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Fatigués d’être pris pour des « pigeons », les fans de L1 prêts à boycotter DAZN

Ligue 1 : « Ça sent le fiasco »… Fatigués d’être pris pour des « pigeons », les fans de foot prêts à boycotter DAZN

ARGENT TROP CHERAlors que la Ligue 1 reprend ce vendredi chez son nouveau diffuseur, DAZN, les prix des abonnements pratiqués par la plateforme britannique semblent en refroidir plus d’un
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • La Ligue 1 2024-2025 reprend ses droits ce vendredi avec un premier match Le Havre-PSG à 20h45.
  • Une rencontre disponible sur DAZN, le nouveau diffuseur de la Ligue 1, dont les prix proposés ont fait bondir les consommateurs.
  • Pour la première fois dans l’histoire de notre championnat, ils sont nombreux à avoir décidé de ne pas s’abonner, quitte à manquer les matchs de leurs équipes préférées.

C’est une révolte ? Non, Sire, c’est une révolution. Alors que la Ligue 1 reprend ses droits ce vendredi, avec un premier match Le Havre-PSG, un vent de fronde souffle sur notre championnat de France bien aimé et sur son nouveau diffuseur, DAZN, qui a arraché les droits TV de huit des neuf rencontres hebdomadaires pour environ 400 millions d’euros, sur le gong, après des mois d’un feuilleton aux allures de mauvais sketch pas drôle.

En cause ? Le prix des abonnements proposés par la plateforme britannique que tout le monde surnomme le « Netflix du sport ». Avec une offre à 14,90 euros pour un seul match par semaine (sans possibilité de choisir lequel), une autre à 29,90 euros pour l’intégralité des huit rencontres avec un engagement d’un an (donc deux mois à perte puisqu’il n’y a pas de Ligue 1 en juin et juillet), et une dernière à 39,90 euros sans engagement, DAZN a réussi à se mettre à dos bon nombre d’amoureux du football français qui, pour la première fois dans de telles proportions, vont faire le choix de ne pas s’abonner, quitte à bricoler chaque week-end pour suivre leur équipe préférée.

Le divorce avant même le premier rencard, le football circus français est décidément plein de ressources. Il faut dire que le contexte n’est pas aux amourettes d’été. Après deux semaines bénies à vibrer (gratuitement) devant les Jeux olympiques sur France TV – malgré quelques bascules à vous donner envie de balancer l’écran plat par la fenêtre – le retour à la réalité est violent, la descente d’organes douloureuse.

« Pas un centime pour DAZN »

En lançant un appel à témoignages sur Twitter, on n’imaginait pas recevoir autant de réponses de fans en colère. C’est le cas de Mathieu Faure, ancien journaliste sportif aujourd’hui passé à la culture et figure bien connue de la communauté PSG sur les réseaux sociaux. Pour lui, la décision est prise, DAZN n’aura pas son flooz. « Pourtant je suis ce qu’on appelle un pigeon, rappelle-t-il, honnête sur sa condition. J’ai toujours tout payé, Canal+, beIN Sports, Mediapro pendant six mois, Prime. Mais là il est hors de question, vu les prix proposés, que je prenne un abonnement à DAZN. A 15 euros, je l’aurais pris, c’est ma limite haute. Je trouve que le football français ne vaut pas plus. »

Quinze euros, c’est aussi la somme que vous étiez prêt à lâcher lorsque l’on vous a posé la question dans un précédent papier. Même constat du côté de SeriousCharly, supporter lyonnais et créateur de contenus autour du club rhodanien sur YouTube, pour qui la comparaison avec ce que proposait Amazon la saison passée fait voir flou. « Pendant deux ans, on a eu Prime à 18 balles par mois avec une offre assez solide à côté, avec le catalogue de vidéos, films, séries, et on avait huit matchs de Ligue 1 sur trois écrans différents. Le tout avec une super couverture éditoriale. Et on passe de ça à probablement la pire offre depuis le duo TPS Star/Orange Sport, il y a vingt-cinq ans. Je veux bien qu’on soit des pigeons mais il ne faut pas pousser. Ça n’a aucun sens et ce sera sans moi. »

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Hermining, la nouvelle tête de gondole de la Ligue 1 après le départ de Mbappé ? - Damien MEYER

Pour Jean-Mike, autre figure bien connue de la team foot et second degré sur Twitter et supporter du PSG, c’est plus une question de principe qu’une histoire de moyens. « J’aurais la possibilité de me payer l’abonnement mais je pense qu’on nous prend pour des pigeons. Et on a découvert ces derniers jours les dispositifs qu’ils comptent mettre en place, c’est du foutage de gueule. Ils dévalorisent le produit alors qu’ils le font payer super cher. Pour moi c’est clair, pas un centime pour DAZN ».

En faisant l’impasse sur une émission de résumés de matchs le dimanche soir, en supprimant le multiplex du dimanche aprem et en faisant une croix sur le duo commentateur-consultant sur cinq des huit matchs hebdomadaires, la plateforme britannique semble avoir fait le choix, du moins pour commencer, de mettre les grands plats dans les petits. Etrange conception de la mise en valeur d’un produit que vous venez d’acquérir… Sans parler du reste du catalogue (Ligue des champions féminine, le championnat belge, la saison Elite en basket, du MMA et de la boxe), pas franchement des plus sexys, DAZN souffre d’un déficit d’attractivité et de crédibilité évident.

DAZN rêve-t-il éveillé ?

Alors, pour la première fois depuis que le championnat de France passe à la télé, ce mouvement de contestation semble être partagé par une majorité de fans à tel point que, sur Twitter, mercredi, le hashtag #BoycottDAZN était en top tendances toute la journée. Il ne fallait pourtant pas avoir fait HEC pour comprendre qu’à ce prix, cela allait faire grincer des dents dans les chaumières des Gaulois réfractaires. Cette grille tarifaire donne le sentiment d’une déconnexion totale des réalités et d’une méconnaissance absolue du pouvoir d’achat des Français, qui sont chaque jour plus nombreux à trouver que la fin du mois arrive bien trop tôt à leur goût.

Contacté par 20 Minutes, DAZN n’a pas donné suite à nos demandes d’interview. Chez nos confrères de L’Equipe, mercredi, Shay Segev, le PDG de la plateforme maintenait que « 29,99 euros par mois est un juste prix » pour suivre la Ligue des talents. Pourquoi alors culpabiliser ses futurs clients en leur rappelant que « le consommateur doit comprendre qu’il ne paye pas DAZN, il paye la Ligue et les clubs » ? Pas sur que leur faire porter le poids de la ruine du foot français soit l'idée du siècle, là non plus.

Enseignant-chercheur spécialiste en économie du sport, Jean-Pascal Gayant s’interroge lui aussi. « Comment des gens intelligents, avec une expérience dans le domaine du marketing sportif et des droits TV, ont pu se dire que ça allait passer sans faire de vagues ? C’est totalement délirant de proposer une offre à 30 ou 40 euros pour huit matchs d’une Ligue qui vient de perdre Mbappé. Au regard de ce qu’on sait sur la disponibilité à payer des consommateurs, ils devraient réunir dans le meilleur des cas un million d’abonnés, même si ça me paraît bien trop optimiste déjà. »

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Chez DAZN, on table plutôt sur 1,5 million d’abonnés au bout de six mois. Et on rêve carrément de 2 voire 3 millions à terme avec toutes les formules proposées. Quant au prix tant déclamé, « il a été établi aussi sur la base de notre expérience sur les marchés voisins et nous estimons qu’il correspond à la valeur de l’offre que nous proposons », assurait encore Shay Segev chez nos confères. Ce qui fait sourire Jean-Pascal Gayant.

« « C’est un calcul qui n’a pas été construit avec la rigueur nécessaire. Ça ne fait pas pro. Ça ne ressemble pas à quelque chose de travaillé mais à de l’amateurisme. Et ça risque d’avoir les conséquences qui vont avec, à savoir un deuxième fiasco à la Mediapro, qui va encore conduire la LFP dans ses affres et le football français à sa ruine. Ça sent à nouveau le fiasco. » »

Radio, streaming ou cure de désintox

D’ici là, nos boycotteurs en herbe ont déjà limé leur plan de bataille. « J’irai au Parc pour les matchs à domicile et je regarderai les autres au bar, chez mes potes ou en streaming. Pour le reste, je suis en réflexion. Pour la première fois de ma vie j’envisage de prendre l’IPTV alors que j’ai horreur de ça, mais je suis fatiguée d’être baladée d’année en année avec des tarifs exorbitants et une offre globale morcelée », nous avoue Sara, cette abonnée au PSG fermement résolue à grossir les rangs des contestataires.

Pour les autres, ce sera aussi l’IPTV, le streaming ou la radio, pour se rappeler aux bons souvenirs de l’enfance, l’oreille collée au transistor, quand la télé n’avait pas encore totalement jeté le grappin sur le football, ou sur le « produit », comme ils l’appellent aujourd’hui. Mathieu Faure va même plus loin dans sa réflexion. Et si l’heure n’était tout simplement pas venue de se désintoxiquer d’un foot devenu de plus en plus chiant à regarder, du fait des cadences infernales et de joueurs sur les rotules ?

« Est-ce que la Ligue 1 va tellement me manquer ? Je ne sais pas. Il y a trente ans, il n’y avait pas autant de matchs à la télé, j’écoutais la radio, je lisais L’Equipe et France Football et je ne m’en portais pas plus mal. Le temps est peut-être venu de faire une cure de jouvence en regardant moins de matchs. » C’est peut-être ça, finalement, la clé du bonheur. Alors, on dit merci qui ? Merci DAZN !