OL – OM interrompu : Sanctions individuelles, filets anti-projectiles… Comment faire pour ne plus revivre ce genre d’incidents ?

FOOTBALL Le match entre Lyon et Marseille a été arrêté dimanche après que Dimitri Payet a reçu une bouteille d'eau sur la tête

Antoine Huot de Saint Albin
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Alors que Dimitri Payet est au sol, Ruddy Buquet demande aux joueurs de rentrer aux vestiaires.
Alors que Dimitri Payet est au sol, Ruddy Buquet demande aux joueurs de rentrer aux vestiaires. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • OL-OM, dimanche soir, s'est arrêté au bout de quelques minutes de jeu après qu'un spectateur a envoyé une bouteille d'eau sur Dimitri Payet.
  • Presque deux heures se sont écoulées entre la suspension du match et l'arrêt définitif de la rencontre et de nombreux acteurs se sont renvoyés la balle en fin de soirée.
  • Gestion des supporters, choix des sanctions, sécurité à revoir... Quelles sont les solutions pour venir à bout de ce type d'incidents ?

Ce qui est pratique, avec ces interruptions de matchs, comme dimanche soir lors d’OL-OM, c’est qu’on commence à en avoir l’habitude. Ça permet même de mieux organiser son agenda. Le petit qui peine à s’endormir ? Aucun souci pour le bercer alors que Thierry Henry se désole sur son siège. La vaisselle qui déborde de l’évier ? Allez, deux, trois assiettes pendant que le téléphone de Jean-Michel Aulas sonne à tout va. Bref, on s’y fait.

Mais une fois que tout est rangé à la maison, c’est l’ennui total. Puis le désespoir. Comment en est-on arrivés à voir Payet étendu au sol au bout de deux minutes sans être plus surpris que cela ? Comment faire pour éviter que l'imbécile qui a lancé la bouteille ne vienne pas nous pourrir notre prochain dimanche soir ? Quelles sont les sanctions appropriées ? 20 minutes fait le point. 

Un processus clair en cas d’incident de ce type

Imaginez, comme cela avait été annoncé par le speaker du Parc OL à 22h05, que le match ait repris : on n'aurait fini pas avant 00h30. Super pour les gamins qui reprennent l’école à 8 heures le lendemain, pour ceux qui ont fait des centaines de kilomètres pour venir assister au match, pour les journaux (à 20 Minutes, par exemple) qui ont des impératifs de bouclage… Un protocole clair doit être établi si ce genre d’incidents se reproduit, alors que les textes précisent bien que c'est à l'arbitre que revient la décision finale d'arrêter ou pas une rencontre. 

« Il faut se mettre d’accord sur les règles, reconnaissait Roxana Maracineanu, la ministre déléguée aux Sports sur BFMTV ce lundi matin. Il faut que les instances du football écrivent noir sur blanc ce qu’il se passe en cas de jet de projectile (…). Il faut que l’arbitre sache quoi faire. Hier [dimanche], tout le monde aurait dû être d’accord pour arrêter le match immédiatement. » Et éviter à chacun de jouer sa petite partition devant les caméras ou sur les réseaux sociaux, de Jean-Michel Aulas à la préfecture du Rhône, après plusieurs heures à faire aimablement pression sur Ruddy Buquet dans un sens ou dans l'autre. 

L’individualisation des sanctions

La commission de discipline de la LFP et les préfectures ont tout tenté : amendes, huis clos partiel, huis clos total, parcage adverse fermé, interdiction aux supporters visiteurs de se déplacer, points enlevés aux équipes…Pourtant, rien ne semble assez dissuasif pour stopper les idiots en tout genre.

« La question n’est pas de sanctionner plus mais de sanctionner mieux, nous disait il y a quelques semaines Ronan Evain, le directeur général de l’association Football Supporters Europe. Or, sanctionner mieux, c’est sanctionner individuellement, de manière proportionnée, légitime, d’autant qu’on a à disposition tout l’arsenal législatif et répressif nécessaire. Aujourd’hui, les sanctions à titre conservatoire [fermeture de tribunes, huis clos…] ne répondent pas à ce souci de transparence et de proportionnalité. »

Cela avait, semble-t-il, été entendu par l’Etat. A la suite des incidents à Bollaert, mi-septembre, Roxana Maracineanu indiquait vouloir recourir à des « sanctions individuelles » contre les supporters de football en cas d’incidents ». Dimanche soir, Thierry Henry, consultant Prime Video, évoquait l’idée d’un bannissement à vie des personnes impliquées dans ce type d’incidents, comme cela se fait régulièrement en NBA

Dans son dernier communiqué, l'OL, qui prétendait en 2018 avoir banni à vie un supporter pour un salut nazi, « entend pouvoir radier à vie l'individu si la Ligue et la justice donnent les moyens aux clubs de le faire», reproduisant entre les lignes un reproche souvent adressé aux magistrats par les clubs pros : celui de manquer de fermeté dans les sanctions judiciaires prononcées. 

Le retour des filets anti-projectile

Cela n’empêchera pas un « abruti », dixit Jean-Michel Aulas, d’envoyer n’importe quoi sur la pelouse, mais cela évitera, peut-être, que l’objet atteigne un joueur. Dimanche, au Parc OL, aucun petit filet transportable, comme on en avait vu au Vélodrome face au PSG, n’était là pour protéger Dimitri Payet sur le corner, alors que l’OL en avait en coulisses, comme on a pu le voir pendant l’interruption du match.

Plus que des filets transportables, l’OL pourrait devoir remettre, à terme, des grands filets de protection, pour « couvrir » ses virages. Face à Hoffenheim, en novembre 2018, ils avaient ainsi été installés, après une demande de l’UEFA. « On ne va pas mettre des filets partout pour un individu, alors que 99 % des gens viennent au match avec des intentions non belliqueuses, a répliqué pourtant JMA dimanche. Comme souvent, c’est quand les incidents sont les moins virulents et collectifs qu’on prend des décisions.»

Revient aussi sur l’échiquier la question des stadiers, pas uniquement à Lyon, souvent issus d’entreprises privées, moins nombreux cette saison, après quelques défections à la suite de la crise sanitaire. « Il y a une perte de compétence au niveau des stadiers, nous disait Ronan Evain. Si la sécurité est une telle priorité, alors on donne les moyens aux stadiers de faire leur métier dans des conditions correctes. Quand on paie des gens une misère, il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils se mettent en danger pour sécuriser les terrains. »

Remettre une pièce dans le dialogue avec les supporters

Après les incidents survenus à Lyon, Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, recevra ce mardi Jean-Michel Blanquer et Roxana Maracineanu, ainsi que des représentants de la LFP et la FFF pour « voir ce qu’il faut faire ». Malheureusement, sans aucun représentant des supporters. Pourtant, l’Instance nationale du supportérisme, qui ne s'est pas réuni depuis le mois de mars, a été créée spécialement pour ça. 

Souvent dans le viseur des autorités, les groupes ultras jouent par ailleurs un rôle important dans le maintien de l’ordre de leur tribune. Sans pour autant pouvoir tout contrôler. Ainsi, quelques jours avant le match face à Marseille, les Bad Gones, principal groupe de supporters de l’OL, avaient bien précisé « qu’aucun geste déplacé ne serait toléré », explique L'Équipe. Après la bouteille jetée sur Dimitri Payet, l’auteur s’est pris une claque par l’un des capos devant les caméras.



A Bordeaux, les Ultramarines avaient, avant le match face au PSG, et même durant la rencontre, appelé aussi les supporters à ne jeter aucun projectile sur la pelouse. En vain. Même quand la direction d’un club, en l’occurrence l’OM, et son joueur vedette, Dimitri Payet, appellent au calme avant le classique, cela n’a pas empêché que la pelouse du Vélodrome ne se transforme en fontaine de Trevi.

Un peu de dignité, s’il vous plaît

Dimanche soir, on a attendu longtemps avant que l’arrêt du match ne soit définitivement entériné. Pendant ces quasi deux heures de vide, aucune réaction officielle, aucune explication. Et puis, en fin de soirée, tous les décisionnaires y sont allés à coeur joie. La Préfecture et la LFP qui se renvoient l’ascenseur à base de communiqué, Jean-Michel Aulas qui reporte la faute sur l’arbitre et qui minimiserait presque l’incident, Ruddy Buquet qui sous entend qu’il y a eu des pressions extérieures...lunaire.

On aurait aimé, par exemple, voir Jean-Michel Aulas arriver bras dessus bras dessous avec Pablo Longoria, justifier l’arrêt du match sans aucun « mais » qui tienne. Le président marseillais est peut-être le seul dans cette soirée pitoyable à avoir eu le recul nécessaire, une posture facilitée par la situation de l'OM, victime du début à la fin dans l'histoire : « On doit trouver des solutions tous ensemble, tout le foot français, pour ne plus que ça arrive. On a cette responsabilité, on doit trouver la solution pour sortir de là. »

Une prise de hauteur salutaire aurait aussi été nécessaire chez les joueurs. Les Lyonnais, comme les Niçois avant eux d’ailleurs, auraient pu/dû se montrer solidaires de Dimitri Payet. Et en voyant Bruno Guimaraes, dans les couloirs, invectiver les Marseillais (« Viens jouer putain ») à revenir sur le terrain, on comprend qu’il y a encore du boulot à ce niveau.