mur et d’ascension vers les cimes, Malcolm regarde les épreuves dans sa salle d’escalade, reconverti en fan zone miniature pour connaisseurs.

Les puristes et la « vraie » escalade

Malcolm est plutôt satisfait de ce qu’il voit pour le moment. Avant de lâcher, un peu taquin : « C’est vrai que quand on voit l’escrime, on se demande pourquoi l’escalade n’a pas aussi 20 médailles différentes. Mais ça va venir. »

Ce parisien de 32 ans se définit comme un grimpeur « totalement groupie des JO ». Paris est certes bondé de pratiquants, et la blague du moment veut que tout trentenaire intra-muros finît soit par se marier, soit par s’inscrire dans une salle d’escalade. Mais la case olympique ne fait pas que des heureux. Comme tout sport en plein boom et qui charrie un nouveau public, certains « puristes » voient d’un mauvais œil cette récente surpopularité. Et l’olympisme ne fait clairement que la renforcer.

Un nouveau public pas franchement très attendu

« A Paris, les salles sont déjà archibondées, au point que ça devient au mieux impraticable, au pire dangereux pour tout le monde. Si on rajoute encore des gens… », s’inquiète Chloé, 24 piges et occupée à grimper à Climbing District Bastille. Même si elle reconnaît « la chance de voir son sport favori à la télévision, et pratiqué par les meilleurs. »

« Pour moi, ce n’est pas ça l’escalade », avance carrément Théo. « C’est beau, c’est télégénique, je ne dis pas. Mais c’est plus du divertissement que du sport ». Comme tout bon puriste, Théo n’échappe pas à des sermons de moraline : « L’escalade, ça devrait être soi contre soi. Etre content de finir son projet (nom qu’on donne au franchissement d’un mur d’escalade), qu’importe si les autres l’ont raté ou réussi. La compétition, ça me dépasse un peu. »

L’épreuve de vitesse, la plus mal aimée

D’autres se montrent plus souples : « Si on trouve ce sport génial, il faut accepter de le partager. Et puis combien de disciplines rêveraient de faire les Jeux ? Ne chipotons pas », estime Romane, 30 ans tout rond. Au contraire, cette diffusion sur le service public, dans un évènement planétaire, « permettra j’espère de casser cette image de sport pour bobo CSP + urbain. L’escalade, ça ne doit pas faire vibrer qu’à Paris. »

Une nouvelle bisounours de trouvé après Malcolm ? Et non, car l’épreuve de vitesse subit, elle, ses foudres : « Non, ça, désolé, je ne peux pas. L’escalade, pour moi c’est la tranquillité, l’intelligence, la réflexion, le calme. Toute l’antithèse. »

Une télégénie pas assumée jusqu’au bout

Moins critique, certaines personnes admettent quelques regrets, comme chez Lucas, 28 ans : « C’est chouette à voir, mais c’est vrai qu’inventer un site au Bourget qu’alors qu’il y a Fontainebleau à côté… » spot mondialement connu pour ses rochers sublimes à grimper. « Bien sûr, ça aurait été impossible-là, c’est même plutôt une bonne chose qu’ils n’y aillent pas mais quand même, ce n’est pas la meilleure pub à l’escalade »

Après les débuts poussifs de Tokyo, l’ouverture olympique reste quand même majoritairement saluée – il suffit de voir qu’il y a plus de gens regardant la télé qu’en train de grimper et l’arrivée des meilleurs grimpeurs « purs » sur le circuit compétitif a fini d’amadouer la plupart des sceptiques.

Même si tout n’est pas parfait : « Ce n’est que la première journée, certes, mais pour le moment, les commentaires ne sont franchement pas à la hauteur. » Un passage de Matthieu Lartot « L’escalade, ce n’est pas que les bras et les doigts, parfois, il faut se servir des jambes » – oui merci, c’est même de loin les muscles les plus importants et les plus utilisés pour grimper – a soulevé l’exaspération de la salle.

Deuxième grief, « par rapport aux compétitions mondiales, il n’y a pas les scores indiqués en bas, ça rend le tout beaucoup plus dur à suivre. » Quitte à rendre l’escalade épreuve olympique et pensée uniquement pour le show, autant le faire jusqu’au bout, non ?