JO 2026 - Ski alpin : La « badass » Lindsey Vonn est-elle héroïque ou inconsciente avec son ligament du genou « détruit » ?
Le croisé, tu renais ?•La star américaine de 41 ans va tenter un improbable exploit, ce dimanche (11h30) à Cortina d’Ampezzo : rafler la quatrième médaille olympique de sa carrière, malgré une rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche subie neuf jours plus tôtJérémy Laugier
L'essentiel
- A 41 ans, et après un long break avec le ski alpin (de février 2019 à novembre 2024), Lindsey Vonn ambitionne de conquérir une quatrième médaille olympique sur les JO d’hiver de Milan-Cortina 2026.
- Problème : la star américaine a subi le 30 janvier une rupture totale du ligament croisé antérieur du genou gauche à Crans-Montana. Mais à la surprise générale, la championne olympique de descente en 2010 à Vancouver ne déclare pas forfait pour ces Jeux en Italie.
- Troisième sur le dernier entraînement à Cortina d’Ampezzo samedi, Lindsey Vonn est même confiante quant à ses chances de podium sur la descente, ce dimanche (11h30), neuf jours après sa grave blessure. Une ambition qui pose de nombreuses questions, du côté des athlètes et des spectateurs.
De notre envoyé spécial à Cortina d’Ampezzo,
« Le genou de Lindsey tient à peine en place grâce à du fromage américain en ficelle et du titane, et elle va quand même fracasser cette montagne. » Grâce à l’octuple médaillé olympique en patinage de vitesse Apolo Anton Ohno, on a peut-être eu droit au meilleur tweet de ces JO de Milan-Cortina 2026 dès le premier jour officiel de compétition. Petit rappel des faits, si vous fuyez cette semaine curling, hockey féminin, slopestyle, et donc même la superstar ultime des Jeux d’hiver : Lindsey Vonn a subi une grave chute, le 30 janvier à Crans-Montana (Suisse).
Avec un diagnostic a priori fatal pour sa quête d’une quatrième médaille olympique à 41 ans : rupture totale du ligament croisé antérieur du genou gauche, à neuf jours de la descente de Cortina d’Ampezzo, ce dimanche (11h30). A priori seulement, car l’icône américaine du ski alpin s’est vite lancée l’invraisemblable défi de ne pas déclarer forfait pour ces Jeux en Italie. Après tout, elle n’est pas revenue à la compétition fin 2024, après quasiment six années de retraite sportive et une prothèse en titane au genou droit, pour lâcher l’affaire au premier microbobo.
La skieuse Camille Cerutti admirative de la star US
Blague à part, on n'a absolument aucun souvenir d’un athlète de haut niveau zappant la case opération chirurgicale pour une telle blessure au genou, et revenant aussi vite à la compétition (et quelle compétition !). Sans même donc la période conseillée de deux mois de renforcement musculaire afin d’éviter l’opération « des croisés », loin de là. Depuis son retour sur les skis mardi avec une attelle, la native du Minnesota fascine le monde du sport, divisé à son sujet. Doit-on forcément être admiratif d’une athlète faisant preuve d’un courage et d’un héroïsme absolu, ou au contraire pointer une obsession d’aventure olympique virant à l’inconscience, au vu de possibles risques pour sa santé ?
Elle-même gravement blessée à un genou durant la descente des JO 2022, la skieuse française Camille Cerutti avait choisi son camp mercredi lors d’un point presse : « Je trouve ça exceptionnel. Elle est incroyable, cette fille. Elle a la même blessure que moi à Pékin, et j’étais alors incapable de poser le pied par terre. Jusqu’à mon opération, le moindre mouvement était horrible. Ce retour me paraît impossible, mais c’est Lindsey Vonn ».
Lou Jeanmonnot partagée sur ce « bon débat »
La Risouline de 28 ans poursuit avec passion : « J’ai hâte de voir ça. Elle va encore écrire l’histoire, et une nouvelle fois, elle fait énormément de bien à notre sport. Elle nous médiatise et elle montre que les descendeuses ne sont pas des "fifilles" mais des combattantes ». L’histoire de la skieuse aux 84 victoires en Coupe du monde fait réagir bien au-delà du ski alpin. La biathlète Lou Jeanmonnot a ainsi confié son sentiment sur le sujet au micro d’Eurosport.
« C’est un bon débat. Au début, je me suis dit : «badass» la meuf, c’est une fille qui en jette, qui a de l’aura. Ça a rajouté une touche d’éclat à cette athlète. Et puis finalement, je me dis qu'il n’y a pas de quoi être fier non plus car la santé passe avant le sport. En tant qu’athlète, je pense qu'on ne doit pas communiquer aux plus jeunes le fait de pouvoir serrer les dents au détriment de notre santé. »
Le feuilleton passionne également depuis six jours les réseaux sociaux : chaque vidéo de squat ou de saut de l’Américaine, et plus encore ses bluffants entraînements sur l’Olimpia delle Tofane sont commentés dans tous les sens. Y compris par la championne olympique de descente à Vancouver elle-même. Sur son compte X à 926.000 abonnés, elle a ainsi tenu à remballer une pharmacienne critiquant « le risque d’aggraver sa blessure sous l’effet des anti-inflammatoires et des analgésiques ». « Je ne prends aucun médicament contre la douleur, même pas de paracétamol, mais merci », lâche Lindsey Vonn.
Vonn flingue à tout-va sur son compte X
Elle a par la suite taclé un médecin du sport remettant en cause la nature exacte de sa blessure : « lol, merci docteur. Selon vous c’est impossible mais mon ligament croisé antérieur est bien rompu à 100 %, pas à 80 ni à 50 %. Il est complètement détruit ». Avant une touche finale à l’encontre d’un certain Greg Graber, coach mental ayant consacré une chronique (à charge) contre la skieuse dans USA Today, et ayant depuis verrouillé son compte X après y avoir pris la marée.
« Je suis en quête de sens ? Pourquoi prendre des risques "à mon âge" ? Ce genre de discrimination liée à l’âge commence vraiment à bien faire », pestait la fringante quadra, troisième meilleur temps de la descente de Cortina d’Ampezzo, toujours avec une attelle, lors de l’ultime entraînement samedi. Un nouveau pied de nez à ses détracteurs, qui regrettent qu’elle n’ait pas souhaité céder sa place aux Jeux à « une athlète en pleine forme ».
Son entraîneur mise sur « l’adrénaline » de la course
Sans surprise, le nom de Lindsey Vonn est bien sur la start list de la descente olympique, avec le dossard 13, pour les cinquièmes JO de sa carrière. Elle est la seule skieuse de plus de 35 ans parmi les 36 engagées ce dimanche matin, sur une superbe piste où elle avait obtenu son premier podium en Coupe du monde… en 2004 ! L’actuelle leader de la Coupe du monde de descente compte tout de même un nombre astronomique de soutiens, de son nouveau « plus grand fan », l’ex-iconique shooteur NBA Reggie Miller, à son habituelle adversaire US Mikaela Shiffrin, en passant par son nouvel entraîneur Aksel Lund Svindal.
« C’est difficile de ne pas penser à ton genou à l’entraînement, mais en course, avec l’adrénaline, j’y crois, estime la légende du ski norvégien. Dans l’ensemble, elle vient vraiment de faire une dernière manche solide, son ski est symétrique. Elle est aussi prête qu’elle peut l’être et je pense sincèrement qu’elle a une bonne chance de finir sur le podium. » Finalement, les risques qu’elle va faire courir à son genou gauche, ce dimanche durant moins d’1'40'', sont-ils vraiment si déments ?
Médaillé de bronze sur la descente olympique de Bormio samedi, Dominik Paris a partagé son expérience sur le sujet pour évoquer le défi du jour de Lindsey Vonn. « Une année, j’avais prévu de courir à Kitzbühel après m’être rompu le ligament croisé antérieur la veille, raconte l’Italien de 36 ans. Mais le jour de la course, j’ai vite compris que ce ne serait pas possible. Lindsey a souvent été blessée et elle sait comment gérer ça. Mais j’espère qu’elle ne fait pas une bêtise en prenant le départ. »
« Le risque médical reste important »
20 Minutes a en ce sens interrogé Florent Borel, médecin du sport au Centre orthopédique Santy à Lyon. « Comme son genou ne semble pas avoir beaucoup gonflé, c’est possible qu’il ne soit pas trop douloureux, indique-t-il. De même, il se peut qu’il garde de la stabilité, et les derniers entraînements le montrent. Et puis le ski alpin n’a rien à voir avec un match de football ou de basket : là, le genou va rester dans l’axe. Au ski, les graves blessures au genou arrivent au moment de la chute, pas sur un blocage d’appui comme dans d’autres sports. »
Et donc, ce verdict ? « Pour moi, participer à ces JO 2026 n’est dans son cas pas inconscient, tranche celui qui est aussi médecin de l’équipe professionnelle de l’Asvel. Mais le risque médical reste important en cas de nouvelle chute ou de faute de carre. On ne peut pas négliger une grosse complication, avec de possibles lésions méniscales et une luxation du genou. Ça n’est donc pas viable sur du plus long terme mais elle prend cette décision en connaissant les risques. On parle d’une telle championne : ce qu’elle faisait jusque-là cet hiver était déjà miraculeux avec une prothèse de genou. »
Notre dossier sur les JO d'hiver 2026Et pour cause : il était impossible de ne pas vibrer devant ses larmes pour sa première victoire en descente de Coupe du monde depuis sept ans, le 12 décembre 2025 sur la Corviglia de Saint-Moritz (Suisse). Alors imaginez l’épidémie mondiale de poussières dans l’œil si Lindsey Vonn signe ce dimanche le plus grand exploit de sa carrière/du ski alpin/des JO d’hiver/de l’histoire du sport (?)…



















