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Virée en hélico avec ceux qui chassent les sangliers au fusil d’assaut

« Je comprends que ça puisse choquer »… Virée en hélicoptère avec ces Texans qui chassent les sangliers au fusil d’assaut

WELCOME TO TEXASPendant que le Mondial suit son cours à Houston et partout ailleurs aux Etats-Unis, ces Américains préfèrent chasser des sangliers en hélicoptère pour réguler une population sans cesse croissante (et nuisible) au Texas
États-Unis : Ils tuent des sangliers en hélicoptère pour protéger les terres agricoles
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Au lendemain du 16e de finale entre le Brésil et le Japon, à Houston, 20 Minutes a décidé d’aller faire un tour dans le Texas plus profond, là où le Mondial n’intéresse pas grand monde.
  • A Bryan, on préfère un sport moins conventionnel, celui du tir au sanglier, depuis l’hélicoptère de l’entreprise « Helibacon » qui propose à ses clients des virées vraiment pas comme les autres.
  • Dans une région où les sangliers se reproduisent à vitesse grand V et saccagent les exploitations agricoles, l’Etat du Texas encourage ce type d’initiative. 20 Minutes vous raconte une chasse parfaitement normale en terre texane.

De notre envoyé spécial à Bryan (Texas),

Ils font de l’hélicoptère et ils tirent au fusil d’assaut sur des sangliers. Cela s’appelle donc en toute logique « Helibacon ». Bienvenue à Bryan, dans le Texas profond, là où le soleil vous brûle la peau et les monstrueux pick-up vous brûlent les rétines. Ici, la Coupe du monde de foot n’est qu’un événement lointain sans grand intérêt et, en ce premier matin de juillet, alors que les Américains dorment encore à poings fermés, six gaillards se sont donné rendez-vous sur la base du petit aéroport de Coulter Field, où l’entreprise Helibacon leur propose une sortie pas comme les autres.

Le but ? Survoler la région en hélicoptère et abattre le plus de sangliers possibles, une espèce invasive au Texas qui se reproduit comme des lapins et saccage les plantations d’agriculteurs désemparés. « Les dégâts sont considérables, nous explique Chase Roberts, cofondateur de la société avec son compère Chris Britt. Certaines parcelles perdent jusqu’à 20 ou 30 % de leur récolte. Pour un exploitant agricole, ça représente une perte considérable de revenus. Si quelqu’un amputait votre salaire de 30 %, vous auriez un problème avec cette personne. Eux ont un problème avec les sangliers. »

GTA, le bûcheron et les vannes douteuses

Plutôt que de se charger lui-même de faire le sale boulot, le gouvernement texan encourage ces entreprises d’un style nouveau à le faire elles-mêmes. Il a d’ailleurs récemment assoupli la réglementation afin de permettre à n’importe quel client lambda de devenir l’espace de quelques heures un régulateur en herbes, fusil d’assaut en main et sourire jusqu’aux oreilles. Car il ne faut pas s’y tromper, ici, le client vient avant tout pour passer du bon temps.

Et l’on trouve tout type de personne, du jeune touriste européen comme Alex, venu tout droit d’Autriche pour vivre son « GTA » à lui (on va vraiment lui filer une arme à ce type-là ?), au vieux briscard comme Jack, tout droit venu de Saint-Louis, carrure d’ogre des collines, bottes de cow-boys et barbe hirsute de bûcheron canadien. « Vous n’avez pas d’armes en France, si ? », nous demande-t-il avec son accent du coin à couper à la machette.

« Si, si, mais c’est surtout pour la police et l’armée », lui répond-on, précisant que, chez nous, le rapport aux armes à feu n’est pas exactement le même qu’ici. Lui, possède « a bunch of guns », comprendre, « un bon gros paquet ». « Environ deux cents », confie-t-il en totale décontraction. Il s’en sert pour à peu près tout, pour chasser, pour faire du tir sportif sur cibles et « pour [se] défendre en cas de besoin », avant d’ajouter une « blague » qui passe mieux au Texas qu’à Seattle ou New-York et qui rend mieux en VO : « I like to shoot. Sometimes cans, sometimes Mexicans ». On vous l’avait dit, on est dans la campagne texane, où Donald Trump a réalisé des scores poutiniens aux dernières élections.

Dans le hangar d'Helibacon, les premiers clients attendent le début du briefing avant de partir chasser.
Dans le hangar d'Helibacon, les premiers clients attendent le début du briefing avant de partir chasser.  - Aymeric LE GALL

Le « cône de feu » pour éviter les dramas en plein vol

Mais le temps des vannes douteuses prend fin quand Taylor, l’instructeur en chef qui accompagnera la bande, déboule dans le hangar où trône en maître l’hélicoptère de la compagnie, estampillé du logo d’Helibacon, une femme en shorty militaire paaaaaaaas du tout suggestif, sur fond du drapeau texan derrière lequel un sanglier prend ses pattes à son cou.

Visage fermé et regard à l’avenant, il prend place dans la carlingue, là où les clients seront assis durant le vol. À ses côtés, son collègue Alex, fusil en main, se charge des démonstrations pendant que Taylor assure les explications. « Gardez une chose à l’esprit durant toute la session : quand je vous demanderai de faire quelque chose, ce n’est pas une demande. » Alignée sur des chaises face à lui, l’assistance glousse mais le message est passé « clear and loud » comme ont dit par ici.

Pendant une heure, Taylor déroule un nombre incalculable de règles de sécurité qui rassurent sur le sérieux de l’entreprise. Et ce n’est pas un luxe quand on s’apprête à passer deux heures le cul posé sur le bord d’un hélicoptère lancé à plus de 140 km/h, entouré de six hommes armés de fusils d’assaut. Savoir qu’une marmule aux biceps d’acier et au charisme affirmé va gérer cette joyeuse bande de tireurs amateurs aide à relâcher un peu la pression.

Les sangliers 1 - 0 Les chasseurs

Il est 6 heures du matin, le soleil est enfin levé quand vient le moment de prendre position dans l’hélicoptère et de survoler ces immenses plaines agricoles autour de Bryan. La région, pas le prénom. Contrairement au cauchemar qu’on s’était fait la veille – des cinglés arrosant des sangliers par milliers en criant « Yiiiihaaaaaa ! » – cette sortie sera surtout faite de silence et d’observation. Et à part notre ami autrichien que Taylor doit reprendre à la moindre occasion pour corriger ses gestes approximatifs, le reste de la bande admire le paysage et scrute les champs alentour sans montrer le moindre signe d’impatience de tirer dans le tas.

Bonjour, Texas !
Bonjour, Texas !  - Aymeric LE GALL

Il faut attendre un bon quart d’heure avant que les choses ne s’animent enfin. Comme spécifié lors du briefing, personne ne peut engager sans autorisation préalable et sur autre chose qu’un sanglier (les coyotes sont tout de même tolérés), seulement après avoir communiqué à la radio la nature de exacte de ce qu’ils pensent avoir vu en contrebas. Une fois la cible validée par l’instructeur, les balles pleuvent avant de terminer leur course dans un petit sac accroché au fusil. Mais abattre un sanglier lancé à pleine vitesse dans des champs de maïs ou des fourrées marécageuses n’est pas chose aisée. A l’arrivée, deux pauvres animaux passeront de vie à trépas lors de ces deux heures de vol à 50 mètres du sol. Ça fait cher du carburant.

Et de la sortie, comme le regrette notre fan de GTA. « Je suis déçu, j’imaginais quand même qu’on pourrait tirer plus que ça. Pour 3.000 dollars, ça fait un peu mal. A ce prix-là, j’aurais préféré un lâcher de sanglier dans un ranch », nous dit-il la mine basse. Mais que voulez-vous, ce jour-là, les sangliers ont gagné. Jack et un autre acolyte du Kentucky dont le prénom nous a échappé, eux, sont moins ronchons.

« « C’est vrai que sur la fin c’était un peu calme mais ça reste une expérience dingue, quelque chose qui vaut la peine d’être vécu. On a fait de l’hélicoptère, on a tiré sur des sangliers et en plus on a pu voir des faons et une nature magnifique. Pour les agriculteurs, c’est une façon de protéger leurs terres des dégâts causés par les sangliers et pour nous c’est du fun, tout le monde est content. On a vraiment passé un bon moment. » »

Un business pas comme les autres

Au retour à la base, après que tous ont pu poser fièrement devant l’hélicoptère, fusil (déchargé) en mains, nos six hommes se séparent comme ils étaient arrivés, en gardant des souvenirs impérissables d’une expérience dont on ignorait tout avant de débouler dans la région. Quant à nous, on prend le temps de poser encore quelques questions à Chase Roberts sur cette activité qui fait bondir vu de notre fenêtre hexagonale

« Je comprends que ça puisse choquer. Moi aussi je trouve regrettable qu’on doive en arriver là, à tuer des animaux qui ne font finalement que vivre leur vie. Mais vu les problèmes causés par les sangliers dans notre région, on n’a d’autres choix que d’agir. Je compare souvent cela aux rats. Beaucoup de gens les détestent et ne pensent qu’à les éradiquer. Pourtant, un rat qui s’installe dans votre grenier n’essaie pas de vous faire du mal. Il cherche simplement à survivre. C’est pareil pour les sangliers. »

Et celui-ci de conclure, fataliste : « Parfois, vous savez, à problème extrême, résolutions extrêmes. En plus, le tir depuis l’hélicoptère est la manière la plus efficace et la plus sécurisée pour réguler ces populations. Et ici, nous ne relâchons pas d’animaux dans un enclos pour que les gens puissent les tirer, nous sommes utiles à la population et aux agriculteurs. » Joindre l’utile à l’agréable, pour peu qu’on aime les armes à feu, voilà en gros comment ça se passe dans ce pays décidément pas comme les autres.

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