Arbitrage : « Pour l’image du foot, il doit y avoir une amélioration », s’engage Mickaël Landreau
LIGUE 1•L’ancien gardien occupe depuis le début de la saison le poste de « conseiller sportif pour la préparation tactique et technique des arbitres de Ligue 1 »Propos recueillis par Nicolas Camus
L'essentiel
- La nouvelle avait surpris, début juillet : Mickaël Landreau a été embauché par la FFF pour devenir « conseiller sportif pour la préparation tactique et technique des arbitres de Ligue 1 ».
- Après avoir pris ses marques pendant l’été, l’ancien gardien aux 618 matchs dans l’élite a participé mardi à la présentation par le directeur des arbitres Antony Gautier des grandes priorités pour cette saison.
- Après la réunion, il a pris le temps devant plusieurs médias, dont « 20 Minutes », d’expliquer ce qui l’a poussé à accepter ce challenge et s’engager sur ce sujet très exposé aux polémiques.
C’est une belle prise pour l’arbitrage français, un nom qui parle à tout le monde dans le milieu et dont la présence pourrait s’avérer bien utile en cas de turbulences, ce manque rarement d’arriver sur le sujet. Nommé début juillet « conseiller sportif pour la préparation tactique et technique des arbitres de Ligue 1 », Mickaël Landreau a effectué sa rentrée médiatique dans ce nouveau rôle mardi, au siège de la FFF. L’occasion pour celui qui pourra également faire office de porte-parole des « hommes en noir » (désormais en jaune et ne sont plus uniquement des hommes) d’expliquer ce qui l’a poussé à accepter ce challenge.
Prestataire de service indépendant auprès de la FFF, le recordman du nombre de matchs joués en Ligue 1 (618 entre 1996 et 2014) continuera à exercer son rôle de consultant pour Canal +. Il interviendra principalement lors des stages mensuels organisés à Clairefontaine, comme lors de cette trêve internationale. Landreau veut aider à normaliser les relations entre les officiels et ceux qu’ils dirigent.
En quoi l’arbitrage est un sujet qui vous tient à cœur ?
Ça a commencé par mon père, que j’ai vu pendant 10 ans faire l’arbitre de touche en tant que bénévole. Il n’aimait pas les injustices, et que ce soit à sa défense ou pas, s’il estimait qu’il y avait hors-jeu ou pas, il le faisait avec une vraie personnalité. Bon, il se trompait souvent (sourire). Les clubs amateurs, c’est là où les mains courantes sont proches, donc tu entends et tu vois aussi les interactions avec les supporters. Et ensuite, il y a ma carrière de joueur, capitaine, où j’ai toujours eu tout une relation de compréhension. Comme je savais qu’on allait revoir les arbitres plein de fois, il valait mieux être fiable et fidèle sur la durée pour pouvoir avoir une bonne relation.
J’ai moins aimé ma relation et mon comportement en tant qu’entraîneur de Lorient (2017-2019), elle n’était pas saine. Je l’ai fait parce que mes joueurs me l’avaient demandé, ils sentaient ce besoin, et c’est pour ça que quand l’année dernière il y a eu toute cette médiatisation autour de l’arbitrage et des conflits, je trouvais intéressant de participer à ce souci d'ouverture. Parce que les joueurs et l’arbitre jouent ensemble sur le terrain.
L’arbitrage est sujet à polémiques. Vous n’avez pas d’appréhension à vous retrouver au milieu de tout ça ?
Moi je suis là pour servir les arbitres. Après, l’image, ce n’est pas ça qui me fait vivre tous les jours, franchement. Ce qui me plaît c’est me dire que pour l’image du foot, il doit y avoir une amélioration, et comment ma présence permet à un arbitre de continuer à se développer, à se sentir entouré, et de se dire qu’il y a aussi une équipe autour de lui. C’est ça qui me porte.
Comment vous êtes-vous retrouvé à ce poste ?
Ça s’est fait par une ou deux relations. J’ai échangé avec Claude Colombo (ancien arbitre international), et puis les arbitres ont commencé à travailler avec la cellule recherche et développement de la Fédération, avec qui j’échangeais aussi, ça nous a connectés avec Anthony Gautier (le directeur des arbitres). Pendant deux mois, on a échangé sur ce qu’on pouvait apporter, sur ce dont Anthony pouvait avoir besoin. Mais on n’a rien dit à personne, seul le président Philippe Diallo savait. Ce qui est rare dans le monde du foot, c’est qu’il n’y a pas eu de fuite. C'était important, dans la confiance qu’on avait instaurée avec Anthony, de pouvoir compter sur cette fiabilité-là. On est dans un secteur où elle essentielle. On a parlé de transparence, et ça a permis aussi de poser des bases intéressantes sur le plan humain.
Vous serez bien porte-parole des arbitres, et non porte-parole des joueurs auprès des arbitres ? Parce qu’on va imaginer Mickaël Landreau proche des joueurs…
C’est la définition du poste qui est comme ça, mais c’est plus sous forme d’équipe qu’il faut le voir que sous forme de vrai poste. Evidemment que j’ai déjà eu des échanges avec des entraîneurs et des joueurs, parce que ça permet de mieux comprendre ce qui se passe. Et on a beaucoup parlé de pédagogie aussi, c’est quelque chose d’important.
Est-ce qu’il y a moins de réticence de leur part à parler à un ancien joueur qu’à un arbitre ? Est-ce que pour eux, c’est un dialogue plus facile ?
C’est une question de compréhension. Parfois les gens ont plus de facilité à parler avec des personnes qui sont de leur univers, de leur monde, avec leur prisme et leurs codes. C’est en étant ouvert et justement en se remettant en question sur notre manière de communiquer, de partager, qu’on peut avancer.
Vous êtes « conseiller tactique et technique ». Qu’allez-vous apporter concrètement, en tant qu’ancien joueur, à un arbitre de haut niveau ?
Par exemple, on va parler de situation de jeu, est-ce qu’un joueur peut gêner un gardien ou pas, est-ce qu’on siffle hors-jeu ou pas, comment se comporte un défenseur, est-ce qu’il le fait pour le jeu, de manière naturelle, ou est-ce que c’est pour emmener l’arbitre. Je peux apporter ma lecture du jeu, sur des séquences vidéo ou lors des stages. Il y a plein de petites subtilités qu’on peut partager, et puis aussi ça m’est déjà arrivé que l’arbitre m’envoie une image ou une action et me demande simplement mon avis. Je lui livre en tant qu’ancien acteur du jeu, ce que moi je ressens, et puis on avance comme ça. C’est plus tous ces échanges-là, finalement, que « conseiller » ou « porte-parole ».
Comment se traduit ce nouveau rôle, pour vous, au quotidien ?
Je fais tous les stages, déjà, parce que passer du temps avec les gens est la seule façon d’apprendre à connaître les arbitres, et inversement. Tous les mercredis matin, il y a une cellule qui débriefe les dix, quinze situations litigieuses potentielles [de la journée précédente], à la fois dans le jeu si un club en fait la demander, et aussi dans la notation des arbitres. Parce qu’il y a de grosses décisions à prendre sur leur notation, de quelle manière c’est fait pour qu’il y ait le plus de transparence, et que l’arbitre vive sereinement le fait d’être jugé. Il doit savoir que c’est fait le plus justement possible. Et puis après il y a plein d’échanges qui ne se voient pas. Je vais aussi sur les matchs, j'aimerais voir chaque arbitre au moins une fois.
Et est-ce que vous craignez une sorte de porosité avec votre activité de consultant ?
Je ne le vis pas comme ça, mais comme une chance. Je pense que je serai un meilleur consultant dans l’analyse du jeu et de la situation, donc pour Canal c’est intéressant, et pour les arbitres c’est aussi d’avoir quelqu’un qui puisse avoir cette place, cette image. Ce n'est que positif. La problématique qui peut arriver, c'est que je sois sur un commentaire de match et que je n'analyse pas bien les décisions de l'arbitre, mais ça, ça reste un être humain qui analyse. Moi, j’aime les imperfections. On veut rendre tout parfait, mais ce n’est pas possible, on est des êtres humains. Evidemment, si demain je suis dans un club, tout s’arrête, c’est logique. Mais là pour moi il n’y a pas de problème. Et en plus, Canal n’a pas la ligue 1.
La sonorisation des arbitres aurait dû être mise en place dès la première journée de cette saison, ça n’a pas pu être fait. Est-ce que les arbitres sont vraiment demandeurs de ça ?
Ce que je découvre, c’est que la direction de l’arbitrage propose des choses. Après, à la Ligue, à la Fédération, de pouvoir aller piocher dedans en fonction des éléments financiers, structurels. L’arbitre est à la disposition du jeu, et ce que j’aime dans ce que je découvre, c’est que ce sont des athlètes de très, très haut niveau, avec une pression, une exigence et une remise en question énormes. Il n’y a pas le droit à l’erreur. Donc pour moi en tout cas, c’est hyper intéressant et enrichissant de vivre ça.


















