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FATIGUEFace aux calendriers surchargés, les footeux prêts à déclarer la grève générale ?

France-Ecosse : « Les joueurs sont au bord de la rupture »… Les footeux sont-ils prêts à déclarer la grève générale ?

FATIGUEEn cette période de trêve internationale, de nombreux joueurs ont fait part de leur ras-le-bol au sujet des calendriers surchargés. Au point de s’organiser et de faire grève pour faire plier les instances ? L’hypothèse prend de plus en plus d’ampleur
Aurélien Tchouaméni dans Mission Cléopâtre, son seul rôle au cinéma
Aurélien Tchouaméni dans Mission Cléopâtre, son seul rôle au cinéma - Youtube / Montage/20 minutes
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • A la veille du match France-Ecosse de mardi soir, à Lille, Aurélien Tchouaméni s’est exprimé au sujet des calendriers toujours plus chargés pour les footballeurs.
  • Ces derniers mois, les joueurs n’hésitent plus à prendre publiquement la parole pour critiquer la boulimie de matchs et de compétitions des instances mondiales et européennes.
  • Cette prise de conscience peut-elle mener à une fronde organisée ? C’est ce que pensent les membres de la FIFPRO, le syndicat international des joueurs de foot.

L’histoire avec un grand H bégaye, c’est bien connu. Ainsi, selon la légende, à l’image de Marie-Antoinette qui, à la veille de la Révolution française, informée que son peuple n’avait plus un quignon de pain à se mettre sous les ratiches, faisait dans le bon mot en lui conseillant de « manger de la brioche », les maîtres du football mondial ne semblent pas prendre conscience de ce qui est en train de se jouer sous leurs yeux. En effet, las de voir ceux-ci décider du nombre – toujours plus grand – de compétitions à jouer et façonner façon burin leurs calendriers démentiels, les footballeurs grondent.

Cette semaine, côté français, c’est Aurélien Tchouaméni qui s’y est collé, à quelques heures d’affronter l’Ecosse à Lille en match amical. « Évidemment qu’on joue trop de matchs ! », s’est exclamé le milieu de terrain du Real, avant de développer son argumentaire : « C’est une surprise pour personne. Je me souviens qu’auparavant, la Champions League c’était une fois toutes les 2 semaines, c’était le seul moment où les joueurs enchaînaient des semaines à 3 matchs alors qu’aujourd’hui c’est récurrent. C’est aux instances de faire quelque chose ! Ce sera à nous de se rassembler aussi, pour taper du poing sur la table. Jouer des saisons à 70 ou 80 matchs, c’est impossible ».

Dans le même temps, son homologue hollandais Virgil Van Dijk en venait à dire qu’il préférerait s’asseoir sur une partie de son salaire pour peu que ça lui permette de jouer moins de matchs. Il y a quasiment un an jour pour jour, déjà, lors de cette même trêve internationale d’octobre, c’est Thibaut Courtois qui tirait la sonnette d’alarme, au point qu’on se demandait alors dans un papier « à quand le grand soir des footballeurs ? ». Un an plus tard, la question se pose avec d’autant plus de poids. C’est une révolte ? Non, sire, c’est une révolution.

La FIFPRO se sent moins seule

Après avoir longtemps « prêché dans le désert », David Terrier se sent en effet de moins en moins seul dans sa lutte. Si les grandes instances continuent de faire l’autruche, les joueurs, eux, semblent enfin réceptifs. « Il y a deux ans, quand on alertait sur l’augmentation préoccupante du temps de jeu, les footballeurs nous répétaient qu’ils étaient d’accord avec nous mais nous disaient aussi qu’ils voulaient quand même jouer tous les matchs. Aujourd’hui, ils nous disent qu’ils n’y arrivent plus. C’est un moment de bascule. Ça fait du bien de voir que le sujet intéresse enfin », sourit le vice-président de l’UNFP et président de la branche Europe de la FIFPRO. Même constat outre-Manche, où son homologue britannique Maheta Molango, de PFA, le syndicat des joueurs de Premier League, parle d’un « nombre significatif de nombre de joueurs en colère et non plus de cas isolés ».

Jusqu’alors, les tops joueurs, puisque c’est bien d’eux qu’on parle quand on aborde le thème de l’overdose de matchs, hésitaient à l’ouvrir, conscient de leur situation de privilégié dans un monde qui va de mal en pis. Peut-être nos Bleus se souviennent-ils aussi de l’accueil réservé en 1963 par les médias et l’opinion publique, qui n’avait pas hésité à descendre Raymond Kopa et ses revendications pour mettre fin au contrat à vie, fin à l’ère de « l’esclavagisme », le taxant d’égoïsme, d’enfant trop gâté qui n’a pour seul métier que celui de taper dans un ballon.

« Ils ont longtemps craint les réactions du grand public, notamment sur les réseaux sociaux, mais même malgré ça, à un moment donné trop c’est trop. Les joueurs ne participent à rien, ils n’ont pas de pouvoirs décisionnels et, surtout, ils n’ont pas le droit de se plaindre », abonde David Terrier, qui est allé à la rencontre de l’équipe de France en fin de saison dernière pour causer fatigue physique, mentale, et syndicalisme. « Ils me disaient qu’ils en venaient à sélectionner leur match, ou des bouts de match dans lesqules ils se donnaient à fond, pour ne pas être cuit en fin de saison », confie-t-il. « Pour les joueurs, on a l’impression que c’est " joue et ferme ta gueule " », fulminait dans nos colonnes Vahid Halilhodzic avant le Mondial au Qatar, il y a un an de ça.

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Toujours plus de temps de jeu, toujours plus jeunes

Alors que la FIFA a échoué à nous rentrer de force dans le gosier sa Coupe du monde biennale, elle a tout de même acté un Mondial à 48 équipes et une Coupe du monde des clubs (à partir de 2025), tandis que l’UEFA a dégainé sa nouvelle mouture de la C1 à 36 équipes et son Euro à 24. Par charité chrétienne, nous dit-on, pour ouvrir le football aux sans dents qu’on aurait trop longtemps mis de côté. « C’est d’une hypocrisie sans nom puisque, à la fin, ce sont toujours les mêmes joueurs, ceux des grands clubs et des grandes nations, qui vont le plus loin et qui jouent le plus », s’insurge Terrier. Le tout avec l’aval des fédérations nationales et des clubs, aveuglées par la promesse d’un beau chèque chaque fin de saison. Pourtant les chiffres sont là, parlant, hurlant même. Selon le dernier rapport de la FIFPRO :

  • À 22 ans, Vinicius Junior a déjà joué 18.876 minutes en club et en équipe nationale, soit plus de deux fois plus que Ronaldinho au même âge.
  • À 24 ans, Kylian Mbappé a joué 26.952 minutes, soit 48 % de plus que Thierry Henry au même âge.
  • Jude Bellingham aura joué plus de 30 % de minutes en plus en compétition à son 20e anniversaire, plus tard ce mois-ci, que Wayne Rooney au même âge.
Le temps des jeu des meilleurs joueurs français à 23/24 ans.
Le temps des jeu des meilleurs joueurs français à 23/24 ans.  - Sofascore/20minutes

« Les tops joueurs sont au bord de la rupture, on le voit chaque saison avec un nombre toujours plus important de blessure, physique ou psychologique. C’est aberrant. » « Il est prouvé que la cannibalisation du calendrier des matchs soumet les joueurs de haut niveau d’aujourd’hui à un stress mental et physique plus important que la génération précédente, a récemment déclaré Jonas Baer-Hoffmann, secrétaire général de la FIFPRO, Le calendrier des matchs à partir de 2024/2025 exercera une pression accrue sur leur santé et leur carrière. Ensemble, nous avons tous un devoir de vigilance envers ces joueurs, et l’industrie doit accélérer la mise en œuvre d’actions visant à préserver leur santé et leur bien-être ».

Guardiola appelle à la grève générale

Et David Terrier de s’inquiéter, en prenant l’exemple de Raphaël Varane, l’homme pourtant si lisse qui a dit merde au système, au lendemain de la Coupe du monde au Qatar : « La comparaison du temps de jeu de Mbappé et de Thierry Henry au même âge est déjà très parlante, mais il faut savoir que Jude Bellingham a déjà plus joué de matchs que Kylian Mbappé au même âge ! Jusqu’où ça va aller ? ! Les médecins nous disent que ça va devenir impossible pour les joueurs de garder leur niveau de performance très longtemps. On va tout droit vers des joueurs totalement essorés à peine la trentaine passée et vers des carrières plus courtes ».

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Que reste-t-il alors à nos prêcheurs de l’apocalypse pour enrayer la machine infernale ? La lutte ? La grève ? « Oui », répond Molango. « Guardiola lui-même a publiquement parlé de la nécessité pour les joueurs de faire grève », rappelle-t-il, prenant en exemple le mouvement social des internationales espagnoles après le scandale Rubiales. « Les joueuses ont décidé de changer quelque chose et elles l’ont changé. Ils ont été obligés de changer, parce que les joueuses l’ont décidé […]. Le plus grand héritage, c’est ça », rappelait le Catalan il y a quelques jours.

« En tant que syndicat, nous sommes actuellement en train de considérer les options de protestations qui s’offrent à nous », assure Molango. « Quand on est à Clairefontaine en juin, les Bleus nous ont dit '' C’est la deuxième fois que tu nous parles de ça mais qu’est-ce qu’on peut y faire ? De toute façon personne ne nous écoute ''. Je leur ai répondu que ça devait venir d’eux. Il faut qu’ils fassent grève, qu’ils disent '' stop, on ne joue plus ''. C’est triste à dire mais c’est la seule solution pour que les instances les écoutent, estime David Terrier. Il faut qu’elles comprennent que les joueurs sont derrière nous et que la situation n’est plus tenable. Nous devons trouver une solution et un nouvel équilibre, même si le mal est en partie fait car les compétitions ont été validées. » Mais l’histoire a montré que rien n’était jamais irréversible. Parlez-en à Marie-Antoinette.

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