JO d’hiver 2026 : « Petit Poucet » des jeux, le hockey sur glace français attaque son double kif « historique » à Milan
Grande première•Repêchées grâce à l’exclusion des sélections russes, les équipes de France de hockey sur glace masculine et féminine sont les invités surprises des JO 2026. Avec seulement trois joueuses professionnelles, les Bleues débutent ce jeudi contre l’ItalieJérémy Laugier
L'essentiel
- Les équipes de France masculine et féminine de hockey sur glace se sont qualifiées pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026. S’il s’agit d’un grand retour pour les Bleus, vingt-quatre ans après leur dernière place aux JO de Salt Lake City, c’est même une première historique pour leurs homologues féminines dans un tournoi olympique.
- Les deux sélections, meilleures 2es de leur tournoi de qualification olympique (TQO), ont finalement été repêchées en mai 2025 en raison de la décision du CIO d’exclure la Russie.
- L’équipe féminine, qui ne compte que trois joueuses professionnelles dans son effectif, débute son aventure face au pays hôte italien, ce jeudi (14h40) à Milan.
De notre envoyé spécial à Milan-Cortina (Italie),
Léon Marchand et Victor Wembanyama n’étaient pas encore de ce monde lorsque l’équipe de France masculine de hockey sur glace avait vécu sa dernière aventure olympique, en février 2002 à Salt Lake City (Etats-Unis). Les coéquipiers de Cristobal Huet avaient conclu la compétition à la 14e et dernière place, avec quatre défaites et un nul au compteur. Un douloureux souvenir suivi de vingt-quatre interminables années sans participation à des JO.
C’est pourquoi la présence des Bleus aux Jeux d’hiver 2026 de Milan-Cortina, dans un tournoi masculin programmé du 11 au 22 février, est un événement pour le sport français. D’autant que les 11es JO de nos hockeyeurs s’accompagnent de la première qualification olympique de l’histoire pour l’équipe féminine.
Le rebond après une raclée contre le Japon
« J’avais commencé à me dire que je ne participerais jamais à des Jeux, reconnaît la capitaine Lore Baudrit (34 ans). Dans mon esprit, ma dernière chance était passée sur le Tournoi de qualification olympique 2021, après notre défaite (2-3) contre la Suède. D’autant plus que sur le dernier TQO, on a commencé en prenant 7-1 face au Japon. Tout le monde nous a aussitôt enterrées. »
Mais outre la belle réaction féminine dans la foulée (4-1 face à la Chine et 9-0 devant la Pologne), la double chance du hockey tricolore est venue d’un contexte géopolitique particulier. La place de meilleur deuxième de l’ensemble des TQO pouvait exceptionnellement être qualificative, en cas d’exclusion de la Russie pour ces JO 2026. Ce qui a fini par se produire après de longs mois d’attente.
« Nous sommes fières d’avoir arraché cette qualification, même si c’est dans un contexte particulier et malheureux », résume Lore Baudrit, qui avait participé à son premier championnat du monde à 16 ans avec les Bleues. Alors autour de la 20e place mondiale, l’équipe de France accède désormais au Top 10, en débutant sa phase de groupes ce jeudi (14h40) contre le pays hôte italien, puis le Japon vendredi, la Suède dimanche et l’Allemagne lundi.
Deux mamans et seulement trois pros dans l’effectif
Le tout avec dans son effectif seulement trois joueuses vivant de leur sport : Chloé Aurard-Bushee, première joueuse tricolore de la récente ligue américaine PWHL et désormais à Zurich (Suisse), ainsi que Clara Rozier et Estelle Duvin, qui évoluent également dans le championnat suisse (avec Berne). Parmi les 20 autres joueuses, il y a « beaucoup d’étudiantes », Anaé Simon travaille par exemple dans les ressources humaines, Sophie Leclerc est médecin, Margaux Mameri est accompagnante éducative et sociale (AES) d’ados en situation de handicap, alors que Lore Baudrit a quitté l’an passé un statut de semi-pro en Suède pour rejoindre l’Allemagne.
« J’y ai d’abord travaillé à plein temps, je garais des voitures chez Audi, raconte la capitaine des Bleues. Ça n’était pas facile de tout faire en même temps, d’autant que je suis maman depuis août 2024. J’ai fini la saison rincée. » Grâce à la qualification olympique, elle peut bénéficier comme ses coéquipières d'« une aide exceptionnelle de l’Agence nationale du sport » et elle vise « une vie décente », grâce à un nouvel emploi à temps partiel à Ingolstadt (Allemagne).
Manager de l’équipe de France féminine de hockey sur glace, Jean-Baptiste Chauvin salue ce soutien financier de l’ANS, déterminant pour permettre aux hockeyeuses de passer au-dessus du seuil de pauvreté. « Mais ça n’est quand même pas idéal pour préparer des Jeux, regrette-t-il. On aimerait faire plus, développer un championnat de France qui leur permette d’être professionnelles. On espère que la médiatisation de l’équipe grâce à ces JO va nous permettre de faciliter la vie des joueuses. »
« En hockey sur glace, on est l’Azerbaïdjan »
Quelles ambitions peut avoir ce groupe pour ses premiers JO, face aux intouchables Américaines et Canadiennes, ou encore à la République tchèque, la Finlande, la Suède, le Japon et l’Allemagne, autant de sélections composées en grande majorité de joueuses professionnelles ?
« On ne veut pas faire les touristes à Milan, lance aussitôt Lore Baudrit. Notre objectif, ce sont les quarts de finale. C’est ambitieux mais réalisable. Après, la dernière fois qu’on a par exemple affronté la Finlande, on a pris 14-1 au Mondial 2023… » De quoi redouter une déroute ahurissante en cas de quart contre les Etats-Unis ou le Canada ?
« Jouer une équipe comme ça pour la première fois de l’histoire de notre sélection, ça serait déjà notre Graal. Il faut que les gens soient conscients de l’opportunité qu’un tel match représenterait pour le développement du hockey en France. J’ai récemment vu un France-Azerbaïdjan (3-0) en football. En hockey sur glace, on est l’Azerbaïdjan, c’est la vérité, c’est là où on en est. Le championnat de France féminin de hockey est comme un championnat régional d’un autre sport au niveau des moyens et de l’engouement, c’est du loisir. »
Une spirale de la lose stoppée
Du côté masculin, les internationaux sont quant à eux tous professionnels de longue date. Hors Ligue Magnus (sept joueurs de la liste), ils proviennent de « trois grands pôles », comme le résume le manager des Bleus Renaud Jacquin : le championnat de Finlande, de Suisse et de République tchèque/Slovaquie. Autant d’athlètes marqués par les cinq frustrants derniers Jeux olympiques vécus devant la télévision.
« La qualif nous a échappé de peu à chaque fois, lance Renaud Jacquin. En 2002, 14 équipes étaient encore qualifiées pour ce tournoi, contre 12 depuis, et nous sommes à la limite. » Depuis son premier TQO personnel en vue des JO 2014 à Sotchi (Russie), l’attaquant de l’équipe de France Nicolas Ritz (33 ans) se souvient de chaque coup du sort, et surtout d’un maudit but encaissé dans les derniers instants du match décisif contre la Norvège (1-2), en septembre 2016.
« A chaque fois, ces échecs ont été durs à vivre, soupire le joueur des Ducs d’Angers. Sur le dernier TQO, on a encore fini deuxièmes, encore une fois en Lettonie, dans la même patinoire, dans le même vestiaire… Mais cette fois il y avait un petit espoir, avec un astérisque en fonction de la décision du CIO concernant la Russie. »
Alexandre Texier éblouissant en NHL
Alexandre Texier fait figure d’homme fort de cette génération miraculée, au vu de son brillant hiver avec les Canadiens de Montréal. « Il a un niveau de performance de fou en ce moment et il arrive aux Jeux dans la forme de sa vie, savoure Nicolas Ritz. C’est un super gars qui adhère complètement au projet, et il est capable de faire la différence à lui tout seul, y compris à ce niveau-là contre les meilleurs du monde. »
Seul joueur de NHL dans l’effectif, l’attaquant de 26 ans originaire de Grenoble va profiter d’un accord global de l’incontournable ligue américaine pour découvrir les JO, avec une entrée en lice contre la Suisse le 11 février. « Le mot d’ordre entre nous, c’est de performer pour aller gagner du respect à ce niveau-là, annonce Nicolas Ritz. On est repêchés et on sait qu’on est le Petit Poucet de la compétition avec les Italiens. » Outre la Suisse, les Bleus auront fort à faire face à la République tchèque et l’armada canadienne, avant de disputer un 8e de finale qui sera son rendez-vous majeur des Jeux.
Une qualification en quarts dans le viseur
« Une qualification pour les quarts de finale de ce tournoi est un bel objectif, indique ainsi Renaud Jacquin. Ça signifierait qu’on a un peu rejoint le gratin, ça validerait une vraie performance sportive. Mais je pense qu’il faut vraiment que les joueurs s’éclatent et qu’il y ait une dimension de bravoure, indépendamment du résultat. »
Ambitieux, Nicolas Ritz se souvient d’avoir déjà battu à la surprise générale Canadiens, Russes et Finlandais, sur différents Championnats du monde : « Il y a une période où on arrivait à faire des perfs contre ces grosses nations, en nous appuyant sur la puissance du collectif. Nous étions reconnus comme une équipe chiante à jouer, qui ne lâchait rien. Ça fait quelques années qu’on est moins compétitifs face aux favoris, mais on est passé tout près d’un succès contre la Finlande [3-4 après prolongation] au Mondial 2025. »
Notre dossier sur les JO d'hiver 2026Les joueurs de Yorick Treille ont à présent face à eux un alléchant triptyque JO 2026-Mondial 2028 à Paris et à Lyon-JO 2030 en France. « Ça permet de créer une dynamique, c’est un sacré tremplin à ne pas rater », résume Nicolas Ritz.



















