Municipales 2020 à Lyon : Comment l’ex-champion de gymnastique Yann Cucherat s’est-il construit un destin politique ?

PORTRAIT A 40 ans, et après avoir participé quatre fois aux Jeux olympiques, Yann Cucherat est le candidat surprise de LREM pour briguer la mairie de Lyon, aux côtés de Gérard Collomb

Jérémy Laugier

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Yann Cucherat, en janvier, devant l'Opéra de Lyon.
Yann Cucherat, en janvier, devant l'Opéra de Lyon. — Jérémy Laugier/20 Minutes
  • Dès la fin de sa carrière de sportif de haut niveau, l’ancien champion de gymnastique Yann Cucherat est devenu en 2014 l’adjoint aux sports de Gérard Collomb à Lyon.
  • A 40 ans, le voici lancé en première ligne par LREM en vue des municipales, son mentor politique Gérard Collomb briguant la métropole.
  • Plusieurs témoins privilégiés décrivent pour « 20 Minutes » son étonnante reconversion professionnelle.

En janvier 2010, Yann Cucherat devance Hugo Lloris et reçoit pour la deuxième fois de suite le Lion d’or du sport des mains de Gérard Collomb. « Sur l’estrade, il m’a annoncé : ''On va te laisser finir ta carrière et tu vas ensuite rejoindre le conseil municipal''. A cette époque-là, je ne savais même pas ce qu’était un conseil municipal », sourit l’ancien gymnaste, champion d’Europe aux barres parallèles en 2009 et 2010. Dix ans plus tard, la vie de Yann Cucherat, également double médaillé aux Mondiaux de Melbourne en 2005, a sans doute dépassé le plan de carrière politique que lui prévoyait Gérard Collomb.

Car après avoir été l’adjoint au maire de Lyon délégué aux sports, aux grands événements et au tourisme de 2014 (soit un an après sa retraite sportive) à 2019, le voici candidat LREM à la mairie de Lyon. Et ce, en étant adoubé par Gérard Collomb, qui brigue dans le même temps la métropole de Lyon.

« On m’a prévenu que j’arrivais dans une machine de fous »

« Quand je me lance dans ce nouveau challenge en 2014, je ne sais vraiment pas où je mets les pieds, se souvient Yann Cucherat (40 ans). On m’a prévenu que j’arrivais dans une machine de fous. Mais je n’ai pas du tout découvert cette vision décriée de la politique. » Le gymnaste Cyril Tommasone (32 ans), qui l’a longtemps côtoyé à la Convention gymnique de Lyon, est formel : « Yann a toujours beaucoup suivi l’actualité, à la télévision comme dans les journaux. Une fois qu’il a saisi l’opportunité d’être adjoint aux sports, la suite ne m’a pas vraiment étonné ».

« En fait, Yann s’intéresse à tout, aux gens, à l’actualité, à la vie, et sa transition professionnelle s’est faite de manière naturelle, confirme Dominique Mérieux, la présidente de la Convention gymnique de Lyon. Il n’a certes pas beaucoup d’expérience politique mais quand vous entrez dans l’arène d’un championnat du monde de gym à même pas 18 ans, puis que vous participez à quatre Jeux olympiques, ça vous forge un sacré caractère. »

Yann Cucherat savoure ici un sacre aux championnats d'Europe, en avril 2009 près de Milan (Italie).
Yann Cucherat savoure ici un sacre aux championnats d'Europe, en avril 2009 près de Milan (Italie). - DAMIEN MEYER / AFP

« On a peut-être affaire à notre futur président de la République ! »

Ses proches durant ses 25 années de gymnaste louent « son intelligence relationnelle hyper développée », « son goût du travail » et « son humilité ». « Durant les JO de 2008 et 2012 qu’on a vécus ensemble, Yann était le capitaine de l’équipe de France et il gérait absolument tout, indique Cyril Tommasone. Quand je vois comme il parvient toujours à ses fins, je me dis qu’on a peut-être affaire à notre futur président de la République, qui sait ! »

Après avoir obtenu son concours de conseiller technique sportif (CTS), Yann Cucherat est aussi directeur sportif de l’équipe de France de gymnastique artistique masculine de 2013 jusqu’au début de sa campagne pour les municipales. « Je ne sais pas trop comment il a pu trouver du temps pour dormir, mais il a toujours su bien s’entourer », indique Pierre Coponat, directeur technique du pôle France de gymnastique à Lyon. Celui-ci a accueilli Yann Cucherat à 10 ans en provenance de Jassans-Riottier (Ain) et il estime que son ancien élève a « les épaules pour ce grand saut des municipales ».

« Il a été choisi par Gérard Collomb pour sa docilité »

« Très tôt, Yann a compris le fonctionnement de nos institutions, et il y a un peu de politique aussi dans le monde de la gym, indique-t-il. Avec son expérience, Gérard Collomb a dû sentir qu’il était prêt pour assurer sa succession, il n’a aucun intérêt à l’envoyer au casse-pipe. » Au vu de son âge et de son parcours politique très récent, il est conscient que sa candidature est régulièrement décriée.

« Il n’a pas été un très bon adjoint aux sports, témoigne un conseiller municipal souhaitant rester anonyme. Il a surtout été un bon élève qui a économisé de l’argent. Il n’a pas la dimension pour être maire de Lyon et il a été choisi par Gérard Collomb pour sa docilité, car c’est un dévoué. » Un constat que partage l’un de ses adversaires à la mairie, préférant également témoigner en off. « Yann Cucherat est un type bien. Mais Gérard Collomb l’a adoubé car il est beaucoup plus insignifiant et malléable que d’autres candidats potentiels dont le nom a circulé à un moment », souligne-t-il. Une référence directe à la présidente du Sytral Fouziya Bouzerda, un temps présentée comme la favorite de Collomb. Face à ces critiques, l’intéressé livre son ressenti.

Beaucoup de personnes aimeraient être à ma place. Je ne coche pas toutes les cases mais j’ai eu une expérience en mairie avant de chercher à être maire. Qui a une plus grande notoriété et une plus grande expérience de vie locale que moi ? Je ne suis pas certain d’être à des années-lumière des autres candidats. J’incarne une nouvelle génération. Gérard Collomb m’a préparé pendant six ans pour me transmettre le flambeau. Avant ça, j’ai travaillé pendant dix ans pour aller chercher une médaille mondiale, et là non plus, je ne cochais pas tout de suite les cases. »

« Yann Cucherat ne pourrait en aucun cas être une marionnette »

L’un de ses défis est de faire comprendre aux électeurs que s’il est très lié à Gérard Collomb, il peut très bien imposer ses idées. « Le Yann que je connais est quelqu’un de très loyal mais il ne pourrait en aucun cas être la marionnette de quelqu’un, je n’ai aucun doute là-dessus », précise Dominique Mérieux. Pour tous ses détracteurs estimant que Yann Cucherat se retirerait de son possible poste de maire en cas de défaite de Gérard Collomb à la métropole, l’ancien adjoint aux sports répond : « Gérard Collomb ne verrait pas la ville comme un lot de consolation. Ses enjeux concernent la métropole, je peux vous assurer qu’il n’y a aucun accord de ce type entre nous. Mais nous avons un destin commun : s’il perd la métropole, ça signifie que je perds la ville. »

A l’approche de ces municipales, les 15 et 22 mars, Pierre Coponat se souvient d’ailleurs de « la préparation très personnelle » de l’ex-gymnaste de haut niveau : « Il a une grosse détermination mais il partait toujours en compétition en étant pessimiste, en se répétant qu’il n’était pas prêt. C’était peut-être une forme de protection mais il revenait toujours avec une médaille ».