Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Donnarumma « ne sera jamais Ter Stegen » mais peut-on sauver son jeu au pied ?

Newcastle-PSG : Donnarumma « ne sera jamais Ter Stegen », mais peut-on sauver le jeu au pied du gardien italien ?

FOOTBALLGianluigi Donnarumma n’a toujours pas réussi à gommer les défauts de son jeu au pied, un an et demi après le naufrage du Bernabeu. Son mal est-il curable ?
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Gigio Donnarumma, s'il est souvent excellent sur sa ligne, fait souvent passer des frissons de peur quand il doit relancer un ballon au pied.
  • Une faiblesse particulièrement visible lors des grands match européens, sur laquelle le gardien italien ne semble pas progresser depuis son fail face à Benzema, en 2022.

De notre envoyé spécial à Newcastle,

La peur est née un soir de 2022 à Madrid dans les pieds de Gianluigi Donnarumma. Paris s’enivre du parfum des quarts de finale de Ligue des champions et fait tourner le ballon jusqu’au gardien, en oubliant que celui-ci n’était pas très copain avec. Il y a de la marge entre Benzema et l’Italien, la place pour une passe pour Hakimi ou au pire un jeu long, mais Gigio bégaye et laisse au Français le soin d’ouvrir une faille spatio-temporelle. Le gardien de but a beau crier à l’injustice, à la faute, à l’arbitrage, à ceci, à cela, au plus profond de lui, il se sait coupable. La perte totale de confiance des mois suivants en témoignera.

Depuis, Donnarumma a réappris à relancer au pied. On l’a même vu réussir un ou deux crochets et effleurer le niveau qui fut le sien à l’Euro 2021. Mais de manière générale, il navigue entre le bon et le bof : en ce moment, c’est plutôt excellent sur la ligne. Mais il ne se passe jamais un match sans séquence d’apnée pour les supporters parisiens sur une passe en retrait ou un contrôle de niveau National 3. « Je continue de travailler mon jeu au pied », souriait-il au micro de Free après la récente victoire face à Lens. Ça ne suffit pas toujours. De mémoire, contre Nice (défaite 2-3) il avait conclu un premier quart d’heure apocalyptique par une quasi passe décisive pour Gaëtan Laborde que n’importe quel attaquant de niveau Ligue des champions aurait poussée dans les filets.

Luis Enrique défend Donnarumma

Il y a un dénominateur commun entre chacune des actions fébriles : le pressing. Gigio y est allergique Et contre Newcastle, mercredi soir, dans un St James Park gonflé par 20 ans sans Ligue des champions, on est en droit d’imaginer que le géant souffrira de ses manques balle aux pieds contre les morts de faim en noir et blanc. Mais ne comptez pas pour Luis Enrique pour le descendre en public. On a fait le test en conférence de presse : moyennement concluant.

«  Tous les gardiens du monde souffrent contre une équipe qui presse, déclare l’Espagnol, un brin protecteur. Tous. Pas seulement Gigio Donnarumma. Nous travaillons la phase de relance face au pressing adverse toutes les semaines, quel que soit l’adversaire. C’est évident qu’en face Newcastle est une équipe difficile à jouer, résultats à l’appui. On les affrontera avec notre identité et notre philosophie comme on le fait chaque semaine. Nous travaillons sur ce point chaque semaine en tout cas. » »

Une réponse un poil décevante, il ne s’agissait pas tant de lyncher Donnarumma gratuitement, que d’interroger sa compatibilité avec un football d’hyper possession relativement exigeant techniquement pour les gardiens et d’explorer des pistes pour améliorer sa relance. Comme, au hasard, demander plus de soutien de la part de ses coéquipiers. Car, aussi pataud soit-il, l’Italien est rarement aidé par ses défenseurs quand il se noie devant ses buts. « Les défenseurs doivent savoir s’adapter aux défauts de leur partenaire et le mettre dans le plus grand confort possible, en évitant de lui envoyer des saucisses, par exemple, analyse l’ancien gardien de l’OL, Nicolas Puydebois. Mais il doit progresser. Quand on est gardien de très haut niveau le jeu au pied est un aspect sur lequel il faut progresser. » Et là, il n’y a plus de secret. Qu’on ait 5, 10, 15 ou 45 ans, il faut travailler ses gammes comme un boxeur jusqu’à ce que ça rentre dans le ciboulot.

Problème de hanche et de coordination

Interrogé sur la question par Eurosport, l’ancien entraîneur des gardiens de Chelsea, Christophe Lollichon, suggérait ainsi de le faire s’entraîner « au cœur du jeu, au milieu des joueurs en étant mis sous pression dans des jeux de conservation. » Et si ça ne tenait qu’à nous, le Gigio, on le collerait face à un mur pendant une heure chaque matin à faire des passes en une ou deux touches. Pied droit, pied gauche, pied droit… Nicolas Puydebois : « effectivement, il n’y a que la répétition de ces gestes pour le faire progresser. Mais malheureusement, quand on joue tous les trois jours, on n’a pratiquement pas le temps de travailler spécifiquement. La palette du gardien est tellement large qu’il reste très peu de temps pour bosser le jeu au pied. » On dit pas merci aux calendriers infernaux de l’UEFA et de la Fifa, encore que, la Coupe du monde ne concerne plus vraiment l’Italie mais bref, on s’égare.

L’aspect tactico-technico-mental évacué, il reste un dernier point pour expliquer la marge de progression limitée de Donnarumma avec ses pieds. Sa morphologie. 1m96 pour 90kg, on vous fait pas le dessin, les gardiens de son envergure sont rarement des danseurs de ballet (Neuer ne compte pas, c’était un cyborg à son apogée). Christophe Lollichon, avait même diagnostiqué un problème de hanche au Parisien. « Il a un problème sur son pied gauche, un blocage au niveau de la hanche. Les équipes adverses le savent, il est mis sous pression. Le manque de maîtrise et de fluidité apparaît alors directement. »

« Il a quand même une marge de progression par rapport à ce qu’il montre, tempère Puydebois. Par exemple, son gabarit ne l’empêche pas de plonger très vite au sol, c’est sa grande qualité. Au très haut niveau on a tendance à dire qu’il faut accentuer ses qualités et limiter ses points faibles. Il doit continuer à être encore très fort sur sa ligne tout en limitant la casse sur son jeu au pied. Tout en sachant qu’il ne deviendra jamais Ederson ou Ter Stegen. » Luis Enrique pourra nous faire croire ce qu’il voudra, ça reste un facteur limitant dans un football moderne à 11 tripoteurs de baballe.