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JO 2026 - Hockey sur glace : « Il y a de la haine »… La finale Canada - Etats-Unis sera-t-elle LE divertissement ultime ?
Brothers in arms•Ultra-favoris du tournoi de hockey sur glace des JO de Milan-Cortina 2026, les voisins/rivaux canadiens et américains vont se retrouver ce dimanche (14h10) pour une finale qui pourrait devenir le plus grand match de l’histoire de ce sportJérémy Laugier
L'essentiel
- La finale de hockey sur glace des JO de Milan-Cortina 2026 opposera ce dimanche (14h10) le Canada aux Etats-Unis. Un véritable affrontement de « Dream Teams » pour le grand retour des joueurs NHL, qu’on n’avait plus vus aux Jeux depuis Sotchi 2014.
- Depuis le début de la compétition à Milan, l’engouement est total autour des superstars canadiennes comme Sidney Crosby, Connor McDavid et Nathan MacKinnon.
- La rivalité historique entre les deux nations nord-américaines est exacerbée par les tensions géopolitiques lancées par Donald Trump, dans la foulée de sa réélection. Le 4 Nations Face-Off de février 2025, avec trois énormes bagarres ayant éclaté dans les neuf premières secondes du match à Montréal, a également laissé des traces dans cette opposition.
De notre envoyé spécial à Milan-Cortina,
Le Premier ministre de l’Ontario Doug Ford a le sens des priorités. Dans la foulée de la qualification du Canada pour la finale du tournoi olympique de hockey sur glace, après un finish haletant contre la Finlande (de 0-2 à 3-2), il a ainsi posté un message sur les réseaux sociaux pour annoncer : « Afin de célébrer au mieux l’équipe du Canada, l’Ontario autorisera les bars et les restaurants de toute la province à vendre de l’alcool à partir de 6 heures du matin ».
En raison du décalage horaire, le choc des titans Canada-USA, programmé ce dimanche à 14h10 à Milan, se disputera à 8h10 pour l’Est canadien (et même à 5h10 sur la côte ouest américaine). Tous les amateurs de hockey rêvent de cette affiche depuis l’annonce d’un accord entre le CIO et la NHL pour libérer tous les joueurs de la meilleure ligue au monde.
Les Bleus ont subi la « Dream Team » de plein fouet
Une grande première depuis les JO de Sotchi 2014, ce qui a contribué à créer un engouement mondial jamais vu autour de ces deux véritables « Dream Teams ». « On s’est rendu compte sur ces Jeux que les gens venaient avant tout à la patinoire pour voir les superstars canadiennes, sans forcément être supporteurs », raconte Nicolas Ritz, qui a disputé le tournoi avec l’équipe de France, éliminée en barrage par l’Allemagne (1-5).
L'attaquant d’Angers garde un souvenir majeur des quatre premières rencontres olympiques de sa carrière : « Jouer contre ce Canada-là, ça signifie se retrouver face à des superstars de plusieurs générations. Je pense à Sidney Crosby, Connor McDavid, Nathan MacKinnon, trois attaquants qui sont des extraterrestres de ce sport, plus le jeune Macklin Celebrini. C’était pour nous la chance d’une vie, on a affronté ce qui se fait de mieux dans l’histoire du hockey ».
Au fait, les Bleus ont, comme on le redoutait, pris un saignant 10-2 dans ce match de poule des JO de Milan-Cortina 2026 contre l’ogre canadien. « Sur la glace, j’ai bien compris pourquoi personne ne parvient à arrêter ces gars-là, note Nicolas Ritz. Ils te trouvent des angles de passe dans des micro-trous de souris. » Cette rencontre entre deux mondes s’est conclue par un cadeau de Sidney Crosby himself au gardien français Julian Junca, qui fêtait son anniversaire : une crosse dédicacée.
Trois bastons en neuf secondes de jeu, qui dit mieux ?
Si on a déjà eu droit à une improbable bagarre dans ce match entre Pierre Crinon et Tom Wilson, l’ambiance ne risque pas un instant d’être bon enfant, ce dimanche à Milan. Petit rappel historique des faits : les fans canadiens martèlent depuis vendredi à leurs voisins que le palmarès parle clairement pour eux, avec 37 médailles d’or dans des grands tournois contre 4 pour Team USA. Dont un précédent choc culte aux Jeux en 2010, conclu sur un but en or de Crosby jetant ses gants dans la foulée (3-2).
La réponse américaine ? Des clips vidéo survitaminés sur les réseaux, avec Lynyrd Skynyrd et AC/DC en bande-son, histoire de bien motiver un pays en quête d’un troisième sacre olympique (seulement) après 1960 et 1980 (le Canada vise lui sa 10e médaille d’or en hockey). Avec comme extrait majeur ce qu’il s’était passé, le 15 février 2025 à Montréal, pour le 4 Nations Face-Off organisé par la NHL.
A savoir trois giga bastons lancées dans les neuf premières secondes, avec des joueurs enlevant volontiers leurs gants pour porter des coups. « Je couvre l’actualité hockey depuis 27 ans et je n’avais jamais vécu un match comme ça, raconte Jeremy Filosa, journaliste pour la radio canadienne 98.5 Sports. Il n’y avait pas encore eu la moindre action de jeu donc les spectateurs étaient tous sous le choc. »
Donald Trump au centre de cette animosité
Les bagarres étant tolérées (voire encouragées) en NHL et dans le 4 Nations, et seulement punies d’une exclusion temporaire de cinq minutes, la longue séquence a régalé les téléspectateurs, y compris de l’autre côté de la frontière. « Aucun match de hockey n’avait réussi à capter l’attention des médias américains comme ça, et c’était d’autant plus fort qu’il y avait le NBA All-Star Game le même week-end », remarque Jeremy Filosa. A la baguette pour enlever les gants à toute vitesse côté US, on découvrait ce jour-là les frères Tkachuk, Matthew et Brady.
Outre la rivalité sportive historique, ceux-ci n’avaient pas apprécié entendre leur hymne être hué par le public de Montréal. « Au hockey, tu ne peux pas toujours avoir des gars qui servent la messe le dimanche, sourit le journaliste québecois. Eux, ils aiment par-dessus tout jouer le rôle des vilains. En plus, ils avaient publiquement annoncé être des soutiens de Donald Trump, et ce contexte géopolitique a joué un rôle dans ces bagarres. » Réélu un mois plus tôt à Washington, le président américain balançait en boucle sa lubie de faire du Canada son 51e Etat, tout en décidant d’augmenter les droits de douane.
Une situation explosive dont s’étaient emparés les Tkachuk pour faire dégoupiller l’événement. Le soufflé est-il vraiment retombé, un an plus tard ? Le Canadien Connor McDavid a tenté samedi d’éviter de déplacer l’affiche sur un terrain diplomatique : « Je ne vais pas rentrer là-dedans, c’est un match de hockey ».
Gants lâchés et expulsions à venir ?
Ça reste un peu plus que ça, à bien écouter cet incontournable Brady Tkachuk : « Beaucoup de joueurs peuvent affirmer que ça va être le match le plus important qu’ils n’ont jamais joué. Personnellement, je ne veux pas revivre ce qu’on a vécu en perdant le 4 Nations l’an dernier (2-3 sur le deuxième match à Boston). Il y a de la haine entre nous ». De la « haine » carrément donc, LE mot est lâché par celui qui se trouve être durant toute l’année le capitaine de la franchise NHL… des Sénateurs d’Ottawa ! Maintenant qu’on connaît le sentiment profond du bad guy ultime de la sélection, quelle est au juste la probabilité d’assister à une poutine de phalanges comme il y a un an ?
« Je ne pense pas que des joueurs lâcheront les gants, ce qui entraînerait obligatoirement une expulsion définitive comme le prévoit le règlement international, souffle Nicolas Ritz. Mais dans le feu de l’action, des émotions et de leurs habitudes de NHL, des coups pourraient être déclenchés. Dans chaque contact, ça risque de frapper fort dans les dix premières minutes. » L'iconique Sidney Crosby, blessé depuis le traitement de faveur reçu de la part des Tchèques en quart, sera encore forfait pour cette explication finale.
L’Américain Chad Langlais, joueur professionnel des Rapaces de Gap, est paradoxalement le premier déçu par ce forfait : « J'aurais vraiment souhaité que Crosby puisse jouer, afin qu’aucune équipe ne soit désavantagée. De même, c’était marrant pour les demies : mon fils encourageait la Finlande face au Canada. Je lui ai expliqué que je voulais absolument un USA-Canada en finale, le plus beau match qui puisse exister, je suis tellement excité ». Chad Langlais a bien une rencontre de Ligue Magnus à disputer à Grenoble ce dimanche (18 heures), mais il se débrouillera pour voir cette grande finale dans le car avec ses coéquipiers, « for sure ».
Place au « hockey sous stéroïdes »
Jeremy Filosa actualise le contexte autour de cette tenace rivalité : « La situation géopolitique est très différente de février 2025, où les propos de Trump étaient tout chauds. Mais avec toutes "ces pièces d’hommes", s’il y a une grosse mise en échec, ça pourrait être impossible de contrôler la violence derrière. Ces gars régleront les comptes qu’il y a à régler, même avec les risques d’expulsion ». En conférence de presse de veille de match, l’entraîneur canadien Jon Cooper n’a pas été avare en punchlines pour bien placer la dimension « unique » de ce rendez-vous.
« Les joueurs de NHL n’ont pas pu participer à des JO depuis douze ans. Certains de ces jeunes portaient encore des couches à l’époque ! Le 4 Nations nous a appris à quel point notre sport est intense, et ça n’était que l’apéritif. Le plat principal arrive ce dimanche. Ça sera du hockey sous stéroïdes ! »
Après le bilan comptable à une victoire chacun lors du 4 Nations, cette belle sur une séquence d’un an, avec des effectifs quasiment identiques, excite tout le monde. Surtout au vu des chocs Etats-Unis - Suède (2-1) et Canada-Finlande (3-2), qui ont déjà atteint des sommets cette semaine.
Wayne Gretzky monte au front
« Ça sera du hockey d’une rare intensité, probablement jamais vue. Deux des meilleures équipes de tous les temps s’affrontent, et ça va être un match d’anthologie », conclut ce cher Brady Tkachuk, dont le père avait perdu l’or olympique, en 2002 à Salt Lake City, contre le Canada (2-5).
Notre dossier sur les JO d'hiver 2026Face à tous ces éléments passionnels susceptibles de faire dégoupiller les joueurs, qui « représentent la fierté de tout un peuple », le Canado-américain Wayne Gretzky, probable GOAT de la discipline, ose la pondération : « En fin de compte, le Canada et les Etats-Unis sont comme des frères et sœurs : ils vont se disputer et se chamailler, mais ils finiront par se réconcilier ». Pas certain que ce scénario soit pour notre dimanche milanais.


















