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Le bilan français aux JO est-il si canon que ça, biathlon mis à part ?

JO d’hiver 2026 : Le bilan des médailles françaises est-il si canon que ça, au-delà de la razzia du biathlon ?

Merci le « bibi »Les JO de Milan-Cortina 2026 touchent à leur fin ce dimanche sur un bilan de médailles record pour l’équipe de France (23). Synonyme de 6e place au classement des nations, cette performance a été guidée par les 13 médailles du biathlon. Un problème ?
Qui est Quentin Fillon Maillet, le Français le plus médaillé de l'histoire des Jeux olympiques ?
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Les équipes de France de sports d’hiver ont obtenu un bilan record de 23 médailles lors de ces JO de Milan-Cortina 2026, qui touchent à leur fin ce dimanche.
  • Sur ces 23 médailles au total, ce qui vaut à la France une 6e place au classement des nations, 13 proviennent du biathlon, qui a signé des Jeux incroyables.
  • Quentin Fillon Maillet, Julia Simon et toute la clique représentent finalement 56,5 % des médailles françaises raflées en Italie. Manager de la haute performance au sein de l’Agence nationale du sport (ANS), Yann Cucherat explique à 20 Minutes pourquoi cette dépendance au « bibi » n’est pas vraiment problématique.

De notre envoyé spécial à Milan-Cortina, enfin surtout sur le site gagnant d’Anterselva,

Au moment de refermer le livre bien rempli des JO de Milan-Cortina 2026, on n’est pas encore parvenu à trancher une question cruciale. Y a-t-il eu davantage d’émotions fortes avec le biathlon français à Anterselva ou de Sweet Caroline et de Sara perché ti amo balancés par la sono du site d’Antholz ? Il y a franchement match, car de la remontada de Lou Jeanmonnot dans le relais mixte du 8 février jusqu’au sublime doublé Océane Michelon-Julia Simon sur la mass-start samedi, le camp tricolore nous a fait vibrer sur le pas de tir (un peu), et sur les skis (surtout).

Treize médailles au total, soit quasiment un score doublé par rapport à la moisson record de Pékin 2022 (7), dans une razzia identique aux Mondiaux de Lenzerheide 2025, avec une épreuve en moins au programme. TREIZE MEDAILLES ! « C’était impossible d’imaginer un tel niveau de réussite avant les Jeux, confiait samedi Cyril Burdet, entraîneur de l’équipe féminine. Pour faire ce qu’on vient de faire, il faut qu’absolument toutes les planètes soient alignées. Pendant quinze jours, on a vécu comme dans un rêve. Il ne faut vraiment pas banaliser cette performance collective. Si ça n’avait pas été fait par le passé, ça n’est pas pour rien. »

Il y a de la médaille au m2 là quand même, sur cette photo d'équipe des biathlètes tricolores à Anterselva.
Il y a de la médaille au m2 là quand même, sur cette photo d'équipe des biathlètes tricolores à Anterselva. - L.Hahn/KMSP/AFP

Les Pays-Bas sont à 100 % sur le patinage de vitesse

OK, le biathlon français a dans son ensemble été magique, des techniciens aux biathlètes, pour finir meilleure nation des Jeux dans la discipline pour la première fois de l’histoire (la Norvège n’a remporté « que » 11 médailles). Mais l’hégémonie d’un sport ne risque-t-elle pas d’apporter un effet trompe-l’œil à un bilan global record de médailles sur des JO d’hiver (23, contre 15 à Sotchi 2014 et à Pyeongchang 2018), synonyme de 6e place au classement des nations, derrière la Norvège, les Etats-Unis, les Pays-Bas, l’Italie et l’Allemagne (qui nous écarte du Top 5 à la photo-finish) ?

Petite séquence pourcentage : le « bibi » représente sur cette quinzaine italienne 56,5 % des médailles tricolores. Une dépendance à ce sport qui n’avait été plus forte qu’une fois, lors des JO de Lillehammer 1994 (60 %), mais sur une récolte minimaliste (3 sur 5 !). En clair, sur les trois précédents Jeux à moisson haute (15, 15 et 14), l’ensemble des autres sports a conquis 11, 10 et 7 médailles, vs 10 à Milan-Cortina.

Comment l’Agence nationale du sport, qui ciblait « 20-21 médailles au global » avant les Jeux, perçoit-elle donc l’immense poids du biathlon sur les sports d’hiver français ? « Oui, la France est devenue la nation référente en biathlon, indique à 20 Minutes Yann Cucherat, manager de la haute performance à l’ANS. Mais on n’est pas les seuls dans ce cas-là, c’est important de le dire. Les Pays-Bas prennent leurs 20 médailles sur seulement deux disciplines, le patinage de vitesse et le short-track [dont 10 en or]. La Norvège fait 11 médailles en biathlon et 13 en ski de fond [soit 24 sur 41], c’est quand même énorme. »

« Pas de sonnette d’alarme » pour l’alpin

C’est pourquoi l’ANS tient à s’appuyer sur « le classement des disciplines médaillées », dans lequel la France se classe 5e (7 disciplines à médailles, comme la Norvège, le Canada et l’Autriche). Seuls les Etats-Unis (11), l’Italie (10), l’Allemagne (9) et la Suisse (8e) sont plus complets que nos Bleus. Nouvelle épreuve, le ski alpinisme (3 médailles en 3 épreuves, dont l’or sur le relais mixte) a montré qu’il pouvait s’installer comme « un gros bloc » olympique lui aussi.

Déjà à la peine en première manche du slalom olympique, le tenant du titre Clément Noël a voulu prendre des risques en deuxième manche, et il a très vite enfourché deux portes. Ses JO 2026 auront été un échec.
Déjà à la peine en première manche du slalom olympique, le tenant du titre Clément Noël a voulu prendre des risques en deuxième manche, et il a très vite enfourché deux portes. Ses JO 2026 auront été un échec. -  D. Diloff/AFP

« On est passé à côté du snowboardcross et du skicross, où les résultats sur les étapes de Coupe du monde nous laissaient entrevoir un autre bloc de médailles, poursuit Yann Cucherat. Il va falloir en tirer des leçons parce qu’on était capables de faire beaucoup mieux qu’une seule médaille [le bronze en épreuve mixte de snowboardcross]. » Quid du ski alpin, encore une fois décevant, surtout avec l’échec du tenant du titre en slalom Clément Noël, malgré la belle surprise pour Romane Miradoli (argent en Super-G) ?

« On a manqué de réussite en alpin mais je ne tire pas la sonnette d’alarme de manière trop forte, nuance Yann Cucherat. On a quand même eu beaucoup de podiums pendant la saison de Coupe du monde, avec notamment Alban Elezi Cannaferina et Paco Rassat, des jeunes athlètes talentueux. » Quel sera donc le plan de bataille des JO 2030 dans les Alpes françaises pour tous ces athlètes durant les prochains mois ?

L’Italie comme source d’inspiration en vue des JO 2030

« Bien sûr qu’il y a un effet biathlon qu’on va consolider, mais on a quand même quelques cartouches non négligeables sur lesquelles on va pouvoir travailler d’ici 2030, pour que tout ne repose pas exclusivement sur le biathlon », résume le manager de la haute performance à l’ANS. En prévision d’accueillir ces JO 2030, Yann Cucherat dresse un parallèle avec la gestion dans le camp italien en amont de Jeux à la maison.

Médaillée dans 8 disciplines à Pékin (pour 17 médailles), l’Italie a atteint la barre des 10 sur cette quinzaine. « L’Italie avait 32 athlètes qui étaient classés entre la 4e et la 8e place aux JO 2022, avec une moyenne d’âge de 28 ans. La France en a 41 entre 4e et 8e, avec 25 ans en moyenne. Par exemple en snowboard, on a obtenu 7 places entre la 4e et la 8e, et avec une moyenne d’âge de 21 ans. C’est une génération qui sera là en 2030, c’est un signe encourageant. »

Comment ne pas mentionner Mathis Desloges, à l’heure d’un bilan de compétition ? Inconnu du grand public avant de rejoindre Tesero, il en repart avec trois médailles d’argent, dont deux en individuel derrière l’intouchable Johannes Klaeboe. « Pour nous, Mathis Desloges est la grande révélation de ces Jeux, s’enthousiasme Yann Cucherat. On l’avait identifié comme potentiellement finaliste et on espérait une médaille sur le relais, mais de là à ce qu’il monte trois fois sur le podium… »

Autour de la révélation des Jeux Mathis Desloges (médaille d'argent autour du cou), l'équipe de  France de ski de fond a montré durant la quinzaine italienne qu'il faudrait compter sur lui pour les prochaines années.
Autour de la révélation des Jeux Mathis Desloges (médaille d'argent autour du cou), l'équipe de France de ski de fond a montré durant la quinzaine italienne qu'il faudrait compter sur lui pour les prochaines années. - E. Maloletka/AP/SIPA

Au biathlon, les médailles viennent de partout

L’ANS a également repéré la 5e place de Valentin Foubert en saut à ski, « une belle promesse ». A défaut de Top 5 global, « la boussole qui nous guide puisqu’il s’agit du souhait du président qu’on s’y installe », l’objectif + 50 % fixé par l’ANS par rapport à Pékin, qui mène donc à 20-21 médailles (dont 8 en or comme espéré), a été rempli. Avec en prime un cheat code révélé pour le boss de fin des Jeux, ce si précieux biathlon.

Notre dossier sur les JO d'hiver

« On nous demande souvent quel est notre secret, révèle Simon Fourcade, l’entraîneur du groupe masculin. C’est un travail sur la continuité, et la différence majeure sur cette olympiade, c’est qu’on réussit avec l’ensemble d’une équipe, et pas seulement avec une ou deux individualités. » Les ères Raphaël Poirée, Martin Fourcade et même Quentin Fillon Maillet version 2022 sont bien derrière. Et c’est tout le sport français qui profite de cette inspirante force collective.