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Le Maroc, territoire ami pour l’Algérie durant la Coupe d’Afrique ?

Algérie - Soudan : Le Maroc, territoire ami ou hostile pour les Fennecs durant cette Coupe d'Afrique des nations ?

rivalitéL’Algérie entre en lice à la Coupe d'Afrique des nations mercredi face au Soudan (16 heures)
Le fan absolu de la CAN
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • L’Algérie dispute son premier match de la Coupe d'Afrique des nations mercredi (16 heures) face au Soudan au stade Moulay El Hassan de Rabat.
  • Bien qu’il y ait une énorme rivalité entre le Maroc et l’Algérie, un engouement massif accompagne les Fennecs : les 22.000 places du stade de Rabat se sont vendues en moins de 48 heures pour chacun des trois matchs
  • Les tensions entre le Maroc et l’Algérie sont notamment alimentées par le conflit du Sahara occidental. Le président de la fédération marocaine a aussi indiqué que l’Algérie tentait de saboter l’organisation de la CAN.

Ne cherchez pas, il ne devrait pas y avoir une seule place de libre au stade Moulay El Hassan de Rabat, ce mercredi, pour l’entrée en lice de l’Algérie face au Soudan. Et il en sera de même pour les deux autres matchs de poule des Fennecs contre le Burkina Faso et la Guinée Equatoriale. Les 22.000 places de l’une des deux arènes de la capitale marocaine qui accueille la Coupe d'Afrique des nations ont toutes trouvé preneur en moins de quarante-huit heures.

La sélection algérienne suscite une énorme attente, non seulement chez les supporteurs de Baghdad Bounedjah et Riyad Mahrez, mais aussi chez leur hôte du mois. « Les Marocains aiment le football, ils adorent voir des joueurs comme Mahrez, explique Omar Chraibi, journaliste indépendant marocain qui couvre la CAN. Au Maroc, il existe une véritable culture footballistique. Le 8 septembre, j’étais à Casablanca pour le match délocalisé Guinée-Algérie. Mon téléphone n’arrêtait pas de sonner : des supporteurs voulaient des billets pour suivre la rencontre depuis la tribune où se trouvaient les Algériens. »

« Il y a quand même une petite rivalité »

Les Marocains supporteurs des Algériens ? Il ne faut pas pousser le bouchon trop loin, même si on a pu voir des drapeaux algériens et marocains côte à côte lors de l’épopée d’Achraf Hakimi et ses petits potes à la Coupe du monde 2022 au Qatar. Ou certains fans des Lions de l’Atlas soutenir les Fennecs lors de la CAN 2019 en Egypte, gagnée après quasiment vingt ans de disette.

« Il y a quand même cette petite rivalité qui fait qu’on veut toujours que le pays adverse ne passe pas, aussi parce que ça fera un adversaire compliqué en moins, assure Mehdi Mostefa, ex-international algérien. Les supporters marocains qui seront présents dans les stades pour les matchs de l’Algérie pousseront peut-être un peu plus pour l’adversaire, mais c’est même pas sûr. De là à vraiment soutenir le Burkina Faso ou le Soudan, je ne pense pas. »

Des supporteurs algériens lors de la Coupe Arabe au Qatar.
Des supporteurs algériens lors de la Coupe Arabe au Qatar. - Ranjith Kumar/ZUMA/SIPA

L’ancien milieu de terrain d’Ajaccio et Bastia en sait quelque chose. Il a disputé l’un des derniers affrontements entre les deux pays, en 2011, comptant pour les qualifications pour la Coupe du monde 2012. Après avoir battu le Maroc 1-0 à Anaba, les Fennecs avaient pris la foudre à Marrakech (4-0), dans une très grosse ambiance. « Ouais, il y avait du bruit, mais ça n’a quand même jamais égalé ce que j’ai pu trouver en Algérie », en rigole Mostefa.

« Il n’y a pas de véritable tournoi sans rivalité, sans chambrage bon enfant. En Afrique du Nord, on est habitués à ce folklore. »

Omar Chraibi

Le Sahara occidental au cœur des tensions

Finalement, cette tectonique des plaques pourrait bien être perturbée par les hautes sphères. Si Faouzi Lekjaa, le président de la Fédération marocaine de football, a assuré que la sélection algérienne et ses supporteurs seraient bien accueillis au Maroc, il a aussi accusé son voisin d’être à l’origine d’un appel au boycott de la CAN dans un discours tenu lors d’une réunion de la Commission des finances de la chambre des représentants :

« Ce concurrent s’efforce de montrer que nous ne sommes pas capables d’organiser la CAN 2025. Cela a commencé par un véritable complot autour des chiens errants, du retard dans la construction des stades… Et même lorsque nous avons inauguré le complexe Prince Moulay Abdellah de Rabat, ils ont prétendu qu’il s’agissait de photos retouchées. Qu’a fait Achraf Hakimi pour mériter un boycott ? »

Les tensions entre les deux pays proviennent surtout de l’épineux cas du Sahara occidental, vaste territoire contrôlé en majeure partie par le Maroc mais revendiqué par les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par l’Algérie. En 2023, les maillots du club marocain du RS Berkane, sur lesquels figuraient une carte incluant le Sahara occidental, avaient même été confisqués par la douane algérienne alors qu’ils devaient affronter l’USM Alger.

Vers des relations apaisées ?

Si l’inscription du caftan marocain au patrimoine immatériel de l’Unesco le 10 décembre a pu, encore, déclencher certains débats enflammés entre les deux pays, qui revendiquent chacun son origine, les tensions semblent s’être un peu calmées. Et la Coupe d'Afrique des nations pourrait jouer un rôle de médiateur.

« Tout le monde sait qu’il existe des tensions politiques entre Rabat et Alger, développe Omar Chraibi. Mais le 31 octobre, après l’adoption à l’unanimité de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU sur la question du Sahara, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a exprimé sa volonté d’inviter le président algérien Abdelmadjid Tebboune à un dialogue sincère et fraternel. Le Maroc souhaite ouvrir une nouvelle page, fondée sur la confiance, la fraternité et le bon voisinage. »

Le bon voisinage prendra fin, sûrement, si les deux pays s’affrontent lors des matchs à élimination directe dans cette CAN. Encore plus s’ils se retrouvent en finale. « C’est sûr que voir l’Algérie s’imposer dans une Coupe d’Afrique au Maroc, ça aurait une saveur particulière », en rêve Mehdi Mostefa.

« Ça peut être une belle finale Maroc-Algérie, mais je veux qu’on la gagne, résumait l’ancien attaquant marocain Marouane Chamakh sur la chaîne YouTube Kampo. Je veux un super parcours pour l’Algérie, mais je veux les battre, en quart, en demie… Il y a toujours de la rivalité, mais on a grandi ensemble, on a les mêmes problèmes, on est comme des frères ».