Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
A quoi va ressembler le périple européen du Losc aux Iles Féroé ?

Klaksvik-Losc : Aéroport flippant, vent violent et une terreur d’attaquant, il s’annonce bien ce périple aux Iles Féroé ?

FOOTBALLPour la première fois de son histoire, le petit archipel de 53.000 habitants accueille ce jeudi (18h45) un match de poule de Coupe d'Europe, en l’occurrence la Ligue Europa Conférence contre Lille
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Le Losc va disputer, ce jeudi (18h45) en Ligue Europa Conférence, un match européen pour le moins inattendu contre le KI Klaksvik, champion en titre des Iles Féroé.
  • Ce club qui ne compte que huit joueurs professionnels a créé la sensation cet été en restant longtemps en lice pour une qualification en phase de groupe de la Ligue des champions.
  • 20 Minutes vous plonge dans cet endroit considéré comme « au bout du monde », entre l’Islande, l’Ecosse et la Norvège. Entre piste d’atterrissage « folklorique », terrains synthétiques et moutons en pagaille, le vent de fraîcheur est garanti en plein football de 2.

Sans notre appel mardi, Olivier Brochard prévoyait de prendre place ce jeudi (18h45) au stade Djupumyra de Klaksvik. Ce Lillois de 59 ans, qui fait partie des 70 supporteurs nordistes lancés dans un drôle de périple aux Iles Féroé, nous doit une fière chandelle. Il ignorait en effet que cette enceinte n’est pas homologuée par l’UEFA pour une phase de groupe. Le rendez-vous le plus improbable de l’histoire européenne du Losc aura donc lieu au stade Torsvollur de Torshavn, la capitale de cet archipel de 18 îles rocheuses volcaniques situées entre l’Islande, l’Ecosse et la Norvège. « Je suis à l’affût de ces déplacements énigmatiques, sourit celui qui avait réservé ses billets d’avion pour Rijeka lors du barrage de Ligue Europa Conférence, avant même la qualification du club croate. Grâce au football, je vais voir une des merveilles du monde. »

A savoir une terre d’évasion de seulement 53.000 habitants (et davantage de moutons) en plein océan Atlantique Nord, perçue comme encore plus sauvage que la sublime Islande. C’est pourquoi certains suiveurs du Losc ont bondi sur cette opportunité de voyager dans la 125e nation au classement Fifa, et ce même s’il fallait poser entre 300 et 500 euros rien que pour un vol jusqu’à Vagar, l’unique aéroport des Iles Féroé. L’atterrissage, sur « une piste très spécifique » (comprendre très courte), a justement poussé le club lillois à changer ses plans habituels en optant pour un vol charter avec la compagnie Atlantic Airways et un pilote habitué à des manœuvres atypiques.

« C’est folklorique au décollage et carrément flippant à l’atterrissage »

Le premier souvenir bien ancré dans les mémoires en France concernant les Iles Féroé reste l’avant-match épique d’un match de qualification pour l’Euro 2008 à Torshavn. Huit joueurs des Bleus avaient déjà dû patienter un jour de plus que prévu pour pouvoir quitter l’archipel en septembre 2004 (0-2), en raison d’un infernal brouillard. Mais là, en octobre 2007, c’est toute l’équipe qui a dû passer onze heures dans l’avion, avec au menu escales à Aberdeen (Ecosse) puis à Bergen (Norvège), à cause de pluie givrante, de vent et de brouillard retardant à plusieurs reprises l’atterrissage.

On l'avoue : on a envisagé vous proposer une quinzaine de photos de l'incroyable stade Djupumyra de Klaksvik, que ne découvrira donc (malheureusement) pas le Losc ce jeudi.
On l'avoue : on a envisagé vous proposer une quinzaine de photos de l'incroyable stade Djupumyra de Klaksvik, que ne découvrira donc (malheureusement) pas le Losc ce jeudi. - KI Klaksvik

Le dénouement, « musclé », quelques heures avant le coup d’envoi de la rencontre, n’avait pas empêché les joueurs de Raymond Domenech de nettement l’emporter (0-6). Mais il avait sacrément marqué l’équipe de France, comme nous le raconte François Manardo, chef de presse auprès de la FFF lors du voyage aux Iles Féroé en août 2009, avec un court succès à la clé (0-1).

« Même quand ça se passe bien, c’est folklorique au décollage et carrément flippant à l’atterrissage. J’ai énormément voyagé sans avoir peur en avion mais je ne pourrai jamais oublier ce moment : je ne pouvais pas du tout voir la piste et j’ai eu le sentiment qu’on allait s’encastrer dans la montagne. Comme tout le monde avait 2007 en tête, je peux vous dire que personne n’osait faire la moindre blague, il n’y avait pas un bruit dans l’avion. » »

Une ville de 5.000 habitants terrasse le champion de Hongrie puis de Suède

Son actuelle homologue du côté du club de Klaksvik, Solby Christiansdottir, tient à rassurer les curieux envisageant une escapade féroïenne : « Il y a depuis eu beaucoup d’améliorations au niveau de l’aéroport et de la piste d’atterrissage qui a été rallongée. Mais un vol vers les Féroé reste toujours une expérience unique, entre le vent et les montagnes. On prévient toujours nos adversaires que les conditions météo sont très instables ici et que le vol peut être reporté à cause du brouillard. Mais ça n’est pas arrivé cet été ». Un été durant lequel ni Ferencvaros (tombeur de l’AS Monaco en Ligue Europa la saison passée), ni le BK Häken, ni Molde, ni le Sheriff Tiraspol n’est parvenu à l’emporter aux Iles Féroé dans les différents tours préliminaires européens. Une bluffante invincibilité qui a permis aux joueurs du Norvégien Magne Hoseth d’entrevoir le rêve fou de rejoindre les poules de Ligue des champions.

« Eliminer le champion de Hongrie puis de Suède, ça a été le résultat le plus inattendu de l’histoire des qualifications de C1, et nos joueurs étaient les premiers surpris, confie Solby Christiansdottir. Jamais le club d’une ville de 5.000 habitants en plein océan n’aurait dû vivre ça, c’était totalement insensé. On a eu des sollicitations médiatiques du monde entier, d’Inde, de Chine, du Brésil, la BBC, Der Spiegel… » Car oui, alors que le championnat saoudien faisait les gros titres cet été à coups de salaires ridiculisant les standards des grands championnats européens, la caution fraîcheur du ballon rond se tenait dans ce mystérieux territoire rattaché au Danemark, qui arrachait sa première participation à la phase de groupe d’une Coupe d'Europe.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Un gardien utilisé en D1 féroïenne… à 49 ans !

Soit un exploit à la hauteur des succès de l’équipe nationale contre la Grèce (0-1 et 2-1) en 2014-2015 et face à la Turquie (2-1) en 2022. Surtout que l’effectif du KI Klaksvik ne compte que huit joueurs professionnels. Même l’actuel meilleur buteur de la Ligue des champions, Arni Frederiksberg (6 buts lors des 6 matchs de qualification disputés cet été) est le plus clair de son temps PDG d’une société d'import de produits alimentaires. On compte également des électriciens, des charpentiers et des auxiliaires de puériculture dans cette équipe où les salaires via le football vont de 1.000 à 2.000 euros.

Le KI Klaksvik (moins d'1 M€ de budget), c’est aussi des entrées au stade gratuites pour les moins de 16 ans, une partie du millier de supporteurs en moyenne qui s’installe le long de la main courante, et un gardien hongrois (Geza Turi) qui a disputé en mai un match de D1… à 49 ans, un record en Europe. Comment dit-on « football vrai » en féroïen ? Finalement, ce match historique de Ligue Europa Conférence a-t-il tout du fameux match piège, type 32e de finale de Coupe de France sur un terrain amateur ?

« J’avais tellement froid que je ne sentais plus mon corps »

A écouter Paulo Fonseca, cette dimension tient surtout dans la présence à Torshavn d’un terrain synthétique, ce qui le pousse à envisager un important turnover dans son effectif, à trois jours du derby à Lens. Au vu de la rude météo dans l’archipel, tous les clubs féroïens ont opté pour cette surface interdite par la LFP depuis 2017. « Ces synthétiques sont usés et c’est compliqué de s’adapter pour bien maîtriser le ballon, prévient l’Ivoirien Luc Kassi, qui devrait évoluer en attaque ce jeudi avec Klaksvik. Mais notre principal avantage, c’est qu’on est à la fin de notre saison ici. On a senti qu’on était bien plus en jambes que nos adversaires cet été. »

A quand l'élection du plus beau spot de stade au monde ? S'il n'est pas homologué pour une phase de poule européenne, le stade Djupumyra de Klaksvik (4.000 places) vend sacrément du rêve, entouré de montagnes et de l'océan.
A quand l'élection du plus beau spot de stade au monde ? S'il n'est pas homologué pour une phase de poule européenne, le stade Djupumyra de Klaksvik (4.000 places) vend sacrément du rêve, entouré de montagnes et de l'océan. - KI Klaksvik

Officiellement champion dimanche pour la 21e fois de son histoire à trois journées de la fin, le KI Klaksvik sait aussi profiter de son habitude à ce fameux climat où vent et pluie offrent un délicieux cocktail, avec une tradition des « quatre saisons dans la même journée ». Les Lillois viennent ainsi de subir un -12°C en arrivant mercredi aux Féroé par rapport à la France.

« J’ai vécu un paquet de matchs arrêtés à cause du vent car le gardien ne pouvait par exemple pas tirer son six mètres tant le ballon bougeait, indique l’ancien défenseur sénégalais Ndende Adama Gueye, qui vient d’achever une carrière de quinze années en D1 féroïenne. Pour mon premier match amical contre Klaksvik, en janvier 2008, j’ai demandé à sortir après 15 minutes de jeu. J’avais tellement froid que je ne sentais plus mon corps, j’étais choqué. » »

« Les joueurs ont passé toute la traversée à vomir »

Présent seulement depuis huit mois à Klaksvik, après dix saisons à Stabaek, Luc Kassi complète : « Ce climat ne m’incite pas à sortir en dehors des entraînements. Je vais à la salle de muscu et c’est tout. Il n’y a pas grand-chose à faire ici et je m’ennuie tellement la vie y est tranquille. On est un peu au bout du monde aux Féroé ». Solby Christiansdottir reconnaît « un choc climatique » pour chaque club visiteur : « Quand on a droit à 15°C l’été, c’est déjà la fête ». Les Iles Féroé dernier bastion imprenable contre le réchauffement climatique ? A écouter tous nos témoins vivant là-bas, ce Klaksvik-Losc ne pourra néanmoins pas lutter avec LA référence absolue des traquenards dans un spot à macareux et aurores boréales.

Le polyvalent milieu offensif Luc Kassi (à droite) vit sa première saison avec Klaksvik.
Le polyvalent milieu offensif Luc Kassi (à droite) vit sa première saison avec Klaksvik. - KI Klaksvik

Il faudra d’ailleurs s’accrocher pour dépasser un jour le scénario des quelques heures précédant le tour préliminaire de Coupe d’Europe de handball (EHF) entre L’IVB Vestmannaeyjar et le Pays d’Aix UC, en octobre 2018. Cinq ans plus tard, l’ancien capitaine des « Experts » Jérôme Fernandez, alors entraîneur du PAUC, n’a rien oublié de ce rocambolesque déplacement sur les Iles Vestmann, au large de l’Islande : « Le matin du match, le club de Vestmannaeyjar nous avait conseillé de prendre un car pour rejoindre un port et prendre un ferry pour 40 minutes de traversée. Mais comme l’océan était agité, il a fallu se rendre dans un autre port pour une traversée qui allait cette fois durer plus de trois heures. Après cinq minutes, j’ai vu une dizaine de joueurs avoir un visage livide, et passer toute la traversée à vomir. »

Aix-en-Provence s’est vengé au retour

Le groupe aixois est arrivé tant bien que mal, 1h30 avant le coup d’envoi de ce match clé. Et évidemment avec aucun joueur à 100 % au terme de cette galère. « J’ai essayé de coacher pour gérer l’écart, et pas forcément pour gagner, vu qu’il y avait un match retour en France, raconte Jérôme Fernandez. J’ai dû faire énormément de changements tellement les gars étaient sans énergie. » Finalement battu 24-23, le PAUC rattrapera sans souci ce retard au retour face à ce modeste adversaire (36-25), non sans une vengeance bien sentie.

« Le pire, c’est qu’à la fin du match en Islande, notre manager a appris qu’il existait un avion qui permettait de rentrer à Reykjavik en vingt minutes, ce que les dirigeants d’en face s’étaient bien gardés de nous dire. Donc au retour, on a demandé à cette équipe d’atterrir à Lyon et non à Marseille, puis le chauffeur du car avait pour consigne de ne prendre que des petites routes, pour un transport de cinq heures au final jusqu’à Aix », se marre Jérôme Fernandez. Comme quoi, même Aix-en-Provence peut avoir un air de « bout du monde ».