Euro féminin : « On a tout pour réussir », assure Clara Matéo, le couteau suisse de l’équipe de France

INTERVIEW DU LUNDI Clara Matéo, attaquante ou milieu de terrain des Bleues, estime que l’équipe de France a toutes les armes pour gagner enfin un titre majeur lors de l’Euro anglais, du 6 au 31 juillet

Propos recueillis par Nicolas Stival
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Clara Mateo a inscrit un but et donné une passe décisive à Sandie Toletti lors du large succès sur le Vietnam, le 1er juillet 2022 à Orléans.
Clara Mateo a inscrit un but et donné une passe décisive à Sandie Toletti lors du large succès sur le Vietnam, le 1er juillet 2022 à Orléans. — Franck Fife / AFP
  • Chaque lundi, 20 Minutes donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu. Cette semaine, place à la footballeuse Clara Matéo.
  • L’attaquante du Paris FC va disputer l’Euro en Angleterre avec l’équipe de France. Les Bleues entreront en lice dimanche contre l’Italie.
  • A côté de sa carrière de sportive de haut niveau, la jeune femme de 24 ans est aussi ingénieure.

A l'occasion du début du championnat d'Europe, le 6 juillet en Angleterre, nous vous proposons une série d'articles consacrée au football féminin. Ce lundi, le premier volet prend la forme d'une interview. Clara Matéo, milieu de terrain ou attaquante de l'équipe de France, affiche les ambitions des Bleues et nous parle du métier d'ingénieure qu'elle exerce en parallèle de sa carrière. 

Petit à petit, Clara Matéo fait son trou en équipe de France. Contre le Cameroun (4-0) puis le Vietnam (7-0), l'habituelle attaquante de 24 ans a débuté comme milieu relayeuse et a brillé. Même si l’adversité rencontrée lors de ces matchs de préparation n’a rien à voir avec celle qui attend l’équipe de Corinne Diacre lors de l'Euro en Angleterre.

La joueuse du Paris FC a inscrit son deuxième but avec les Bleues et signé une passe décisive vendredi à Orléans face aux Vietnamiennes, pour sa 12e sélection. De quoi aborder gonflée à bloc le premier match de poule contre l'Italie, dimanche à Roterham.


La Nantaise d’origine, arrivée en région parisienne en 2016 depuis La Roche-sur-Yon, espère rentrer en France avec un trophée qui serait le premier de la sélection féminine dans une compétition majeure. Elle pourrait alors retrouver son quotidien, presque unique à très haut niveau, partagé entre le foot et son métier d’ingénieure.

Corinne Diacre a été claire lorsqu’elle a annoncé le groupe de 23 joueuses pour l’Euro. Elle a donné rendez-vous à Wembley pour la finale, afin d’essayer de décrocher enfin un titre. Est-ce que vous en entendez parler tous les jours ?

Non. Nous savons toutes ce que nous avons à faire. Nous sommes focus sur la préparation pour être prêtes le jour J. On ne va pas brûler les étapes. Notre objectif est d’aller au bout, nous avons toutes ça dans un coin de notre tête.

Depuis plusieurs années, l’équipe de France est classée parmi les meilleures équipes mondiales (elle est actuellement 3e). Malgré tout, elle n’a jamais remporté de compétitions majeures et n’a même jamais dépassé les quarts d’un Euro…

Oui, ce qui nous manque, c’est un titre. On sait que le chemin va être long. Toutes les équipes voudront soulever cette Coupe. Mais nous avons de très bonnes joueuses, un groupe solidaire. On a tout pour réussir.

Lors du match de préparation à l'Euro contre le Cameroun, le 25 juin 2022 à Beauvais.
Lors du match de préparation à l'Euro contre le Cameroun, le 25 juin 2022 à Beauvais. - J.E.E / Sipa

Quel regard portez-vous sur les adversaires du premier tour ?

Cela va être intéressant, avec des équipes au profil de jeu différent les uns des autres. L’Islande, par exemple, ça va être un match avec un peu plus de combativité dans les duels. La Belgique et l’Italie sont quant à elles des sélections en nette progression. C’est normal car le football féminin se développe, en France comme ailleurs.

On a beaucoup parlé de football féminin cette saison, mais pas uniquement côté terrain. Quelle est l’ambiance dans le groupe ?

Comme je l’ai déjà dit, on est un super groupe de joueuses, on s’entend toutes très bien en dehors du terrain. Il n’y a plus qu’à montrer que cette ambiance se ressent en match.

Il y a deux géants dans le foot français féminin, l’OL et le PSG. Comment cela se passe-t-il quand on arrive en Bleu et qu’on vient d’un autre club ?

Très bien. J’ai tout de suite été très bien intégrée. Il y a pas mal de filles que j’avais déjà côtoyées en sélections de jeunes. Et puis, ça fait quelques années que je joue en D1, donc j’ai l’habitude de rencontrer les joueuses chaque week-end.

Lors d'OL - PFC, le 8 mai 2022 en D1.
Lors d'OL - PFC, le 8 mai 2022 en D1. - Lyubomir Domozetski / SPP / Shutterstock / Sipa

Dans l’équipe type de la saison de D1, vous êtes la seule à ne pas jouer au PSG ou à l’OL. Est-ce une fierté ?

Oui, forcément. Cela récompense une très bonne saison du Paris FC (troisième du championnat). J’ai pu y contribuer grâce à mes performances mais sans mes coéquipières, je ne serais rien. C’est mon nom qui ressort mais c’est vraiment le collectif qui a primé tout au long de l’année.

Vous avez déjà gagné un Euro avec les U19 et disputé une finale de Coupe du monde avec les U20, les deux fois en 2016. Qu’est-ce que vous attendez de cette première phase finale avec les A ?

J’ai eu l’opportunité d’être championne d’Europe chez les jeunes, mais le niveau en A est tout autre. Je veux continuer à prendre de l’expérience. Je suis relativement polyvalente donc peu importe le rôle que l’on peut me donner, que je sois titulaire ou amenée à rentrer. Je jouerai ma carte à fond, pour que le collectif aille au bout.

Vous êtes pluriactive, ingénieure chez Arkema. Avez-vous posé des congés pour préparer et disputer l’Euro ?

J’ai un contrat à 40 % au sein d’Arkema. C’est vraiment une relation de confiance. C’est très modulable et adapté à mon double projet. L’idée, c’est que lors des temps forts sportifs, on soit sur des temps faibles professionnels, et vice-versa. Mes collègues sont à fond derrière moi, j’ai pas mal échangé avec eux. Dans ces moments-là, ce sont eux qui prennent le relais sur mes différents projets ou dossiers.

Clara Matéo a inscrit son premier but en équipe de France lors de sa deuxième sélection, contre le Kazakhstan (12-0) le 1er décembre 2020 à Vannes.
Clara Matéo a inscrit son premier but en équipe de France lors de sa deuxième sélection, contre le Kazakhstan (12-0) le 1er décembre 2020 à Vannes. - Damien Meyer / AFP

Quelle est votre activité exacte ?

L’intitulé de mon poste, c’est « business développeur » sur le marché du sport, de l’« eyewear » – les lunettes – et du luxe. Mon entreprise (par ailleurs sponsor de la D1 féminine) est une entreprise de chimie qui fournit la matière première à différents clients. Je vais les accompagner dans leurs recherches pour un besoin précis. Par exemple, dans les chaussures de football comme dans celle de « running », on va retrouver des matériaux Arkema dans les semelles. Les clients finaux sont de très grosses marques et on peut retrouver des matériaux dans tous les objets du quotidien.

Êtes-vous la seule pluriactive en équipe de France ? Et en club ?

En équipe de France, oui. Mais pas en club. Le Paris FC encourage justement les joueuses à faire quelque chose à côté du foot. Pas mal sont encore étudiantes et d’autres travaillent. L’idée, c’est quand même de pouvoir être performantes sur le plan sportif, donc qu’il y ait un aménagement pour permettre la pratique du foot.

N’avez-vous jamais eu de mal à concilier sport et études puis travail ?

Il y a forcément eu des périodes plus difficiles. Mais j’ai toujours été bien entourée, même durant mes études. Tout au long de ma scolarité, on a toujours bien compris mon double projet. J’ai réussi à tout valider, à suivre le cursus normal, mais j’aurais eu la possibilité d’étaler mes années. On a toujours essayé de trouver des solutions pour aménager mon emploi du temps au mieux.

Quelles études avez-vous suivies ?

Après mon bac, j’ai fait un DUT en sciences et génie des matériaux sur deux ans, puis j’ai intégré une école d’ingénieurs à Orsay (Essonne) pendant trois ans.

Est-ce que vous aimeriez passer complètement pro quelques années avant de revenir à votre travail d’ingénieure ?

L’idée c’est qu’une fois ma carrière sportive terminée, je me consacre à 100 % à mon métier. Mais aujourd’hui, je me considère comme professionnelle à temps plein. Seulement, pendant mon temps libre, plutôt que de regarder une série – même si ça m’arrive de le faire – je vais travailler. J’optimise le temps. J’ai trouvé un équilibre. Je ne sais pas de quoi demain sera fait. L’après-carrière pour moi, c’est important, et cette situation me permet d’être bien dans la tête.