Coupe du monde 2026 : « Plus dur de percer pour les jeunes »… le foot universitaire, un vivier inexploité par les USA
la bannière pas étoilée•Les Etats-Unis affrontent l’Australie, ce vendredi à Seattle, pour leur deuxième match de pouleAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Contrairement à la NBA et la NFL, la MLS n’est pas autant envahie par les jeunes issus du système universitaire américain (NCAA). Huit joueurs ont été forme aux « colleges » dans l’effectif actuel de Team USA.
- Les universités disposent pourtant d’infrastructures et de staffs de très haut niveau, parfois même davantage que certaines franchises professionnelles.
- Mais le fait est que, parfois, même les entraîneurs les plus talentueux refusent une opportunité en pro par confort pour leur vie à la fac.
De notre envoyé spécial à Boston,
Le petit cœur de Cristian Roldan risque de palpiter fort, ce vendredi, en entrant sur la pelouse du Lumen Field de Seattle. Le milieu de terrain américain, qui affronte l’Australie, revient à la maison. Joueur des Seattle Sounders depuis onze ans, il avait auparavant évolué avec les Huskies de Washington à l’université. Roldan fait d’ailleurs partie des huit joueurs de Team USA à être passés par la NCAA.
Le système universitaire américain fournisseur de talents à profusion en NBA et en NFL, notamment, l’est pourtant beaucoup moins en MLS, la ligue américaine de soccer (première et dernière fois que vous verrez ce mot dans cet article). La « faute », notamment, aux académies des clubs professionnels, qui forment de plus en plus leurs propres joueurs avec un avantage de taille : que les contrats de ces joueurs n’entrent pas en compte dans le salary cap, grâce à la Homegrown Player Rule.
Ajoutez à ça le recrutement de joueurs étrangers et vous comprenez qu’il est de plus en plus difficile pour un joueur issu des colleges, qui arrive presque sur le tard dans ce monde (entre 18 et 22 ans), de se faire une place royale chez les pros. « La Ligue américaine de soccer (MLS) est devenue plus forte, c’est plus difficile pour les jeunes de percer, assure Francesco D’Agostino, entraîneur adjoint à Boston College. Maintenant, on a quand même un bon niveau secondaire, l’USL, qui paie bien. Et il y a aussi la MLS Next Pro (sorte de championnat des réserves). »
Equipements et staffs de premiers plans
Pourtant, le matos est là à l’université, avec un nombre de joueurs en forte croissance, et qui va prendre encore un coup de boost grâce à l’effet Coupe du monde, et des installations de folie. « Nous avons des équipements que certaines équipes en MLS sont loin d’avoir. On a une très bonne pelouse sur notre terrain principal, un terrain d’entraînement avec pelouse artificielle, un terrain indoor, une grande salle de musculation, un centre de nutrition », nous énumère Mark Collings, coach adjoint des Washington Huskies, champion NCAA en 2025.
A Boston College, les infrastructures sont assez similaires et Francesco D’Agostino ajoute à ça un personnel dévoué avec des médecins, des préparateurs physiques et mentaux, des experts scientifiques, des diététiciens… Surtout, les universités disposent de coachs également de très haut niveau, parfois même supérieurs à ceux présents en MLS, nous assure Jay Martin.
Le septuagénaire est bien placé pour le savoir. Recordman du nombre de victoires en NCAA (774), l’ancien coach des Ohio Wesleyan University n’a jamais pu entraîner au plus haut niveau, même s’il a eu une fois l’opportunité avec Columbus Crew, qu’il a déclinée. Il voit aujourd’hui son fils, qui a embrassé la même carrière que lui, et qui entraîne Oakland Roots en USL ne pas avoir plus d’opportunités à l’étage d’au-dessus.
La faute, selon lui, aux « propriétaires de franchises qui n’ont pas une vraie connaissance d football et qui recrutent de nombreux coachs étrangers sans référence », à l’image de Columbus Crew qui a pris le Suédois Henrik Rydström pour le virer en mai après une quinzaine de matchs. Ou des anciens joueurs qui basculent vers le coaching en grande partie grâce à leur nom. Sur les 30 franchises de MLS, seulement 11 sont dirigées par un technicien américain, dont très peu connaissent le système universitaire.
Les coachs universitaires bien où ils sont
Mais cela n’explique pas tout. Car même les meilleurs entraîneurs universitaires refusent parfois de sauter le pas. « Nous travaillons avec des jeunes de 18 à 22 ans, c’est vraiment amusant, explique Collings. C’est une période de développement pour eux, non seulement en tant que joueurs de foot, mais aussi en tant que personnes. Ce que nous évaluons, ce n’est pas la victoire ou la défaite, mais aussi l’aspect académique, la façon dont ces jeunes se forment. »
Mais il n’y a pas que ça. Si les conditions sont royales à l’université pour les jeunes athlètes, elles le sont également pour les entraîneurs. Et il n’est pas facile de les abandonner, même pour un projet en pro, comme l’explique Francesco D’Agostino, qui a aussi coaché dans la célèbre université d’Harvard :
« Certains ne prendront pas un emploi professionnel, car c’est plus volatil, ils ont des familles et ne veulent pas perdre leur emploi, explique Francesco D’Agostino. Les gars gagnent de l’argent en entraînant à l’université et plutôt très bien, jusqu’à 300.000 dollars (260.000 euros). »
Des propos confirmés par Mark Collings : « Je pense qu’il y a plusieurs coachs de college qui peuvent prétendre à passer pro mais ne le font pas. Il y a plus de sécurité d’emploi à ce niveau. En pro, si tu perds, t’es viré. A l’université, il y a d’autres enjeux que le simple résultat. La pression est différente. A moins d’être vraiment attiré par le foot pro, on ne peut être que comblés. Ici, à Seattle, je peux faire ce que j’aime, coacher, enseigner, aider les gens… »
Le foot encore un sport jeune aux Etats-Unis
Alors le foot universitaire est-il condamné à voir ses effectifs réduits à peau de chagrin en pro, entre jeunes qui ne peuvent pas percer et entraîneurs qui ne veulent pas risquer de se retrouver à la rue ? Pas nécessairement. Ces derniers mois, la NCAA a notamment décidé de changer la temporalité de sa saison, en passant d’une compétition concentrée à l’automne à des matchs étalés sur dix mois, pour coller au rythme professionnel et ainsi mieux habituer les jeunes joueurs.
D’autre part, nos trois entraîneurs n’ont cessé de répéter que le football n’était encore qu’un sport balbutiant dans ce pays continent où il est difficile d’avoir une harmonisation des systèmes de formation. « Il y a encore quelques années, la Coupe du monde n’était même pas diffusée à la télévision, avance Jay Martin. On avance. »
« Je pense que ça va aussi passer par le volet financier, reprend Mark Collings. Si tu veux attirer un jeune vers ton sport, il faut qu’il ait un espoir de très bien gagner sa vie. Les salaires d’entrée en MLS sont encore faibles (30-40.000 dollars). Odell Beckham Jr. était très fort au soccer, mais il a choisi le foot américain parce qu’il savait qu’il allait toucher le jackpot en NFL et il en est devenu une des plus grandes stars. » Dommage, avec sa vitesse, il aurait sûrement été d’une grande aide à team USA pour mettre la misère aux Australiens.


















