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Obsèques de Just Fontaine : « Tu seras notre éternelle légende »… Le dernier adieu à « Justo »
Reportage•Décédé le 1er mars, Just Fontaine, l’une des premières stars du football français, a été inhumé ce lundi à ToulouseNicolas Stival
L'essentiel
- Décédé le 1er mars à l’âge de 89 ans, Just Fontaine a été inhumé ce lundi à Toulouse.
- Plusieurs centaines de personnes ont assisté aux obsèques de l’homme aux 13 buts lors de la Coupe du monde 1958, dont de nombreuses figures du football français.
- La cérémonie a été organisée en deux temps dans la cathédrale Saint-Etienne, avec une suite d’hommages avant l’office religieux à proprement parler.
Sous une pâle éclaircie de début mars, le cercueil de Just Fontaine recouvert du drapeau tricolore quitte la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse, avec les paroles de Nous nous reverrons un jour ou l’autre de Charles Aznavour en fond sonore. Deux portraits, l’un de sa période de joueur, l’autre au soir de sa vie, encadrent la dépouille de l’homme qui a bâti sa légende en inscrivant 13 buts lors de la Coupe du monde 1958, record inégalé et probablement inégalable.
Il est 16 heures ce lundi et bientôt, l’une des icônes du sport français, décédée le 1er mars à 89 ans, reposera à deux kilomètres de là, dans le vaste cimetière de Terre-Cabade. Au sortir de deux heures de cérémonie, sa femme Arlette, leurs deux enfants et leurs cinq petits-enfants reçoivent le soutien de proches et de célébrités du foot tricolore.
L’hommage de Guy Roux
Parmi ces dernières, Guy Roux, flanqué de l’ancien président de la LFP Frédéric Thiriez, et intarissable sur « Justo » comme ce dernier l’était lorsqu’il s’agissait de raconter des anecdotes :
« C’était un homme extraordinaire, un footballeur fantastique, souligne l’ancien entraîneur auxerrois. Il y en avait deux dans ma jeunesse, Raymond Kopa et Just Fontaine. Je n’ai pas pu aller aux obsèques de Raymond Kopa [en 2017] car j’étais malade et là, étant en bonne santé, je suis venu. C’était un joueur formidable, d’une époque pas si éloignée, avec de mauvais terrains, de mauvais ballons mais avec beaucoup d’habileté, d’intelligence de jeu. Et ses qualités de sociabilité, de respect de l’amitié et des autres, étaient exceptionnelles. » »
Bien sûr, il a été question du fameux record de 1958 lors des hommages prononcés devant plusieurs centaines de personnes avant l’office religieux proprement dit, clôturé par un émouvant Ave Maria interprété par l’ancien pilier argentin du Stade Toulousain Omar Hasan, désormais baryton. Le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, le président par intérim de la FFF Philippe Diallo, le président du syndicat des footballeurs (UNFP) Philippe Piat puis l’écrivain et biographe Marc Bradfer, ont tour à tour évoqué leur « Justo ».
Mais cette marque indépassable n’a pas éclipsé les nombreux autres paragraphes d’une riche existence, démarrée en 1933 à Marrakech, dans un Maroc alors sous protectorat français : son riche palmarès à Nice puis Reims, ses 30 buts en seulement 21 sélections en Bleu (9e réalisateur de l’histoire, entre Zinédine Zidane et Jean-Pierre Papin), la création de l’UNFP, sa carrière d’entraîneur marquée par l’accession du tout jeune PSG à la D1 en 1974…
Et puis, bien sûr, sa longue vie à Toulouse – où « Justo » avait rencontré son épouse un jour de match au Stadium, en 1960 – rythmée par son commerce d’articles de sport, ses parties de tarot et ses déambulations au marché Victor-Hugo, où « il traînait la jambe comme un forçat son boulet » (Philippe Piat), à cause de cette fracture tibia-péroné qui avait brisé sa carrière, à 27 ans à peine.
« L’admiration » de Dennis Bergkamp pour « Justo »
« Tu seras notre éternelle légende », a glissé entre deux sanglots sa fille Florence, au moment de conclure la plus courte et la plus poignante intervention de l’après-midi. Une légende mondiale même, comme l’illustre par l’exemple Damien Comolli, à la sortie de la messe. « Quand Arsène [Wenger] entraînait Arsenal, il avait un jour présenté Just Fontaine à Dennis Bergkamp, raconte le président du TFC. Il lui avait demandé : ''Dennis, tu sais qui c’est ?''. Bergkamp ne le savait pas. Arsène le lui a dit. On a alors vu l’admiration dans les yeux de Bergkamp qui brillaient. ''Jamais personne ne battra votre record'', lui avait-il alors lâché. »
Comolli se souvient, lui aussi, « du grand sens de l’humour et de l’humilité » de celui qui était « l’idole de [son] grand-père ». « Il était disponible, sympa, c’était un honneur de le côtoyer, appuie Alain Giresse, représentant ce lundi de la génération des Bleus 1982 avec Bernard Lacombe, alors que Fabien Barthez incarnait les champions du monde 1998. Il n’était jamais donneur de leçons. »
Avec Just Fontaine disparaît l’un des ultimes témoins de la première grande épopée française dans une Coupe du monde, avec la 3e place décrochée lors du Mondial suédois. Il reste trois survivants de l’aventure de 1958, qui n’avaient pas joué une minute de la compétition : le gardien Dominique Colonna, le défenseur Robert Mouynet et le milieu Bernard Chiarelli, respectivement âgés de 94, 92 et 89 ans.
Une collecte pour les Restos du cœur
Mais le souvenir du bombardier marocain n’est pas près de s’estomper, à Toulouse comme ailleurs. « Je suis ici pour rendre hommage à la famille et à Justo, et pour dire que les Rémois ne l’oublieront jamais, lance Jean-Philippe Caillot, le président du Stade de Reims, où une fresque vient d’être dévoilée en l’honneur de l’ancien buteur champenois. J’entends parler de la mise en place d’une statue et comme cela avait été le cas pour celle de Raymond Kopa, le club sera à fond derrière cette opération. »
En attendant peut-être que « Justo » donne son nom à un grand stade, comme le rêve tout haut son biographe Marc Bradfer, dont l’ouvrage était offert à l’entrée de la cathédrale, en échange d’un don aux Restos du cœur.


















