JO 2024 : Chutes, coups d’épaule et sprint… Le Kayak cross, la nouvelle épreuve qui révolutionne la discipline
canoë-kayak•Format inventé il y a quelques années en s’inspirant du skicross et du BMX, le kayak cross fait sa grande entrée aux JO sur cette édition parisienneNicolas Camus
L'essentiel
- Alerte nouveauté ! Après le contre-la-montre vendredi pour établir le tableau des séries, le kayak cross démarre officiellement sa grande aventure olympique ce samedi dans le bassin de Vaires-sur-Marne.
- Cette discipline a été lancée en 2015 sous l’impulsion de Tony Estanguet, afin de donner un coup de jeune au canoë-kayak.
- Spectaculaire et indécise, elle s’inspire du skicross et du BMX, avec un départ à quatre sur une rampe et une baston de tous les instants entre les concurrents.
Quatre bateaux sur la ligne de départ, une chute de deux mètres de haut pour commencer, des coups d’épaule autorisés pour passer les portes avant les adversaires, un esquimautage (on plonge la tête dans l’eau pour la ressortir de l’autre côté) forcé à mi-parcours pour éviter une barrière, et enfin un sprint final dans les remous, le tout condensé une petite minute. Voilà à quoi ressemble la petite dernière des épreuves olympiques en canoë-kayak, qui pourrait sourir aux Français ce lundi. Et ça envoie du bois.
Changement complet de logiciel pour les athlètes
La discipline n’est pas tout à fait neuve, elle a fait son apparition sur le circuit lors de la saison 2015-2016. Mais elle fait sa grande entrée aux Jeux olympiques cet été, et elle le doit à Tony Estanguet, qui avait poussé fort au début de la décennie 2010, quand il n’était pas encore le grand patron des Jeux de Paris mais « seulement » membre du CIO et vice-président de la Fédération internationale de canoë. Alors que l’on parlait beaucoup du skate, du surf ou du basket 3x3, le triple champion olympique voulait montrer que son sport pouvait prendre lui aussi le virage de la modernité.
L’objectif de base était clair : il fallait quelque chose de simple et de spectaculaire, pour plaire au grand public. Le kayak cross est donc né comme ça, en s’inspirant du skicross et du BMX. « Il y a une vraie volonté de la part des instances de rénover notre sport et d’attirer de nouveaux pagayeurs avec un autre état d’esprit, car la finalité est totalement nouvelle, apprécie Frédéric Rebeyrol, l’entraîneur chargé de cette spécialité au Pole France de Vaires-sur-Marne. On ne court plus contre la montre mais contre les autres, le résultat est immédiat, ça change tout ! Et ça attire aussi les spectateurs qui sont moins dans la technicité du slalom. »
Il est vrai que l’œil non averti a bien du mal à dire si un run de C1 ou de K1 est réussi ou non. Là, tout est limpide. En qualifications, les deux premiers de la course sont bons pour la suite, les deux autres passent à la trappe. Et en finale, on connaît tout de suite le podium.
Pour les athlètes, évidemment, l’adaptation n’a pas été une mince affaire. « Ça m’a pris du temps, reconnaît Camille Prigent, l’une des quatre représentants tricolores sur ces Jeux. Je n’aimais pas trop la confrontation directe, le contact, il a fallu apprendre à gérer tout ça. » La Bretonne de 26 ans a dû apprendre quasiment un autre sport. Pas pour lui déplaire, finalement.
« La philosophie de l’entraînement a changé »
« C’est très différent du slalom où on est concentré sur notre projet, ce qu’on a à faire dans les vagues, dans les portes. Là il faut complètement changer de logiciel parce qu’il y a les adversaires qui sont imprévisibles, décrit-elle. On n’a pas l’habitude de ça, mais c’est hyper intéressant, il faut savoir s’adapter, prendre des décisions rapidement, tout de suite les mettre en place. C’est fascinant. »
Pour le coup, le rôle des coachs a été primordial. Eux aussi ont dû revoir leurs méthodes, notamment dans l’organisation de séances collectives et non plus individuelles. « La philosophie de l’entraînement a changé, explique Frédéric Rebeyrol. Il faut avoir une approche très ouverte, être large d’esprit pour pouvoir s’attendre à tout parce que les adversaires peuvent avoir des réactions inhabituelles pour nous en tant que pagayeur. La vigilance par rapport aux autres est fondamentale. »
Un bateau beaucoup plus lourd à apprivoiser
Boris Neveu, lui, s’éclate dans cette discipline. Pourtant, du haut de ses 38 ans, on aurait pu croire qu’il serait réticent au changement. Ce serait mal connaître le bonhomme, qui a été l’un des premiers à sauter le pas lorsque la discipline a été proposée en Coupe du monde. Car justement, à un stade avancé de sa carrière et parce qu’il avait (presque) tout gagné en slalom (double champion du monde, triple champion d’Europe), le Pyrénéen y a trouvé de quoi rajeunir un peu.
« C’était une source de motivation de chercher des nouvelles stratégies de courses, des nouvelles formes de préparation physique, mentale et technique, alors que les plus jeunes rêvaient encore de faire leur carrière, leurs médailles en slalom. Moi c’était plutôt derrière moi et ça m’a aidé », observe-t-il.
Aussi, le fait de pagayer à nouveau dans des bateaux en plastique l’a plus amusé qu’autre chose. « J’ai commencé comme ça, alors quand on m’a dit qu’il fallait que j’embarque là-dedans, je savais ce que c’était et ça rappelait plutôt de bons souvenirs, alors que c’était l’inconnu pour pas mal de slalomeurs », sourit-il.
C’est là une autre nouveauté du cross. Terminés les bateaux de slalom en carbone de 9 kg qui glisse tout seuls, là on part sur un bon vieux rafiot de 18 kg qui vous laisse planté dans l’eau si vous n’avez pas les bras pour le sortir de là. Il a donc fallu adapter l’entraînement physique pour prendre un peu de muscle sur le haut du corps. « Ça n’a jamais été mon point fort mais je m’y suis mis parce que vraiment important pour cette discipline », relève Neveu.
Pour l’instant, ça ne lui a pas trop mal réussi. Le Français a obtenu de bons résultats ces dernières années. Trois fois vice-champion du monde, vainqueur d’étapes de Coupe du monde à Pau et Vaires, il a su dompter la pression lors du dernier TQO, début juin, pour décrocher son billet après la claque de sa non-sélection en slalom.
NOTRE DOSSIER PARIS 2024Plus globalement, la France est une nation qui compte dans la discipline. Elle est d'ailleurs qualifié toutes ses embarcations pour les quarts de finale, à suivre lundi après-midi avec demies et finale dans la foulée. « On a vraiment bien progressé ces deux dernières années, assure Camille Prigent. Chez les filles on a fait deuxièmes, quatrièmes et cinquièmes du dernier championnat du monde, on a obtenu les deux quotas supplémentaires, donc oui, on a bien pris le pas et on est sur une super dynamique. On peut aller chercher de belles choses aux Jeux ! » Une petite Marseillaise à la maison, on n’a rien trouvé de mieux pour installer une nouveauté dans l’esprit du grand public.



















