Football féminin : Après la Coupe du monde, les demandes d’inscriptions « explosent » dans ce club de Lyon
Reportage•Au FC Gerland, club qui a vu éclore Selma Bacha, les dirigeants font face à un « énorme engouement ». Ils ont dû refuser « 50 personnes » cette saisonElise Martin
L'essentiel
- Cet été, des millions de spectateurs ont suivi la Coupe du monde de football féminine qui se déroulait en Australie et en Nouvelle-Zélande.
- 20 Minutes s’est alors interrogé sur un éventuel « effet Coupe du monde » auprès des clubs féminins.
- Au FC Gerland, club de Lyon qui a vu éclore Selma Becha, la tendance est confirmée. Les demandes d’inscriptions en début de saison se sont envolées, au point de devoir refuser « 50 personnes ».
Crampons aux pieds, short et maillot enfilés, Hajar frappe en visant le but. Tous les lundis et mercredis soir, cette jeune Lyonnaise s’entraîne avec l’équipe des U13 du FC Gerland. Et le week-end, place aux matchs ! C’est sa première année dans un club de football. « La Coupe du monde m’a donné envie de me lancer », confie-t-elle. Et ce n’est pas par hasard qu’elle a choisi ce club-là : « Mon rêve, c’est de faire comme Selma Bacha », lance-t-elle avec un grand sourire.
Quinze ans avant elle, la défenseuse de l’équipe de France a frôlé la même pelouse. D’ailleurs, son nom est partout. Que ce soit sur les lèvres de toutes les joueuses et joueurs ou même, accroché aux murs. Celle qui a brillé lors de la dernière Coupe du monde est la marraine du club.
« Elle habitait juste là », indique Najib Maaref, président du FC Gerland, montrant un immeuble près des terrains. « On jouait ensemble quand on était petit », se souvient-il. Alors, en 2018, quand il reprend la direction de l’association sportive, il crée directement une section féminine [le club existe depuis 1938]. « C’était hyper important pour moi. On a quand même une grande championne qui vient du quartier, notre ville a la meilleure équipe du monde [l’OL], la question c’était plutôt : pourquoi il n’y en avait pas avant », s’interroge-t-il.
Un « énorme engouement » de la part des filles et des femmes
Depuis, Najib Maaref constate « un énorme engouement » de la part des jeunes filles et femmes. « En quatre saisons, on est passé de rien à une équipe par catégorie d’âges, de 5 ans aux séniors, avec certains effectifs qui vont jusqu’à 27 ou même 35 joueuses », développe-t-il. Selon lui, la « notoriété » du club joue beaucoup, d’autant plus qu’il est le seul du quartier. « Et puis, contrairement à d’autres, on soutient vraiment le développement du football féminin, ajoute-t-il. La licence est moins chère que pour les garçons mais les entraînements sont les mêmes, les équipements aussi tout comme les exigences. D’ailleurs, notre coach le plus formé entraîne les filles ! »
« Mais cette saison, c’est assez exceptionnel, remarque Christine Lagrange, responsable de la section féminine. Le fait que Selma soit passée par le FC Gerland a forcément eu une influence sur les inscriptions. D’autant plus, qu’avant la Coupe du monde, toutes les joueuses sélectionnées ont posé avec le maillot de leur premier club. Ça nous a fait un petit coup de pub. Avant l’événement, on n’avait pas autant de demandes. Cette année, on a déjà dû refuser 50 personnes. » D’après elle, en plus de cette mise en lumière sur les réseaux sociaux, « les performances des joueuses de Lyon » ont forcément poussé des jeunes à se lancer.
Avoir des modèles
« Pour les petites, ça compte beaucoup, affirme Laetitia, coach des U11 et goal de l’équipe sénior. Avoir des modèles féminins, diffusés sur les grandes chaînes, avec des millions de personnes qui les supportent [5,7 millions de téléspectateurs lors du match contre l’Australie], ça leur montre que c’est possible de faire du foot, même si on est une fille. Ce n’était pas comme ça quand j’ai commencé, il y a vingt-six ans ». Et d’ajouter : « En plus de ces événements médiatisés, on sous-estime beaucoup le rôle du bouche-à-oreille. Ma fille a voulu intégrer l’équipe parce que l’une de ses camarades de classe lui a dit qu’elle en faisait et que l’ambiance était super. »
Et une fois sur le terrain du FC Gerland, les joueuses confirment. Elles ne rêvent pas toutes d’une carrière internationale mais simplement « de jouer au foot sans qu’on leur reproche d’être une fille », lance Louise, 12 ans. Celle qui tape dans la balle depuis toujours, d’après « ses premiers souvenirs », s’estime d’ailleurs chanceuse. Elle n’a pas eu à essuyer des remarques dans la cour de récréation ou de refus de ses parents.
« On avance doucement mais il y a encore beaucoup à faire », soulève Laetitia, faisant ainsi référence à l’agression sexuelle de la joueuse espagnole Jennifer Hermoso après le sacre mondial de la « Roja » féminine.
Au total, sur 700 inscrits au FC Gerland, 130 font partie de la section féminine. « On pourrait atteindre le même nombre de licenciées que chez les garçons si on nous donnait des créneaux », glisse le président, en direction de la mairie. Il aimerait aussi que la municipalité « tienne ses promesses ». La nouvelle équipe lui avait affirmé [avant les élections de 2020] que le club aurait de nouveaux locaux. Car depuis 2019, ils sont dans des préfabriqués. « On réclame au moins de nouveaux sanitaires pour qu’il y en ait un spécialement pour nos féminines, souffle-t-il. Là, on a honte pour elles… Ça aussi, ça fait partie d’un engagement pour le développement du sport féminin ! »


















