Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Pourquoi le Paris FC « peut inspirer le football féminin français »

Foot féminin : Le Paris FC « peut inspirer le football français » avec son ambition maxi et ses moyens riquiquis

LIgue des championsOpposées ce mercredi (18h45) à Charléty aux Suédoises du BK Häcken, les Franciliennes ont auparavant réalisé deux énormes exploits contre Arsenal et Wolfsburg
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Les joueuses du Paris FC débutent ce mercredi (18h45) à Charléty leur phase de poules de Ligue des champions contre les Suédoises du BK Häcken.
  • La présence des partenaires de Gaëtane Thiney dans la prestigieuse compétition européenne, aux côtés des locomotives du football féminin français OL et PSG, est une véritable surprise.
  • Les exploits en tours préliminaires contre Arsenal et Wolfsburg, respectivement demi-finaliste et finaliste de l'édition précédente, prouvent que le modèle sportif du PFC « peut inspirer le football féminin français ».

Considéré en souffrance par rapport à ses homologues espagnol et anglais, le football féminin français est pour la première fois parvenu à qualifier cette saison trois clubs pour la phase de poule de la Ligue des champions, qui a débuté mardi soir par la démonstration de l’OL à Prague (0-9). Il n’a donc fallu attendre que la troisième tentative (après les éliminations de Bordeaux en 2021 puis du Paris FC en 2022) pour voir une équipe tricolore sortir indemne des barrages, là où notre football masculin est passé à la trappe lors de sept de ses huit dernières tentatives en C1. Et de quelle manière, puisque le PFC s’est offert le luxe de sortir coup sur coup le demi-finaliste et le finaliste de la précédente édition de la Ligue des champions.

Ni Arsenal le 9 septembre (3-3, 2-4 aux tirs au but en Suède), ni Wolfsburg (3-3, 0-2 en aller-retour) n’ont en effet été capable d’empêcher les Franciliennes de s’offrir une phase de groupe inattendue, avec au menu deux autres gros morceaux, Chelsea et le Real Madrid. Les joueuses de Sandrine Soubeyrand entrent dans la compétition reine, ce mercredi (18h45) à Charléty, en défiant les Suédoises du BK Häcken, a priori leur adversaire le plus abordable. Mais comment ce conte de fées a-t-il pu prendre forme, du doublé de Mathilde Bourdieu en deux minutes contre Arsenal au penalty arrêté par Chiamaka Nnadozie à Wolfsburg, en passant par les coups de patte décisifs de Julie Dufour face à l’ogre allemand ?

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

« Il va y avoir encore beaucoup d’autres exploits », prévient Raï

« C’est exceptionnel et tellement mérité sur ces matchs, se réjouissait la présidente de la section féminine du PFC, Marie-Christine Terroni, le 18 octobre après la qualification à Wolfsburg. Qui y aurait cru ? Ce club met tellement d’envie. C’est une équipe d’exception dont je suis tellement fière. » Troisième de la D1 les deux dernières saisons, derrière l’incontournable tandem OL-PSG, le PFC présente contrairement à ces deux mastodontes un modèle économique particulier, avec des salaires moyens entre 2.000 et 2.500 euros, et en privilégiant les joueuses lancées dans un double projet professionnel. C’est ainsi que bien qu’internationale tricolore, Clara Matéo (25 ans, 27 sélections) continue par exemple d’être ingénieure chez Arkema.

De quoi donner encore plus d’éclat à cette qualif en phase de poules, qui constitue « l’une des plus fortes émotions » de l’après-carrière pour Raï. L’ancienne idole du PSG (de 1993 à 1998), à la fois investisseur et ambassadeur du PFC depuis un an et demi, était ainsi du voyage à Wolfsburg le mois dernier. « On a maintenant des ambitions : il va y avoir encore beaucoup d’autres exploits, prévenait alors le Brésilien. Les filles ont démontré qu’elles avaient la qualité pour aller très très loin dans cette Ligue des champions. » Au point de jouer à nouveau les trouble-fêtes dans une poule où Chelsea fait figure de grand favori ?

L'internationale tricolore Clara Matéo a participé à la Coupe du monde en Australie cet été, avant de retrouver le Paris FC... et son emploir d'ingénieure chez Arkema.
L'internationale tricolore Clara Matéo a participé à la Coupe du monde en Australie cet été, avant de retrouver le Paris FC... et son emploir d'ingénieure chez Arkema.  - Daniela Porcelli / SPP/Sipa USA/

« Chelsea et le Real vont avoir peur d’affronter cette équipe »

« Le PFC a un potentiel offensif de grande qualité avec Clara Matéo, Gaëtane Thiney et Julie Dufour, et son collectif s’est amélioré d’année en année, tout en travaillant avec une continuité précieuse, estime Patrice Lair, ancien double champion d’Europe avec l’OL (2011 et 2012), et désormais entraîneur de Bordeaux. Mais ça manque selon moi de vitesse en défense. Sur la longueur de la Ligue des champions, ça sera difficile d’aller chercher le Barça et surtout l’OL, où c’est de la folie cette saison au niveau de la profondeur d’effectif. » D’ailleurs, malgré un début de saison idyllique dans les tours préliminaires européens, le Paris FC (actuel 2e de D1) a pris une énorme claque, le 5 novembre à domicile, contre les Lyonnaises (1-6).

Malgré cette leçon subie contre un OL plus conquérant que jamais en ce début de saison, le PFC peut bien figurer pour ses débuts européens, à en croire la défenseure Tess Laplacette, qui sort de trois années au club (de 2020 à 2023). « Quand on voit le recrutement estival, avec la Slovène Kaja Korosec au milieu et Julie Dufour (ex-Bordeaux) devant, il a été fait aux postes clés où il manquait du monde. Je n’ai donc pas été si surprise que ça par les qualifications contre Arsenal et Wolfsburg. La saison de Ligue des champions du PFC est d’ores et déjà réussie quelque part, donc ce sont plutôt Chelsea et le Real qui vont avoir peur d’affronter cette équipe qui a totalement ses chances pour sa première dans la compétition. »

« Juvisy ne pourrait désormais plus exister au haut niveau »

Mais est-ce totalement une première ? Il y a dix ans, avant d’être absorbé par le PFC de Pierre Ferracci (en 2017), le sextuple champion de France Juvisy avait signé la meilleure performance de son histoire sur la scène européenne, en atteignant le dernier carré de la Ligue des champions. La présidente Marie-Christine Terroni, tout comme Sandrine Soubeyrand (alors milieu de terrain et non coach), Gaëtane Thiney et Julie Soyer étaient déjà là. Sèchement battues en demi-finale par l’OL de Patrice Lair (0-3, 1-6), malgré un but d’une grande espoir, Kadidiatou Diani (alors âgée de 18 ans), les Franciliennes symbolisaient la réussite d’un football féminin amateur mais compétitif, avec des moyens bien inférieurs à ceux d’aujourd’hui.

« Dans l’ère actuelle d’une D1 professionnelle, Juvisy ne pourrait désormais plus exister au haut niveau sans le Paris FC, indique Patrice Lair. Il lui fallait se structurer professionnellement, avec l’accès au centre d’entraînement à Orly et au stade Charléty comme l’équipe masculine (en Ligue 2), et des moyens complètement différents, tout en s’adaptant aux projets professionnels et d’études hors football de ses joueuses. L’exemple PFC peut inspirer le football féminin français. » Surtout s’il s’accompagne d’une folle épopée dans cette Ligue des champions.

« Le PFC aime bien avoir des joueuses avec un double projet, c’est clairement la suite logique de la politique de Juvisy, précise Tess Laplacette, qui se consacrait à 100 % au football avant de filer cet été au Losc, promu en D1. Les filles qui composent cette équipe apprécient cette possibilité de ne pas avoir la tête qu’au foot. Après, je ne pense pas que ce soit la raison principale des bons résultats du PFC, car il n’y a selon moi rien de mieux que d’être destiné à 100 % au foot pour progresser. » »

La gratuité à Charléty ne peut pas s’appliquer en Ligue des champions

Au Losc, Tess a ainsi des séances d’entraînement doublées deux jours par semaine, ce que ne peut pas mettre en place le Paris FC, où il n’y a qu’une séance quotidienne placée en fin d’après-midi. Pour autant, le PFC compte déjà 12 points d’avance sur le promu lillois après sept journées de D1. Prochain défi pour les partenaires de Gaëtane Thiney : parvenir à mieux remplir un stade Charléty (19.000 places) qui va encore sonner creux ce mercredi contre Häcken, avec 3.000 spectateurs attendus.

NOTRE DOSSIER SUR LA LIGUE DES CHAMPIONS

A ce propos, l’UEFA n’accepte pas l’opération gratuité officiellement lancée par le Paris FC la semaine passée en Ligue 2 masculine et en D1 féminine, donc les places sont vendues entre 8 et 12 euros pour les trois rencontres de poule de C1. Des tarifs très raisonnables pour y découvrir la jeune star colombienne du Real Linda Caceido (le 14 décembre), la buteuse australienne de Chelsea Sam Kerr (le 30 janvier), et surtout ce petit poucet tricolore sans complexe qu’est le PFC.