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Crise à Ceuta : « Ils se sont fait massacrer »… Pourquoi Mbappé, Vinicius et Konaté ont pris cher en Espagne
Why Always Him•Le choix de Kylian Mbappé, Vinicius et Konaté de ne pas soutenir l’enclave de Ceuta, mardi soir, provoque de nombreux débats en EspagneAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Mardi soir, lors du match entre Elche et le Real Madrid, Kylian Mbappé, Vinicius et Ibrahima Konaté ont masqué un tee-shirt de soutien à Ceuta.
- L’enclave espagnole a été touchée, fin juillet, par une arrivée massive et illégale de 70.000 personnes sur son territoire, même si la grande majorité a retraversé la frontière.
- « Il y a une mobilisation dans tous les domaines, depuis le patronat, en passant par le sport, le monde culturel sur Ceuta, estime le journaliste Ignacio Cembrero. C’est un sujet qui agite vraiment beaucoup l’Espagne. »
Julian Alvarez peut remercier le Real Madrid. Avant le derby madrilène dimanche (16h15), l’attaquant de l’Atlético, qui avait demandé à quitter le club avec insistance cet été, ne sera pas le joueur le plus hué par les supporteurs colchoneros. Déjà haïs par le peuple rouge et blanc, Kylian Mbappé et Vinicius ont passé un stade supplémentaire qui a indigné une grande partie de l’Espagne, mardi à Elche, en entrant sur la pelouse du Martínez-Valero.
Les deux attaquants du Real, tout comme Ibrahima Konaté, n’ont pas enfilé totalement un tee-shirt de soutien à la population de Ceuta (« Nous sommes tous des Maquereaux », surnom donné aux habitants de l’enclave espagnole) et l’ont même enlevé avant se saluer leur adversaire lors du protocole d’avant-match, une façon, sans doute de marquer leur empathie avec les milliers de Marocains qui ont tenté de franchir la frontière cet été. Il n’en fallait pas plus pour déclencher les enfers de l’autre côté des Pyrénées. « Les joueurs sont libres de faire ce qu’ils veulent, mais ils se sont fait massacrer », explique à 20 Minutes le journaliste espagnol Ignacio Cembrero, longtemps correspondant d’El Pais au Maghreb.
« Ceuta agite tout le pays »
« On verra comment le Bernabeu réagira à ce qu’ils ont fait, a lâché ainsi Manolo Lama, l’une des voix les plus célèbres du foot espagnol sur la Cadena Cope mardi soir. Ils ont de la chance de ne pas y rejouer avant octobre. Mbappé, Vinicius et Konaté ont le droit de ne pas afficher leur solidarité avec Ceuta, mais tu ne peux pas aller à l’encontre des décisions de ton club. Cacher le slogan, enlever son maillot si vite, c’est une façon de se moquer du club et des supporters. »
Depuis fin juillet et l’arrivée soudaine et illégale d’environ 70.000 personnes en provenance du Maroc, qui a provoqué la mort d’une centaine d’entre elles, l’enclave est le sujet de nombreuses tensions en Espagne, et ce malgré le retour presque immédiat de la majorité des migrants au Maroc. A Ceuta, des manifestations ont demandé le départ immédiat de ceux qui n’étaient pas encore rentrés au Maroc et des problèmes de sécurité ont été dénoncés. D’autres rassemblements ont été organisés dans plusieurs villes d’Espagne.
« Ce pays est traumatisé par ce qui s’est passé, assure Ignacio Cembrero. Que ça soit sur les réseaux sociaux, dans la sphère privée, dans les médias, tout le monde en parle depuis juillet. Il y a une mobilisation dans tous les domaines, depuis le patronat, en passant par le sport, le monde culturel… C’est un sujet qui agite vraiment beaucoup l’Espagne. »
Le football étant une part (très) importante de la vie des Espagnols, le sujet s’est donc également invité dans les stades, comme au Bernabeu ou au Metropolitano, où des messages de soutiens aux Ceutiens ont été lancés en tribunes, avec des drapeaux ou des banderoles, ces dernières semaines. Après un but avec l’Espanyol face à Séville le 6 septembre, Marcos Fernandez a, de son côté, soulevé son maillot avec un message pour Ceuta où il avait été prêté la saison passée : « Ceuta ne se vend pas, elle se défend. »
« Des millionnaires qui soutiennent pas les Espagnols »
Si le FC Barcelone n’a pas souhaité faire partie de cette campagne, le Real Madrid, Villarreal, Levante, Elche ou le Betis (qui va d’ailleurs jouer un match amical contre Ceuta afin de récolter des fonds pour la population locale) ont donc décidé de montrer leur soutien aux Ceutiens en portant ce fameux tee-shirt boudé par Mbappé, confectionné par l’Association valencienne des entrepreneurs, dirigée par Vicente Boluda, président par intérim du Real Madrid en 2009.
Mais le sujet a évidemment débordé sur le terrain politique. Depuis fin juillet, la droite et l’extrême droite, mais aussi les partis indépendantistes, ne cessent de critiquer le gouvernement de Pedro Sanchez sur la gestion de cette crise. « C’est du pain béni pour l’extrême droite, estime le journaliste. Ils avaient déjà le vent en poupe avant dans les sondages. Depuis juillet, ça augmente encore. » Et les « prises de position » de Vinicius, Mbappé et Konaté face à Elche ont rapidement servi de combustible pour raviver des flammes qui n’étaient pas encore éteintes.
José Maria Figaredo, le secrétaire général du groupe parlementaire Vox (extrême droite) au Congrès, a ainsi lancé ce mercredi sur Telecinco que les Espagnols « étaient parfaitement libres de se sentir indignés par trois millionnaires qui vivent en Espagne et qui ne soutiennent pas les Espagnols ». Rhétorique également reprise par l’extrême droite française et Marion-Maréchal Le Pen, qui a senti un nouveau filon à exploiter.
Ezzalzouli critiqué au Maroc
Mbappé, Vinicius et Konaté ne sont pas les seuls à s’être pris la foudre pouplaire à défaut de celle de leur club, qui a indiqué respecter en off les sensibilités des uns et des autres. A l’inverse des trois joueurs du Real Madrid, le joueur du Betis Abde Ezzalzouli a bien mis le tee-shirt en soutien à Ceuta lors du match face à Villarreal. Mais cette initiative de l’international marocain n’est pas du tout passée de l’autre côté de la Méditerranée. Il a ainsi été accusé de trahir son pays et certains ont même poussé pour son exclusion de l’équipe nationale.
Toute l'actu du Real Madrid« A aucun moment le maillot qui faisait référence aux habitants de Ceuta n’a été utilisé dans un but politique ou par mépris pour mon peuple, le peuple marocain, a réagi l’ailier sur Instagram. Il s’agissait d’un maillot à vocation sociale, en soutien à une population et à ses habitants, quelle que soit leur nationalité, qui traversaient une période difficile. Je continuerai à vivre chaque jour la tête haute et à représenter mes racines avec fierté et sacrifice. » Et si on laissait les joueurs libres de leurs opinions ?



















