La PSG Academy a-t-elle pour mission de ne pas passer à côté du prochain Mbappé ?

FOOTBALL Cette saison, et pour la première fois depuis la création de la structure en 2005, le PSG a recruté au centre de formation un joueur passé par l’Academy

Aymeric Le Gall

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Un entraînement à la PSG Academy de Doha au Qatar.
Un entraînement à la PSG Academy de Doha au Qatar. — KARIM JAAFAR / AFP
  • Nahil Kanté, 13 ans, est le tout premier joueur passé par l’Academy à intégrer le centre de formation du PSG.
  • Cette structure créée en 2015 permet à des jeunes âgés de 4 à 17 ans, sans sélection de niveau, de taper le ballon avec des éducateurs formés par le PSG.

Vous la connaissez l’histoire du PSG qui, en 2013, rate un petit gamin de Bondy nommé Kylian Mbappé, et qui finit par le faire signer quatre ans plus tard contre un chèque de 145 millions d’euros ? Vous avouerez que ça fait cher le prix du billet Paris-Monaco. Mais une histoire comme celle-ci a-t-elle encore des chances de se reproduire ? C’est la question qu’on s’est posée en lisant un article de nos confrères du Parisien sur le jeune Nahil Kanté, 13 ans, présenté comme « le petit génie de l’Academy recruté par le centre de formation ». Arrivé Red Star à 7 ans après avoir tapé ses premiers ballons du côté du FCM Aubervilliers, celui-ci fera régulièrement la navette entre le club de l’Etoile Rouge et l’Academy parisienne située à l’Urban Soccer d’Aubervilliers. Avant de finalement rejoindre les Rouge et Bleu et d’y signer pour six ans.

Manque de bol, après la publication de ce papier, le PSG a fermé à double tour tous les accès aux personnes ayant participé à l’opération. Sur demande des parents, qui veulent protéger le plus longtemps possible le fiston de toute pression inutile et potentiellement dévastatrice. Peu importe au fond. Ce n’est pas tant le joueur en lui-même qui nous intéresse aujourd’hui que son parcours atypique et ce qu’il nous dit – ou pas – de l’évolution de la politique de détection et de recrutement du PSG.

Le PSG à la rencontre de ses jeunes supporters

Un épiphénomène plus qu'autre chose, à en croire Nadia Benmockhtar, l’ancienne pro à Juvisy (actuel Paris FC) aujourd’hui en charge de la PSG Academy. « A la base, cette structure n’est justement pas un outil de recrutement », pose-t-elle d’entrée, histoire que les choses soient claires. Elle détaille : « L’idée, comme il y a des fans du club partout dans le monde, c’est de leur amener des petits bouts de PSG à travers notre expérience, notre expertise en termes de formation des jeunes, avec l’aide, sur place, de coachs et d’éducateurs formés par le club. »

Educateur depuis 10 ans à l’école de foot du FCM Aubervilliers, Ilyes Ramdani a vu « au fil des années de plus en plus de gamins y prendre part sans qu’on sache vraiment comment se positionner par rapport à ça ». « Ce n’est pas forcément une concurrence pour les clubs amateurs dans le sens où le prix de la licence est plus élevé chez eux [200 euros l’année en moyenne dans un club classique vs 300-400 euros à l’Academy], analyse-t-il. Après, ils proposent une offre sympa avec des éducateurs formés par le club, sans parler de l’avantage du five qui permet de jouer toute l’année au sec. On voyait bien qu’il y avait une forme d’attractivité de la part des parents, et puis il y a le label PSG qui est un levier d’attraction majeur. »

Dans les faits, ce n’est pas le PSG à proprement parler qui gère les quelques 102 Academy ouvertes dans 14 pays à travers le monde. « On ne les ouvre pas en propre, confirme Nadia Benmockhtar. On s’associe avec un partenaire local, ça passe par un contrat de licence avec une société [en France avec les Urban Soccer] qui nous paye pour avoir accès à ce service [formations des entraîneurs et programmes d’entraînement livrés clé en main] et à l’image de marque du club. » « C’est plus la stratégie marketing du PSG qui est à l’œuvre là, pas la stratégie sportive, estime Ramdani. En revanche, là où c’est intéressant je trouve, c’est que ça a permis de rapprocher le PSG des quartiers populaires. »

Le plaisir plus que la performance à tout prix

« Il ne faut pas surestimer le rôle de la PSG Academy. C’est presque une coïncidence qu’il soit passé par là, embraye l’éducateur du 93. Le PSG a simplement recruté l’un des meilleurs joueurs du Red Star et il s’est avéré qu’il était aussi à l’Urban d’Aubervilliers via l’Academy. Mais en fait il y a une distance énorme entre le PSG et ça. Je ne suis pas convaincu que ce soit une passerelle avec le centre de formation. » Il n’y a d’ailleurs aucune sélection de niveau à l’entrée, ce qui prouve bien qu’on est plus sur une notion de plaisir que de performance à proprement parler. « En termes de performance, ça n’a rien à voir. La PSG Academy nous a souvent sollicités pour organiser des petits matchs amicaux vu qu’on est juste à côté, et très souvent ça se terminait avec 10-15 buts d’écart pour nos gamins. »

« L’idée c’est quand même de faire progresser individuellement et collectivement les enfants dans l’environnement dans lequel ils sont pour que, demain, ce soient des joueurs complets. Mais ils n’appartiennent pas au PSG et ils seront libres de signer dans n’importe quel centre de formation ensuite si jamais ils ont le niveau », précise Nadia Benmockhtar. Au club, on assume parfaitement cette absence de retours sur investissement, au-delà du billet que leur rapportent ces partenariats internationaux. « Au Brésil, on a trois joueuses qui sont aujourd’hui régulièrement appelées en équipe de jeunes de la Seleçao, on est super contents pour elles, même si on sait qu’elles ne vont pas forcément signer au club plus tard », relate la responsable de la structure. Pareil chez les garçons : « Aux Etats-Unis on avait un gamin qui était super bon mais il avait neuf ans, on ne pouvait donc rien lui proposer [les règlements Fifa interdisent les transferts internationaux des mineurs], et deux après il a signé aux New York Red Bulls. »

« Si vous avez une pépite, signalez-la nous »

Mais attention, le PSG n’est pas plus couillon qu’un autre. « Bien sûr que si on a le prochain Neymar dans une Academy, on essaiera quand même de le garder à l’œil et d’essayer de le faire signer chez nous, sourit l’ancienne défenseuse. D’ailleurs les gens du centre nous le disent : " si vous avez une pépite, signalez-la nous ". Et là, soit le gamin a bientôt 18 ans (ou 16 ans s’il est européen) et on essaye de voir s’il veut signer chez nous, soit il est plus jeune et on ne peut rien faire. » Si ce n’est s’appuyer sur la qualité du travail fourni par les éducateurs de l’Academy pour convaincre les parents de poursuivre l’aventure avec le PSG. Ce qui n’est pas un argument au rabais.

Là encore, l’éducateur francilien se montre prudent. « Je ne pense pas que le PSG ait besoin de l’image de l’Academy pour convaincre aujourd’hui les meilleurs jeunes de les rejoindre. Ils ont une surface financière énorme, ils ont une image de marque, ça leur suffit amplement. » « Si on peut se servir de l’image de marque véhiculée par le PSG via notre structure c’est super, conclut Nadia Benmockhtar. Mais sans langue de bois, le but n’est vraiment pas de ne pas rater le prochain Mbappé. »