Benfica-PSG : « Je me sens sali »… Les ultras dénoncent des fouilles « honteuses » à Lisbonne

FOOTBALL De nombreux fans du PSG en déplacement à Lisbonne mardi ont rapporté des palpations bien trop poussées de la part des agents de sécurité ainsi qu’un comportement violent de la part des forces de l’ordre à leur encontre

Aymeric Le Gall
Les supporters parisiens étaient près de 3.000 à avoir fait le déplacement à Lisbonne, mardi, en Ligue des champions.
Les supporters parisiens étaient près de 3.000 à avoir fait le déplacement à Lisbonne, mardi, en Ligue des champions. — Armando Franca/AP/SIPA
  • Les fans du PSG en déplacement à Lisbonne, mardi, en Ligue des champions, ont dénoncé des palpations abusives de la part des agents de sécurité.
  • Ils évoquent aussi des matraquages gratuits de la part de policiers visiblement prêts à en découdre à la moindre occasion.
  • Trois membres du Collectif Ultras Paris (Céline, Edith et Philippe) ont accepté de raconter leur histoire à 20 Minutes.

De mémoire d’ultras, ils n’avaient jamais vécu ça. À l’occasion du déplacement à Lisbonne, mardi, pour suivre leur équipe du PSG en Ligue des champions face au Benfica, les supporteurs parisiens ont vécu ce qui, au fil des témoignages récoltés, s’apparente à un véritable calvaire. Matraquage généralisé de la police dès le lancement du cortège vers le stade de la Luz, jets de projectiles de la part de petites bandes de supporteurs benfiquistes et, surtout, palpations bien trop poussées de la part des agents de sécurité avant l’entrée au stade. Depuis, beaucoup ont commencé à s’indigner sur les réseaux sociaux et à partager leur histoire sous le hashtag « #BenficaRapedMe » ( » Benfica m’a violé »). Contactés par 20 Minutes, certains et certaines ont accepté de nous livrer leur témoignage.

Membre du Collectif Ultra Paris, Céline est une habituée des déplacements à travers la France et l’Europe et, comme beaucoup, elle assure n’avoir « encore jamais vécu ça ». Si les accueils chaleureux des supporteurs adverses font partie de la vie d’ultra, celui de mardi était particulièrement appuyé. « Pendant le cortège, des supporteurs de Benfica nous attendaient, on a pris des bières sur la tronche, des cailloux, etc. Les Parisiens ont réagi mais de manière plutôt sobre, c’était plus des insultes, des doigts d’honneur mais aucune réaction physique. Et là les flics ont commencé à nous matraquer à tout va, et ça s’est accentué quand on est arrivé devant le stade, au niveau de l’entrée du parcage. Ils avaient des regards noirs, ils ont commencé à redonner des coups de matraque, j’en ai été témoin : le mec devant moi n’a rien dit et il s’est mangé un coup totalement gratuit. »




Le spectre du Stade de France plane au-dessus de Lisbonne

Craignant un mouvement de foules, les leaders du CUP auraient tenté de calmer le jeu en demandant à leurs membres de ne pas régir aux provocations de la police portugaise. « Je ne suis pas de nature flippée, ça fait 25 ans que je fais des déplacements, mais j’ai commencé à me dire que ça pouvait déraper, poursuit cette ultra. On a tous en tête ce qu’il s’est passé au Stade de France ou en Indonésie plus récemment et on sait à quel point ça peut vite tourner au drame. Heureusement, les leaders sont intervenus rapidement pour calmer les esprits. Les Parisiens n’ont pas surréagi parce que sinon ça aurait pu mal tourner. Mais honnêtement, les flics, des cow-boys… ». Autre membre du Collectif Ultra Paris, Philippe a lui aussi assisté à des scènes violentes.

En arrivant dans la zone visiteur, je me suis retrouvé devant les flics et j’ai vu un ami à moi, qui n’avait rien fait si ce n’est marcher vers les portes, se prendre quatre gros coups de matraque derrière la nuque par un policier qui arrivait dans son dos », souffle-t-il.

Voilà pour la première lame. La deuxième ne tardera pas à arriver, quelques mètres plus loin, au niveau des portiques de sécurité, pour la traditionnelle palpation réalisée par les agents de sécurités. Céline relate : « Là c’était je te passe la main sous le soutien-gorge, et je passe, je repasse, je lève le soutien-gorge pour vérifier qu’on n’a rien caché. Je descends au niveau du bas-ventre, l’entrejambe, je remonte encore une fois. La dame m’a demandé d’écarter les jambes une première fois, puis un peu plus, et encore un peu plus. Ensuite elle passe sa main derrière ma ceinture, elle aurait clairement pu dire la couleur de ma culotte ! Quand je suis sortie de la fouille, j’ai vu les regards de tout le monde, les mecs étaient estomaqués, certains nous ont dit qu’ils avaient pris des mains dans les fesses, palpations des testicules. On était tous choqués. J’en ai connu des fouilles un peu raides, à Barcelone ou en Belgique, mais des comme ça… Ce n’était plus une fouille, c’était des attouchements. »

Passée après son amie Céline et son conjoint, Edith, cette abonnée à Auteuil et membre du CUP, a connu pire si l’on ose dire. Voici son récit.

Au début la palpation se présentait normalement, les bras, le haut du dos, sous les seins mais au-dessus du pull. Sauf qu’après, la dame a passé sa main sous mon soutif, elle a touché mes seins, et ça a duré 10 à 15 secondes, ça paraissait interminable. Je lui dis "c’est mon soutien-gorge là !". Elle me répond '"it’s okay, it’s okay" et elle continue. Ensuite elle passe ses mains dans mon dos, autour de ma taille, là ça va, mais ensuite pareil, elle rentre ses mains sous le pantalon comme pour me tripoter la culotte. Là je le regarde je lui dis "it’s my culotte !", j’étais tellement choquée que j’ai même pas réussi à le dire en anglais ! Elle poursuit ensuite la palpation au niveau des jambes, elle me demande d’écarter à fond et, sans rires, elle monte jusqu’à mon entrejambe et je sens sa main sur mes parties génitales. Et après ça elle me dit "it’s okay, you can go", comme si de rien n’était… Je suis en colère, rien que le fait de vous en parler, je ne suis pas bien. »

« On a été victime d’attouchements sexuels »

Lui aussi habitué des fouilles, Philippe avance vers l’agent de sécurité en ayant pris soin au préalable de vider ses poches et d’écarter les bras et les jambes. La suite va le surprendre : « Le mec avance vers moi et direct il met ses mains dans mon caleçon et il commence à me toucher les parties génitales, les fesses. J’étais halluciné. On nous a aussi dit qu’une fille s’était fait toucher le vagin… » D’instinct, il aurait pu réagir, esquisser un mouvement de recul ou d’énervement, mais, dit-il, « sur le coup je ferme ma bouche car si j’avais fait le moindre geste, vu qu’il y avait les casqués juste à côté, je pense qu’à l’heure actuelle je n’aurais plus de visage, ou au moins de gros hématomes. » « Ils n’attendaient que ça, qu’on réagisse », confirme Edith.

Trois jours après les faits, Philippe se sent « sali ». « Je me suis encore pris trois douches aujourd’hui pour enlever la crasse que j’ai sur moi. On a été victime d’attouchements sexuels, ni plus ni moins. » « Sur le coup, je me suis dit "mais en fait on s’est fait violer collectivement par les stadiers" », embraye Edith. De leur côté, Philippe et Céline relatent aussi le traitement réservé à un de leur ami diabétique qui, après avoir donné la preuve formelle qu’il souffrait bien de diabète, a vu l’un des stadiers lui confisquer sa barre chocolatée et la « balancer dans la poubelle ».




De son côté, si le PSG n’a pas encore officiellement réagi, il prend l’affaire très au sérieux et mène l’enquête pour faire toute la lumière sur ce qu’il s’est passé, en attendant d’éventuelles remontées et plaintes auprès de l’UEFA. L’instance européenne pourrait quoi qu’il en soit se pencher sur le cas de Benfica puisque, selon certains confrères portugais et français, ce n’est pas la première fois que des supporteurs adverses ont eu à vivre pareils comportements cette saison. Le 6 septembre dernier, des fans du Maccabi Haïfa auraient connu plus ou moins le même sort que les Parisiens mardi. Et Edith de conclure : « Il faut que l’UEFA sanctionne Benfica pour que cela ne se reproduise plus jamais dans un stade. On est des êtres humains, on n’est pas des animaux. On n’a pas à vivre ça en venant voir un match de football ».