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CAN 2025 : « Les puissants européens ont eu gain de cause »… La galère des sélections africaines pour préparer le tournoi
prépa express•A cause d’une circulaire de la Fifa, les sélections engagées pour la Coupe d'Afrique des nations vont avoir environ une semaine pour se préparer.Antoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- La Fifa a autorisé les clubs européens à garder leurs joueurs internationaux jusqu’au 15 décembre au lieu du 8, soit seulement six jours avant le match inaugural de la Coupe d'Afrique des nations entre le Maroc et les Comores le 21 décembre.
- Les sélectionneurs comme Stefano Cusin (Comores) et Gernot Rohr (Bénin) doivent revoir entièrement leurs programmes de préparation : « Il n’y a plus rien qui tient, explique le premier. A un moment donné, de refaire tout le programme, de tout jeter par la fenêtre, c’est compliqué, surtout pour des petites fédérations qui n’ont pas énormément de moyens comme nous. »
- Certains clubs comme l’Olympique de Marseille gardent leurs joueurs jusqu’au bout alors que d’autres comme Montpellier se montrent plus flexibles.
Gianni Infantino n’en a cure. Pendant que le président de la Fifa faisait des courbettes insensées à Donald Trump lors du tirage au sort de la Coupe du monde 2026 vendredi, de nombreux sélectionneurs qui disputent la Coupe d'Afrique des nations, à partir du 21 décembre, se creusaient les méninges. La faute à une circulaire de l’instance internationale autorisant les clubs à garder les joueurs internationaux une semaine de plus, jusqu’au 15 décembre. Soit six jours seulement avant le match inaugural entre le Maroc et les Comores.
Un changement de règle soudain survenu après une demande de l’association européenne des clubs, qui estimait que les joueurs étaient mis à disposition de leur sélection un peu trop longtemps. Grâce à cette circulaire, certains joueurs, comme Pierre-Emerick Aubameyang (Gabon), Serhou Guirassy (Mali) ou Victor Osimhen (Nigeria), pourront ainsi disputer un match de Ligue des champions et de championnat en plus avec leurs clubs.
Tout un programme à revoir
« Les puissants européens ont eu gain de cause sur les sélections africaines », résume ainsi Brahim Thiam, quatrième de la CAN 2004 avec le Mali et désormais consultant sur beIN Sports qui diffusera la compétition. Cette nouvelle n’a évidemment pas ravi Stefano Cusin, sélectionneur des Comores, qui a été prévenu de cette décision en amont par les clubs :
« Nous et le Maroc, on est les plus pénalisés, parce que notre premier match est le 21. Je comprends l’objection des clubs européens, mais ça fait un bon bout de temps que les dates de la CAN sont fixées, ils auraient peut-être pu ne pas attendre le dernier moment pour mettre pression sur la Fifa pour, après, à la fin, conditionner, on va dire, une compétition. »
Alors qu’il avait prévu un stage en Tunisie cette semaine, avec un match amical contre le Botswana le 14, le coach des Cœlacanthes va devoir changer tous ses plans : « Il n’y a plus rien qui tient, nous explique-t-il. A un moment donné, de refaire tout le programme, de tout jeter par la fenêtre, c’est compliqué, surtout pour des petites fédérations comme nous qui n’ont pas énormément de moyens. » Même chose pour le sélectionneur du Bénin, l’inusable Gernot Rohr (72 ans) :
« C’est un coup dur parce que la préparation qu’on avait prévue, c’était un stage au Maroc à partir de mercredi et pendant huit jours. Beaucoup de joueurs ne seront pas là. C’est réservé, mais on va diminuer le nombre de chambres, parce qu’il y a des gars qui seront relâchés que le 15, qui ne pourront peut-être faire que deux jours de stage avec nous. »
Des sélectionneurs en négociateurs
Celui a entraîné le Gabon, le Niger, le Burkina Faso ou le Nigeria verra ses joueurs arriver au compte-goutte. Il y a ceux qui ont fini leur championnat, au Maroc, en Tunisie ou dans les pays scandinaves, ceux qui ne seront relâchés que le 15 décembre et d’autres qui pourraient bénéficier d’une dérogation pour rejoindre la CAN un peu plus tôt. Pour tenter de faire flancher les clubs, les sélectionneurs se sont donc transformés en fins négociateurs depuis la mise en place de cette circulaire.
« On se téléphone avec les joueurs, avec les directeurs sportifs, pour savoir ce qu’on peut faire, mais c’est très difficile, regrette Gernot Rohr. Mes joueurs aimeraient beaucoup venir dès le début. La CAN, c’est un événement exceptionnel pour eux. Les miens, ils ne jouent pas la Ligue des champions. Ils n’ont pas l’équivalent au niveau des émotions, forcément, dans les clubs. »
« Avec les clubs, on a toujours essayé d’avoir un dialogue franc et sincère, ajoute Stefano Cusin. On va se mettre en contact avec les clubs, un par un. On va essayer de trouver un accord afin qu’on puisse quand même préparer cette CAN qui est déjà difficile en cas normal, mais là, ça devient vraiment compliqué. Si les joueurs jouent durant le week-end, le lundi, ils voyagent, le mardi, ils sont fatigués du match et le dimanche, vous avez déjà le début de la compétition, ce n’est pas facile à gérer. »
Certains clubs prêts à libérer leurs internationaux
Selon Brahim Thiam, les joueurs se retrouvent au milieu de la guéguerre entre les clubs et la sélection : « Ce n’est pas la sélection qui te paie, c’est le club. Tu es redevable prioritairement par rapport à ton club et ensuite, tu es libérable par rapport à la date Fifa. Si les clubs n’ont pas la nécessité de les libérer avant, il y en a qui sont très pragmatiques et qui restent là-dessus. »
A l’image de l’Olympique de Marseille, qui va compter sur Nayef Aguerd et Pierre-Emerick Aubameyang jusqu’au bout. « Tous les clubs travaillent dans le même sens pour garder au maximum les internationaux appelés pour la CAN, expliquait ainsi le directeur sportif Mehdi Benatia sur RMC avant l’officialisation de la circulaire. C’est un problème d’intérêts. » D’autres clubs étaient un peu plus ouverts, comme Montpellier.
« Je laisserai décider les joueurs s’ils se sentent en capacité mentale et physique de pouvoir jouer à Grenoble avant de rejoindre leur sélection, assurait ainsi l’entraîneur Zoumana Camara en conférence de presse. Sinon, je les libère avant. J’ai envie de respecter leur sélection. J’ai envie de respecter mes joueurs. Si c’était un championnat d’Europe, est-ce qu’on aurait réagi de la même manière ? » La question, elle est vite répondue.


















