JO 2026 : Et si pour une fois sur les Jeux d’hiver, le bilan des médailles françaises était scruté de près ?
on dit 107 ?•Après la belle réussite sportive de Paris 2024, et à quatre ans des Jeux d’hiver organisés en France, les JO de Milan-Cortina 2026 (du 6 au 22 février) s’accompagnent d’annonces autour d’une ambition de Top 5 mondial sans précédent pour la délégationJérémy Laugier
L'essentiel
- La France engage un nombre record de 162 athlètes aux JO d’hiver de Milan-Cortina 2026, dont la cérémonie d’ouverture va se tenir ce vendredi à 20 heures.
- L’ambition lancée par la présidente du CNOSF, Amélie Oudéa-Castéra, est de « s’inscrire dans la durée dans le Top 5 », sur la lancée des 64 médailles de Paris 2024.
- Plus mesurée, l’Agence nationale du sport (ANS) vise « une trajectoire à 20 médailles sur ces Jeux », contre 14 en 2022 à Pékin. Mais quelles répercussions peuvent avoir ces ambitions inédites pour des Jeux olympiques d’hiver côté français, à quatre ans des JO à la maison ?
De notre envoyé spécial à Milan-Cortina,
Un nombre d’athlètes record (162) pour un bilan record ? Jamais la délégation française n’avait été aussi fournie sur des Jeux olympiques d’hiver qu’à Milan-Cortina (du 6 au 22 février), alors que la cérémonie d’ouverture aura lieu ce vendredi à 20 heures. Un constat un brin trompeur car lié à la présence en Italie de 48 hockeyeurs et hockeyeuses tricolores, repêchés via l’exclusion des équipes russes, et très loin de pouvoir ambitionner un podium.
Il n’empêche : on n’en a peut-être fini avec le cliché des Jeux d’hiver déclenchant peu d’attentes/d’exigences de la part du monde du sport et des figures politiques en France, contrairement à l’habituelle folie furieuse entourant les JO d’été. Difficile d’oublier par exemple l’astronomique annonce de Claude Onesta, alors manager de la haute performance à l’Agence nationale du sport (ANS), qui avait « identifié 107 médailles probables » à seize mois des JO de Paris 2024.
Oudéa-Castéra veut surfer sur la vague de Paris 2024
De quoi quasiment faire passer pour un flop la performance historique des athlètes français à la maison - 64 breloques raflées, dont 10 en or, avec à la clé un nouveau statut de 5e meilleure Nation au monde sur cette dernière aventure olympique. De quoi pousser politiques et institutionnels, Emmanuel Macron et Amélie Oudéa-Castéra en tête, à vouloir « s’inscrire dans la durée dans le Top 5 ».
Lors d’un media day organisé en octobre dernier en vue de ces JO d’hiver 2026, l’ancienne ministre des Sports, désormais présidente du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), annonçait ainsi : « Le Top 5 est un objectif exigeant, mais c’est possible au niveau des performances. Il n’y a pas de raison qu’on ne le fasse qu’en été. Nous devons avoir la même ambition pour nos athlètes des Jeux d’hiver. Et puis on a aligné des moyens, avec une augmentation de 6 millions d’euros de la part de l’Etat pour l’enveloppe dédiée aux sports d’hiver ».
Plus de médailles qu’à Sotchi et Pyeongchang ?
Un argument clé pour viser plus haut que le 6e bilan mondial lors des JO de Salt Lake City 2002 (11 médailles, dont 4 en or). Depuis, les 15 médailles collectées en 2014 et 2018 restent le record tricolore l’hiver, devant le bilan mitigé (14) de Pékin 2022, avec à chaque fois une 9e ou une 10e place dans la hiérarchie mondiale.
On peut notamment songer à une (nouvelle) moisson du biathlon tricolore, Lou Jeanmonnot et Eric Perrot en tête, mais aussi à une confirmation pour Clément Noël, Perrine Laffont, Guillaume Cizeron (cette fois avec Laurence Fournier Beaudry) et les équipes de France de skicross/snowboardcross, alors que l’apparition du ski alpinisme offre de belles perspectives grâce à Emily Harrop et Thibault Anselmet.
Une précieuse « enveloppe spécifique » de 6 millions
« A l’ANS, on n’a jamais annoncé d’objectif Top 5, nuance pour 20 Minutes Yann Cucherat, qui a succédé à Claude Onesta en tant que manager de la haute performance du sport français. On pense par contre être en capacité d’augmenter notre nombre de médailles de 50 % entre Pékin et Milan. Par rapport à la dynamique qu’on observe sur les différentes Coupes du monde, aux écarts au podium, à la progression de certains, et à notre analyse de la concurrence, avoir une trajectoire à 20 médailles sur ces Jeux, ça nous semble réaliste. »
A moins d’une disette d’or, cette perspective devrait permettre de figurer dans ce fameux Top 5 le 22 février. Le Lyonnais apprécie « l’enveloppe spécifique » de 6 millions d’euros allouée pour l’année 2025 par le ministère des Sports à l’ANS. Celle-ci permet de faire passer le budget annuel dédié aux sports d’hiver de 11 à 17 millions, avec au global 114 millions à destination de la haute performance depuis 2024.
« Il n’y a pas que les médailles qui comptent »
« Si on veut avoir une trajectoire positive jusqu’aux JO 2030 en France, il fallait consolider le projet de cette manière », poursuit Yann Cucherat. L’autre raison principale d’attentes plus poussées est donc là : Milan-Cortina doit faire le pont entre l’éclatante réussite collective de Paris 2024 et cette perspective d’accueillir les Jeux d’hiver dans quatre ans dans les Alpes.
« Allons-y étape par étape, rappelle Carla Sénéchal, qui va participer à ses deuxièmes Jeux de rang en bobsleigh avec sa coéquipière Margot Boch. On est avant tout très focus sur ces JO-là et on ne sait pas où on en sera d’ici 2030. En tout cas, je ne ressens pas de pression particulière de la part du CNOSF en vue des JO 2030. Pour nous, l’objectif fixé entre nos coachs et la fédération est de rentrer dans le Top 10. » Le duo féminin de bob, classé 13e à Pékin, illustre l’une des batailles de l’Agence nationale du sport : « Il n’y a pas que les médailles qui comptent ».
« Ma mission première, c’est de faire en sorte que sur les JO, la plupart des athlètes français soient à leur meilleur niveau de performance, au-delà de la question de la médaille. Pour certains, ça signifiera une simple participation, pour d’autres une place en finale pour la première fois, ou encore une quatrième place. L’Italie a par exemple pris l’habitude d’autant valoriser ses athlètes 4es que ceux finissant sur le podium. Certains résultats hors-médailles peuvent être de vrais encouragements pour la suite, des exploits insoupçonnés. »
Les fédés réticentes à chiffrer des objectifs
Mais comment les décideurs des fédérations perçoivent-ils cette agitation autour des médailles visées ? « Personnellement, je n’aime pas trop établir des objectifs de médailles, reconnaît David Chastan, directeur du ski alpin. J’en suis à mes sixièmes JO, j’ai parfois eu cette stratégie, d’autres fois non. Aux derniers Jeux, on a fait trois médailles sur quatre disciplines chez les garçons, ce qui est quand même un ratio important, avec un titre à la clé [Clément Noël]. »
Il poursuit : « A Pékin comme à Milan-Cortina, je n’ai pas d’objectif précis sur des médailles au ski. Ce que je veux, c’est qu’on soit en capacité mentale et physique de pouvoir aller en chercher. Et ne faisons surtout pas cette erreur de déjà avoir en tête les JO 2030 ». Son homologue au biathlon Stéphane Bouthiaux est sur la même ligne : « L’objectif, c’est d’amener nos athlètes à 100 % de leur potentiel dès l’ouverture des Jeux. Le reste, la comptabilité, on la fera à la fin. On n’a jamais mis d’objectif chiffré de médailles et ça nous a toujours plutôt réussis ». Et comment, entre les sept médailles (dont trois en or) à Pékin 2022, puis la razzia des Mondiaux 2025 de Lenzerheide (13 médailles).
L’ANS veille à ne pas communiquer de noms d’athlètes
Et si la recette fructueuse du biathlon était finalement là ? Ne pas communiquer en amont, pour éviter tout risque de « surpression » sur les athlètes ?
« Je perçois ce risque et c’est pour ça que je suis très prudent dans les annonces, répond Yann Cucherat. D’ailleurs je ne communique jamais sur des noms : nos listes à l’ANS doivent rester confidentielles car un athlète qui ne se verrait pas dedans pourrait ne pas comprendre qu’on ne l’ait pas identifié comme médaillable. Et celui qu’on aurait pointé pour plusieurs médailles pourrait ressentir cette pression supplémentaire qu’on ne veut surtout pas lui mettre. »
« On a de la pression dans tous les cas »
Mais le double médaillé mondial de gymnastique 2005 le rappelle : « On a pour mission de faire rayonner la France. Le président de la République nous a demandé d’inscrire durablement la France dans le Top 5. C’est ce qu’on essaie d’envisager à l’horizon 2030-2032, c’est notre boussole. Quand on a des décideurs qui fixent des objectifs forts, et qu’ensuite on a les moyens pour porter cette ambition, c’est bénéfique pour tout le monde ». La « légitimité » de la stratégie de l’ANS, acquise grâce aux probants résultats sur les JO de Paris 2024, semble prendre le pas dans le camp tricolore sur les doutes entourant les ambitieuses annonces exposées.
Notre dossier sur les JO d'hiver 2026« Quand on est favori ou en position d’aller chercher une médaille, on a de la pression dans tous les cas, souligne Margot Boch. Je ne pense donc pas qu’une communication autour d’un objectif Top 5 ajoute une pression supplémentaire. » Ce vendredi, L’Equipe en remet une couche en dévoilant « les 27 chances de médailles françaises » (dont 13 en or !). Ça n’est qu’un avant-goût par rapport à ce qui attend Eric Perrot et tant d’autres en 2030.



















