PSG : « L’identité régionale est le cœur de notre projet », clame le responsable de la formation parisienne Yohan Cabaye
football•Le directeur sportif du Centre de formation du PSG détaille pour « 20 Minutes » ses ambitions et sa méthode pour faire profiter le club du vivier de joueurs extraordinaire que constitue l’Ile-de-FrancePropos recueillis par Nicolas Camus
L'essentiel
- Les vacances de Pâques ont marqué pour le PSG le début de la cinquième édition du Club Tour Snipes, une opération consistant à organiser des sessions d’entraînement made in PSG pour des jeunes joueurs des clubs amateurs d’Ile-de-France.
- A cette occasion, Yohan Cabaye, directeur sportif du Centre de formation du club parisien, a répondu aux questions de 20 Minutes.
- L’ancien milieu de terrain vante les mérites de ce programme pour resserrer les liens entre le PSG et son territoire, et insiste sur la volonté du club de puiser en priorité dans ce formidable vivier pour nourrir à terme l’équipe première.
Retraité depuis 2020, Yohan Cabaye a intégré l’année suivante l’encadrement du PSG, où il avait joué en 2014-2015. L’ancien milieu de terrain international (48 sélections) a débuté en tant que coordinateur sportif, avant de devenir directeur technique du Centre de formation. C’est lui qui pilote l’accompagnement des jeunes joueurs à chaque étape de leur parcours sportif, éducatif et scolaire, tout en maintenant une relation étroite avec leurs familles.
A l’occasion de la cinquième édition du Club Tour Snipes, un programme pour faire bénéficier des jeunes joueurs d’Ile-de-France de sessions d’entraînement made in PSG, il détaille pour 20 Minutes les ambitions du champion de France en matière de formation et les moyens mis en place pour profiter pleinement du vivier offert par le bassin parisien, alors que le Paris FC voisin entend bientôt y faire jouer la concurrence après son rachat par la famille Arnault.
Quelle est l’idée de ce projet Club Tour Snipes ?
Pour nous, il est hyper important car il nous permet de mettre en lumière tout le travail qui est fait dans les structures amateurs, des tout-petits de l’école de foot jusqu’à la pré-formation. C’est un moyen de les remercier et surtout de garder cette proximité puisque dans nos effectifs, on est à 95-96 % de joueurs issus de la région parisienne. On veut conserver cette identité qui est très forte chez nous, et l’asseoir avec des liens pas uniquement sur le terrain, mais aussi des liens techniques avec les éducateurs, dans le partage, dans l’échange. C’est un plaisir pour nous chaque année d’organiser ce Club Tour, qui nous tient vraiment à cœur.
C’est essentiel, pour le PSG, de bien s’ancrer dans son territoire ?
Bien sûr. On doit avoir ce rôle de locomotive dans la région. Là, on donne l’opportunité aux jeunes joueurs de vivre une journée dans la peau d’un joueur du Paris Saint-Germain, avec les équipements, la mascotte qui passe. Ça fonctionne bien, il y a énormément de clubs chaque année qui déposent des dossiers. Année après année, le projet prend de l’ampleur, et c’est de plus en plus dur de faire une sélection.
Cette opération est-elle aussi un moyen de « contrebalancer » l’expansion du club à l’international ? De rester connecter avec le tissu local, malgré le développement recherché ces dernières années ?
L’identité régionale, pour nous, reste le cœur du projet. Aujourd’hui, sur 68 joueurs qui sont à la formation, il y en a 65 qui sont issus de la région parisienne. C’est un pilier important. Cet ancrage territorial, on cherche toujours à le développer pour que les garçons qui viennent aiment le club, grandissent avec ses valeurs, sa culture et son histoire. Ce Club Tour joue un rôle essentiel dans cet ancrage et dans la vision que les jeunes issus des clubs amateurs peuvent avoir du club.
Parce qu’il y a beaucoup de concurrence aujourd’hui pour attirer les jeunes talents. Si un jeune à la base aime le PSG, il sera plus enclin à le choisir pour sa formation ?
C’est bien d’avoir de la concurrence. Ça fait avancer, ça nous permet de ne pas nous reposer sur nos lauriers. En Ile-de-France, il y a beaucoup de talents, on a la chance, on le sait. Maintenant, la concurrence venant de plus en plus tôt, on doit être très réactif, très en avance aussi. Souvent, ce n’est pas évident d’imaginer la progression d’un joueur qui arrive à 13-14 ans au club. Il y a beaucoup de facteurs qu’on ne maîtrise pas. C’est toujours hyper important d’avoir l’œil, d’être attentif, de pouvoir mettre en avant le triple projet au club, sportif, scolaire et éducatif.
Si le jeune joueur rêve de venir au Paris Saint-Germain, nous on doit lui donner l’opportunité de se rapprocher de son rêve d’une part, mais avoir l’ambition de créer des hommes de forte valeur pour le futur. L’un ne va pas sans l’autre chez nous, on essaie de cultiver ça au quotidien. A Paris, on a la chance de pouvoir offrir aux enfants un projet où, le week-end, ils peuvent rentrer chez eux. Il y a toujours cette proximité qui fait que le vendredi soir, ils peuvent rentrer à la maison, passer du temps avec la famille. C’est hyper important.
On a longtemps dit que ce vivier francilien n’était pas assez « exploité » par le PSG. Ce projet date d’avant votre arrivée, mais savez-vous s’il a été mis en place pour inverser cette tendance ? Parce que le club s’est rendu compte qu’il n’en faisait pas assez sur ce sujet ?
Ce qui s’est passé avant mon arrivée au club, je ne peux pas le commenter, je n’étais pas dans les coulisses. Par contre, depuis quatre ans maintenant, je peux dire qu’on essaie de fournir le maximum de joueurs possibles pour l’équipe première, et pour le monde professionnel de manière générale. C’est une ambition. Récemment, Warren Zaïre-Emery est sorti, Seny Mayulu, Yoram Zague et Ibrahim Mbaye ont joué, Axel Tape a disputé son premier match. On ne peut pas se plaindre aujourd’hui que le club ne se tourne pas vers l’Académie pour faire jouer les meilleurs talents. On souhaite toujours faire plus, faire mieux. C’est notre exigence. On travaille pour que des jeunes joueurs puissent prétendre à avoir leurs premières minutes avec l’équipe première.
Ce sujet est-il d’autant plus important avec le nouveau projet du Paris FC, en partenariat avec Red Bull ?
Oui, c’est ce que je disais tout à l’heure, la concurrence fait avancer. En tout cas, nous, on est vraiment concentrés sur notre travail. On est humble et on sait qu’il faut faire des efforts au quotidien pour pouvoir toujours être là où on est, avancer, essayer de trouver les meilleurs talents, les faire travailler et les voir intégrer l’équipe première. Les autres clubs, ce qu’ils veulent faire, pas faire, ça ne nous regarde pas trop.
Cela va forcément changer un peu le paysage en Ile-de-France, tout de même ?
Oui, mais par rapport à l’histoire du PSG, sa culture, tout ce que le club a mis en place depuis un peu plus de 10 ans maintenant, ça il n’y a personne qui peut nous l’enlever. Il faut rester confiant dans notre capacité à attirer les meilleurs talents. On est aujourd’hui un club observé, regardé. A chaque match de Youth League, il y a plus de 40 scouts. Donc, on a l’opportunité de garder le temps d’avance qu’on a, mais pour ça, il faudra continuer à travailler dur.
Le PSG a sa propre méthode pour attirer les talents. Face à Red Bull, que l’on décrit assez agressif, il va être particulièrement important de garder ces valeurs ?
Oui bien sûr, nous on ne doit pas s’éloigner de notre culture, de notre histoire, de ce qu’on souhaite mettre en place. On doit garder ça, et chercher à l’améliorer au quotidien parce que c’est comme ça qu’on avance. Le foot évolue, les joueurs de demain évoluent également et nous, on doit toujours être très attentifs à ce qu’on met en place.
Avez-vous l’impression que convaincre des jeunes joueurs de vous rejoindre est un peu plus simple aujourd’hui, avec le nouveau projet incarné par Luis Enrique ?
Il n’y a rien de facile dans le football, jamais. Aujourd’hui, un des gros challenges est d’essayer de changer les mentalités. Il y a beaucoup d’impatience chez les jeunes, cette volonté d’aller très vite vers le haut. Et quand on ne leur dit pas ce qu’ils veulent entendre, tout de suite pour eux c’est négatif. Des joueurs quittent les clubs. Ça, ce n’est pas que chez nous, c’est dans le paysage global de la formation. Peut-être que le foot a évolué, mais des choses restent : il faut de la patience, être prêt mentalement, humble, parce que si vous ne l’êtes pas, la réalité vous rattrape.
Ces valeurs existent depuis très longtemps, et il ne faut pas les oublier. Le talent peut amener le joueur à avancer un peu, mais il ne permet pas de franchir les obstacles s’il n’y a pas la mentalité et l’attitude nécessaires. Ce sont des sujets récurrents avec les familles, avec les entourages. On le répète aux familles, un cursus de formation, ce n’est jamais facile. C’est très long. Il y en a qui vont avancer très vite, d’autres un peu moins vite, d’autres encore qui seront un peu en retard. Mais la finalité, c’est d’y arriver, de parvenir à avoir ses premières minutes et de durer des années et des années.
Toute l'actualité du PSGLe fait d’avoir été un joueur professionnel aide à faire passer ce discours ?
Oui, ça peut. Mais ce qui n’est pas évident, c’est que parfois, on me répond « oui, mais le foot a changé ». D’accord, il y a des choses qui ont évolué, mais la roue, on ne la réinvente pas. La roue, elle est toujours ronde. Et il y a des valeurs de base. Et si on les néglige, le foot ne va rien te donner, ça je peux l’assurer.


















