JO 2026 : « Il faut quand même avoir un grain »… Pourquoi snowboardcross et skicross vont encore nous régaler à Cortina
Showtime•Parmi les épreuves les plus spectaculaires/funs des JO d’hiver avec son cousin le skicross, le snowboardcross arrive ce jeudi (10 heures) sur les Jeux de Milan-Cortina 2026Jérémy Laugier
L'essentiel
- L’équipe de France de snowboardcross, à partir de ce jeudi (10 heures), puis celle de skicross vont se présenter en position de favorites aux JO d’hiver de Milan-Cortina 2026.
- Il est toutefois difficile d’avoir des certitudes au vu du format très spectaculaire des épreuves, où les chutes sont monnaie courante et peuvent gâcher une chance de médaille sur un coup du sort.
- Plusieurs spécialistes de ces deux disciplines cousines confient à 20 Minutes leur passion pour leur sport, ainsi que les écueils auxquels ils sont amenés à faire face.
De notre envoyé spécial à Milan-Cortina,
Est-ce l’appât des médailles tricolores sur les JO d’hiver qui nous pousse à être fan de snowboardcross et de skicross tous les quatre ans ? Vraie question, tant on compte bien voir l’équipe de France poursuivre sa remontée dans le tableau des médailles (6e avec 7 médailles en 5 jours). Les Bleus se présentent ainsi ce jeudi (10 heures) en snowboardcross dans la peau de nation favorite, tout comme les féminines vendredi.
La confiance règne, entre quatre globes des nations consécutifs, et notamment le sacre de Julia Nirani-Peirera lors de la dernière Coupe du monde. L’entraîneur de l’équipe de France Kevin Strucl croit tellement en ses troupes qu’il vient de se faire une manucure spéciale, mêlant sur ses ongles anneaux olympiques, médaille d’or et initiales des huit athlètes en lice sur ces Jeux de Milan-Cortina 2026. « Je pense qu’ils peuvent tous être champions olympiques, donc je le montre », raconte l’intéressé.
Dans le Top 3 des sports des JO d’hiver les plus regardés
Mais non, nous concernant, c’est surtout que dix-huit mois après notre crush avec le kayak cross lors des JO de Paris 2024, on se délecte déjà des si spectaculaires runs à quatre sur la neige, où tous les coups (ou presque) sont permis. Et on n’est pas les seuls. En lice vendredi, Léa Casta est consciente de la popularité de son sport.
« On se prend facilement au jeu, c’est vraiment très dynamique et les positions peuvent beaucoup varier sur une course, liste la prometteuse athlète de 19 ans, qui se décrit volontiers comme "insouciante" dans les courses. Je comprends que ça puisse tenir en haleine du monde. Personnellement, je m’amuse bien trop dans mon sport pour regretter mon choix un seul instant. » Même constat du côté de Youri Duplessis Kergomard, qui finit son étonnant séjour aux Canaries avec le groupe de skicross français, avant de croquer dans ces Jeux le 21 février.
« Je sais qu’on est l’une des épreuves les plus regardées aux JO d’hiver, dans le Top 3 en France, s’enthousiasme-t-il. On est là pour faire le show et on vit de ce rapport avec le public. Notre sport est très télévisuel, et on gagnerait à avoir une meilleure visibilité le reste de l’année. » C’est quand même le cas de temps en temps via les réseaux sociaux, à l’image de l’amusante séquence virale dans laquelle s’est justement retrouvé Youri Duplessis Kergomard, sur une étape de Coupe du monde le mois dernier.
Des chutes groupées « assez régulières »
Poussé à la chute par Gil Martin, il avait pourri son adversaire suisse dans la foulée : « Tu vois comment tu skies ? Tu casses les couilles à tout le monde. T’arrêtes tes conneries maintenant, ok ? ». Car les deux disciplines cousines de cross sur neige, de l’avis de tous « extrêmement complètes », s’accompagnent de « chutes groupées assez régulières ». Et du lot de frustration qui va avec.
Avant même son coup de sang, Youri Duplessis Kergomard nous confiait : « Il y a des jours où on devient fous dans ce sport, en raison d’un facteur non maîtrisable : les autres. Tu as pu tout bien mettre en place, et là il y a un athlète qui te fauche et tout s’écroule. C’est rageant mais ça fait la beauté de ce sport : voir une compétition où tu sais qui va gagner à l’avance, ça n’a aucun intérêt ».
Julia Nirani-Pereira a une autre crainte à ce propos : « Vu comme on est très proches les unes des autres, si je tombe, ça me stresse d’emporter tout le monde avec moi et de faire louper la course de quelqu’un. C’est un sport à risques, mais qu’est-ce que c’est bon ». Ce goût du risque peut être amené à évoluer chez les athlètes durant leur carrière.
La préparation mentale a aidé Nirani-Pereira
« Je me rappelle de frayeurs avant de toucher le sol, raconte Youri Duplessis Kergomard. Ça m’est arrivé d’être déstabilisé en l’air par un adversaire à 100 km/h, de me faire propulser dans une mauvaise direction en me faisant accrocher les skis. Durant ces quelques secondes en l’air, c’est chaud car tu réalises ce qu’il se passe. Tu te dis : "Là, je vais tomber sur le dos ou avec la tête en bas". Bon, jusque-là, je m’en suis sorti, merci les airbags. » Plus jeune médaillée olympique de l’histoire du sport français (l’argent à 16 ans) sur les JO de Pyeongchang, Julia Nirani-Pereira a depuis eu un sacré travail d’introspection à effectuer.
« J’ai l’impression que je ne réfléchissais pas beaucoup sur la piste à mes débuts. Mais ce côté hyper intuitif, je l’ai un peu perdu après deux graves blessures au genou. Je pleurais au départ des entraînements tellement j’avais les chocottes, tellement j’imaginais mon genou se péter sur une réception. Cette période était atroce. J’ai fait appel à des préparatrices mentales. » On touche là à l’enjeu central des deux disciplines : est-on obligé d’être une tête brûlée absolue pour s’y lancer/percer/durer ?
« Le skicross n’est pas un choix par défaut, contrairement à ce que beaucoup pensent. Il ne faut pas forcément être une tête brûlée, mais il faut quand même avoir un grain pour s’engager sur nos pistes. Quand on commence à prendre peur, on arrête, c'est ce qui est arrivé à l’un de mes athlètes. Il y a eu des décès et des athlètes paraplégiques après de graves chutes en skicross. Ce sont des drames qui nous touchent forcément. »
Le sens de l’anticipation est déterminant
En lice aux JO comme Youri Duplessis Kergomard, Melvin Tchiknavorian se penche sur ces risques +++, vu les pointes à 110 km/h et les sauts vertigineux qui accompagnent le skicross : « C’est une discipline exposée aux blessures, forcément. J’ai connu un gros crash mais il ne m’a pas impacté dans la tête. Il faut faire abstraction de ces risques, sinon on ne fait plus rien. Personnellement, je vois ça de la même manière que prendre la voiture sur l’autoroute ».
Avec une dimension tactique un brin plus poussée : pour finir devant ses trois adversaires en bas, il faut serrer les lignes afin de ne laisser personne s’engouffrer, et a contrario avoir un sens de l’anticipation très prononcé pour plonger à la moindre brèche devant soi. Cette dimension stratégique branche aussi les athlètes, ainsi que les spectateurs. « De toute façon, si tu es trop tête brûlée, tu ne dures pas dans ce sport, note l’emblématique coach du skicross tricolore Michel Locatelli. Il faut être assez réfléchi et savoir prendre des décisions rapides car chaque run est différent. »
Les ombres sont vos amies
Boss des dépassements sur le circuit de skicross comme le montrent les datas, Youri Duplessis Kergomard a justement « le truc pour analyser les trajectoires ». « En fait, quand je suis sur les skis, ça ne passe même pas par le cerveau, les réflexes vont direct aux muscles. C’est en permanence improvisé chez moi, comme en MotoGP ou en Formule 1. Tout à l’instinct, tel un guitariste live qui sort son solo en impro complète. »
De ces sports aux morphologies d’athlètes très différentes (« de 80 à 115 kg dans le skicross, avec des freestylers comme des mecs très techniques venant de l’alpin »), Melvin Tchiknavorian nous dévoile des tips pour surveiller les trois autres skieurs jamais loin de lui. « Si je suis devant, à la réception d’un saut, je vais faire attention au bruit derrière moi pour savoir quand mes poursuivants atterrissent, et si c’est plus à droite ou à gauche de moi. Il y a aussi beaucoup de parcours où on a le soleil dans le dos, donc on s’appuie sur les ombres. Ça va beaucoup trop vite pour pouvoir se retourner, donc le but est d’arriver à choper ces indices. »
Notre dossier sur les JO d'hiver 2026Les bandes du snowboardcross et du skicross français vont donc tenter de poursuivre leur belle dynamique de médailles, et rêver pourquoi pas d’un triplé magique, comme le skicross à Sotchi 2014 avec Jean-Frédéric Chapuis, Arnaud Bovolenta et Jonathan Midol. Kevin Strucl s’est retrouvé souvent chambré à l’approche des Jeux de Milan-Cortina. « Dans les autres staffs français des JO, on me dit souvent : "Toi ça va, tu ne devrais pas te louper normalement aux Jeux". Ça me fait sourire, tout le monde sait très bien qu’on est là pour aller chercher des médailles. » Ne vous en privez surtout pas, m’sieurs dames. Et inutile donc de vous réclamer du spectacle. De ce côté-là, on sera forcément gâtés.


















