JO 2026 - Biathlon : « Ils transcendent des performances »… Les techniciens du fartage français sont-ils les meilleurs ?
ça farte pour eux•Depuis le début des JO de Milan-Cortina 2026, huit techniciens « frappadingues » de l’équipe de France de biathlon choisissent les skis et le fartage des biathlètes. Avec une immense réussite louée par tout le camp tricoloreJérémy Laugier
L'essentiel
- L’équipe de France de biathlon a déjà remporté dix médailles aux JO de Milan-Cortina 2026, dont cinq titres olympiques, alors que se présentent les deux mass-starts, ce vendredi et samedi (14h15 à chaque fois) à Anterselva.
- Dans l’ombre de Quentin Fillon Maillet, Julia Simon et tous les autres biathlètes médaillés, on trouve huit techniciens de l’équipe de France de biathlon, dont la mission est de choisir les meilleurs skis et le fartage le plus adapté aux conditions de neige.
- De l’avis général à Anterselva, les Bleus dominent là aussi la concurrence, depuis leur camion secret. 20 Minutes vous présente le quotidien olympique et les enjeux de ces huit « fêlés du boulot », qui skient chaque jour entre 30 et 40 km.
De notre envoyé spécial à Anterselva,
« Le secret, c’est la fondue dans le camion. » Après l’éclatant cinquième titre olympique de l’équipe de France de biathlon à Anterselva, mercredi sur le relais féminin, l’entraîneur des Bleues Cyril Burdet a évoqué une tradition gagnante. A savoir cette fondue savoyarde régulièrement partagée les soirs, durant ces JO de Milan-Cortina 2026, pour « créer du lien » entre les biathlètes et tous les membres du groupe tricolore.
Le quartier général pour cette récompense d’après-médaille(s) est toujours le même : le camion des huit techniciens, qui testent et fartent des centaines de skis durant les deux semaines olympiques. S’ils sont chaleureusement remerciés par Julia Simon, Quentin Fillon Maillet et tous les autres à la fin des courses, leur travail est aussi loué par les entraîneurs durant leurs interventions médiatiques.
« Vraiment des fêlés du boulot ces mecs-là »
Au-delà de sa blague culinaire, Cyril Burdet confiait mercredi : « On a encore bénéficié d’un matériel un peu supérieur aux autres. Ça donne ce petit supplément d’âme. Les techniciens transcendent des performances qui sont déjà très bonnes à la base ». Au point de pouvoir transformer l’argent en or, comme la veille sur l’historique relais masculin ?
Très ému mardi, l’entraîneur du tir Jean-Pierre Amat en était persuadé : « Avec des skis moyens aujourd’hui, on aurait fini 2 ou 3. La victoire n’aurait jamais été possible. Merci à Greg et à toute son équipe de frappadingues, parce que ce sont vraiment des fêlés du boulot ces mecs-là, et ils sont amoureux de ce qu’ils font ». Greg, c’est Grégoire Deschamps, le responsable de la cellule technique du biathlon, pour qui ça farte particulièrement sur cette quinzaine déjà marquée par dix médailles, avant la mass-start masculine de ce vendredi (14h15).
Celui-ci a accepté de nous ouvrir les portes du camion secret des Bleus, dans lequel il passe une bonne partie de son temps depuis près de vingt ans. Il résume ainsi la mission quotidienne de son équipe : « Notre objectif, c’est d’avoir les skis les plus rapides possible au départ ». Avec trois étapes quotidiennes majeures pour les huit techniciens, à leur arrivée six heures avant le départ de l’épreuve : « bien choisir les skis, les produits de fartage et les structures ».
Le camion comprend 500 paires de skis
Les « structures », quèsaco ? « Il s’agit du dessin qu’on va venir imprimer sur les semelles des skis. Celui-ci va permettre de gérer le flux d’eau sous les skis, un peu comme pour un pneu neige ou un pneu d’été », résume Grégoire Deschamps, qui avait envoyé deux techniciens à Anterselva, un an plus tôt à la même période, « pour prendre des repères ». Durant les heures qui précèdent le départ d’une course, le spectacle est fascinant sur le parking qui touche le stade de biathlon d’Antholz. Des techniciens y enchaînent des allers-retours incessants, d’un pas décidé, avec différentes paires de skis mais aussi un thermomètre et un capteur d’humidité.
« On a besoin d’avoir des relevés très précis sur la neige, de mesurer la teneur en eau liquide, liste Grégoire Deschamps. On est obligé de s’adapter tout le temps par rapport à l’évolution de la neige. » L’apparition soudaine du soleil et l’arrivée de gros flocons, comme cela s’est régulièrement produit depuis le 8 février dans le Sud-Tyrol, sont de nature à modifier les plans jusqu’à une demi-heure avant le départ, ultime moment pour apporter les skis fartés dans un box dédié.
Le camion secret-défense des techniciens est recouvert d’une amusante bâche noire et blanche fournie par l’armée de terre, non pas pour protéger encore mieux le savoir-faire que le monde du biathlon nous envie mais pour cacher les sponsors, comme le réclame le CIO. A l’intérieur, on trouve pas moins de 500 paires de skis.
Les Français vraiment dominants sur les skis
« On teste entre 10 et 12 paires par jour pour chaque athlète : on évalue leur vitesse et le patinage pour trouver les skis qui seront les plus performants pour cette journée-là, en fonction des conditions », poursuit celui qui est en charge du pôle glisse depuis 2011. Parallèlement, « une vingtaine de formules différentes de fartage » sont préparées pour établir « la meilleure combinaison », évidemment sans fluor, interdit par la Fédération internationale de ski depuis deux ans pour des raisons écologiques. Un aspect sur lequel les biathlètes lâchent prise en totale confiance.
« L’athlète n’a aucun regard sur le choix des skis, détaille Grégoire Deschamps. Il a déjà beaucoup de préparation et de réglages au niveau du tir, une grosse partie médiatique, ainsi que de la récupération/du kiné. Le ski est donc vraiment délégué à la partie techniciens dans le camion. Autant on échange avec les biathlètes les soirs pour connaître leur ressenti sur les skis, autant ils nous font confiance à 100 % avant une course. » Ils auraient tort de douter de leur équipe de choc, quand on voit les temps de ski quasiment toujours au-dessus de la concurrence. Un vrai fil rouge des Jeux dont les huit techniciens sont partie prenante.
Un nouveau camion plus grand dès la saison prochaine
Pour autant, la bande à Grégoire Deschamps reste dans l’ombre au moment de célébrer ces dix médailles sur Milan-Cortina. « On ne recherche pas la lumière, assure-t-il. Ce sont des métiers qui sont durs physiquement, il y a des gens dans le camion qui skient entre 30 et 40 km tous les jours depuis qu’on est arrivé à Anterselva. Durant l’hiver, il faut savoir qu’un technicien skie plus qu’un athlète. Mais quand il y a des résultats comme ceux-là, on se sent fiers. Après, dans ce métier-là, on sait que rien n’est gagné d’avance et qu’il ne faut jamais fanfaronner. On marche en permanence sur des œufs. »
Avec une réussite tout de même éclatante, avant les deux mass-starts finales, durant lesquelles les techniciens se trouveront une nouvelle fois au bord des pistes, afin de tenir au courant les biathlètes sur les écarts de course. A partir de la saison prochaine, ils auront droit à un camion flambant neuf, et un espace total qui passera de 52 à 85 m2. Idéal pour creuser un fossé encore plus grand avec la concurrence ?
Le Groenlandais Oystein Slettemark, coach du Danemark sur ces JO, constate : « La France fait toujours partie des équipes tout en haut dans le bon choix des skis. Là, on voit à quel point ils sont plus réguliers et au-dessus par exemple des Suédois, qui comptent pourtant une douzaine de techniciens sur ces Jeux ».
La prépa physique intéresse plus la concurrence
Le directeur des équipes de France de biathlon Stéphane Bouthiaux insiste sur l’importance de ces « hommes de l’ombre » : « Sans tout le travail gigantesque qui est réalisé au quotidien ici, la performance n’est pas possible. C’est simple : si les skis ne glissent pas, il ne peut pas y avoir la moindre victoire. C’est dire l’énorme responsabilité des techniciens ».
La biathlète norvégienne Karoline Knotten tient à nuancer : « Je ne pense pas que la raison numéro une de la domination française sur ces JO soit les skis, car les nôtres sont aussi incroyables. Je suis surtout intéressée de savoir comme les Français se sont préparés physiquement en amont des Jeux. C’est impressionnant de les voir si nombreux parmi les plus rapides sur les skis ici. Si les Françaises sont plus fortes que nous en temps de course, c’est selon moi lié à leur préparation physique d’avant-saison et d’avant-Jeux ».
Notre dossier sur les JO d'hiver 2026En tout cas, l’équipe de France peut se considérer aujourd’hui comme la reine du fartage et du choix des skis, non ? « Je ne le considère pas, j’en suis sûr, sourit Stéphane Bouthiaux. On a des datas qui nous le prouvent. » Et plus encore une collection de médailles historique pour la discipline, qui tient la délégation française à bout de bras sur ces JO d’hiver 2026.


















