Sotchi 2014: Le skicross est-il un sport de combat?

Julien Laloye

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Ophélie David, le 17 janvier 2014 à Val Thorens.
Ophélie David, le 17 janvier 2014 à Val Thorens. — P.DESMAZES/AFP

De notre envoyé spécial à Sotchi,

Au départ, ils sont quatre côte à côte, prêt à surgir –et rugir- de leur box comme un jockey au Grand Prix d’Amérique. Devant eux, des bosses à répétition, des virages au cordeau et une piste aussi large qu’un corridor pour éléphants. Autant dire qu’avant l’abaissement des barrières, ça se renifle de près. «Il faut bien aller au fight, à quatre ou six dans les virages, raconte Marion Josserand, comme si elle y était. Quand on est dans les starting-blocks, qu’on entend le message "coureurs prêts", on n'a qu’une envie, c’est d’y aller, et on sent l’autre à 30 centimètres qui est pareil…» La suite, c’est chacun pour soi et dieu pour tous, afin d’arriver bien placé au premier virage.

«Il faut aller au combat à six dans les virages»

«C’est quand même pas de la boxe, relativise Ophélie David, championne du monde de skicross en 2007. Il est absolument interdit de s’accrocher ou de tirer l’adversaire». Même discrètement? «Tout ce qu’on fait est ultra visuel. Et c’est une discipline avec assez de déséquilibres pour penser à aller taper quelqu’un avant une bosse de 20 mètres.»

Bien sûr, cela n’empêche pas les accidents, la plupart du temps liés au hasard, comme celui de la Russe Komissarova à Sotchi, mais quelque fois sciemment provoqués. «C’est sûr qu’il y a la confrontation directe, concède Jonathan Midol. En théorie, on n’a pas le droit d’empêcher l’autre de passer avec les bras, ni changer de trajectoire, mais ça peut arriver…» Et hop rideau pour le cocu de la manoeuvre, même si aux JO, la pression et les caméras évitent les règlements de compte façon OK corral.

«Il y a un système de cartons, mais les sanctions ne tombent jamais»

La fédération internationale de Freestyle a d’ailleurs fixé des limites pour éviter que les courses ne dégénèrent en combats de free fight. Avec une réussite toute relative. «Il y a bien un système de cartons jaunes et rouges décidés par un jury vidéo, confirme Ophélie David, mais c’est tellement discutable selon les angles de caméra, que le geste effectué peut être interprété de travers. Du coup, les sanctions ne tombent presque jamais.»

Aux riders, donc, de jouer le jeu, sous peine de se mettre tous les autres à dos, à l’image de l’Américain Holland, LE cancer de la discipline en snowboard cross, discipline plus que voisine. «Même ceux de son équipe le blâment pour ça, confie Pierre Vaultier, le récent champion olympique. C’est affiché, tout le monde le sait. Il passe pour un con et tant pis pour lui.» Enfin pas tout à fait, puisque le garçon pèse six victoires aux X Games. Comme quoi en cross, le fair-play passe après les médailles.