France-Finlande : Pourquoi Karim Benzema reste-t-il une « icône » à Lyon, malgré son départ de l’OL à 21 ans ?

FOOTBALL L'attaquant des Bleus retrouve sa ville natale, ce mardi (20h45), à l'occasion du match de qualification pour le Mondial 2022 contre la Finlande

Jérémy Laugier
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Karim Benzema, ici au moment de son entrée en jeu, samedi soir en Ukraine (1-1).
Karim Benzema, ici au moment de son entrée en jeu, samedi soir en Ukraine (1-1). — FRANCK FIFE / AFP
  • Quatre mois après son retour en équipe de France, Karim Benzema va vivre ce mardi (20h45) l’un de ses moments les plus marquants avec les Bleus, à l’occasion d’un France-Finlande disputé au Parc OL.
  • Si l’attaquant madrilène va découvrir l’enceinte de Décines à l’occasion de ce match de qualification pour le Mondial 2022, ce rendez-vous reste un retour forcément spécial dans sa région de naissance.
  • Formé dès l’âge de 8 ans à l’OL, Karim Benzema a remporté quatre titres de champion de France avec son club formateur entre 2005 et 2008. S’il a quitté le Rhône à seulement 21 ans, il reste « une icône » aux yeux des supporters lyonnais.

Si vous demandiez à un supporter lyonnais ses plus grandes émotions footballistiques, il serait capable de vous citer un obscur OL-Metz (2-0) de janvier 2005. La raison ? En un coup du sombrero suivi d’une passe décisive pour Bryan Bergougnoux, Karim Benzema avait, du haut de ses 17 ans et avec un maillot au numéro 33 non floqué de son nom, fait chavirer Gerland dès sa première apparition professionnelle. Seize années plus tard, tout Lyon s’apprête à fêter ce mardi (20h45) le retour de son enfant roi, pour ce qui devrait constituer la dimension la plus exaltante de ce France-Finlande. Entre l’OL et Karim Benzema, c’est une histoire passionnelle quasi viscérale, et sans la moindre tache.

On en arrive à se poser une question : comment « KB9 » peut-il être à ce point considéré comme l’une des légendes du club – à l’image d’un tifo du virage nord célébrant 13 joueurs dont lui en octobre 2015 – alors qu’il a quitté Lyon à seulement 21 ans ? « OK, il est parti très tôt, mais pour de grands horizons, rappelle Armand Garrido, l’un de ses principaux formateurs à l’OL. L’opportunité du Real Madrid en 2009 [pour 35 millions d’euros] était alors trop belle pour tout le monde. Moi le premier, j’avais des doutes, je me disais qu’il était fou de s’attaquer à un tel truc. Et puis j’ai totalement compris que j’avais entraîné un mec hors du commun. » Car la cote de popularité du Brondillant dans sa région tient au moins autant à ses quatre Ligues des champions conquises au Real qu’à ses quatre sacres de champion de France avec l’OL (de 2005 à 2008).

Karim Benzema a effectué ses débuts professionnels à 17 ans avec l'OL, et il y a inscrit 66 buts en 148 matchs.
Karim Benzema a effectué ses débuts professionnels à 17 ans avec l'OL, et il y a inscrit 66 buts en 148 matchs. - FAYOLLE PASCAL/SIPA

« Il sera à vie attaché au club »

« On sait à quel point les Lyonnais sont attachés aux joueurs formés ici et qui réussissent une belle carrière au plus haut niveau. Là, accumuler autant de titres et être aussi longtemps vu comme un patron dans un tel club, c’est vraiment exceptionnel », résume avec admiration Armand Garrido, bien conscient de « la portée sociale de sa réussite, lui le garçon venant d’un quartier ». Il n’y a pas eu besoin d’attendre le spontané « Allez l’OL » du gone du Terraillon, dimanche au micro de Téléfoot, pour savoir à quel point il était resté un passionné de son club formateur.

« Karim a percé grâce à l’OL et il sera à vie attaché au club, confirme l’ancien défenseur lyonnais Sandy Paillot, qui a vécu l’intégralité de sa formation à ses côtés, dès l’âge de 8 ans, sur les terrains de la Plaine des Jeux de Gerland. Il a toujours aimé jouer devant ses amis à Lyon et il revient souvent ici, c’est resté sa ville. Forcément, tout cela compte beaucoup aux yeux des supporters. »

Karim Benzema a notamment survolé la saison 2007-2008, avec 20 buts et 9 passes décisives en Ligue 1, pour conduire l'OL vers son 7e titre de champion de France consécutif.
Karim Benzema a notamment survolé la saison 2007-2008, avec 20 buts et 9 passes décisives en Ligue 1, pour conduire l'OL vers son 7e titre de champion de France consécutif. - Michel Euler/AP/Sipa

« On s’identifie plus à Benzema au Real qu’à Lacazette avec Arsenal »

L’un d’entre eux, Vincent (29 ans), confirme sans bémol son attachement à Karim Benzema : « Il s’est montré essentiel dans la fin de l’âge d’or de l’OL. C’est vrai qu’on peut se demander pourquoi il y a un tel écart de considération à Lyon entre lui et par exemple Alexandre Lacazette, qui a peut-être vécu plus de moments marquants avec son club formateur. Mais on s’identifie plus aux quatre Ligues des champions de Benzema au Real qu’à l’Arsenal loser de Lacazette ». L’épatante régularité, depuis 12 ans loin de Lyon, de l’attaquant des Bleus, est donc un critère majeur dans son statut officieux de MVP de « la formidable académie ». Si bien que quand les Lyonnais évoquent « Benz », on a davantage l’impression que malgré l'envol rapide vers l’Espagne, ils vibrent plus comme un fan des Reds pour Steven Gerrard ou un amoureux de la Roma pour Francesco Totti qu’un Marseillais pour Samir Nasri, un autre talent français de la génération 1987 (parti à 21 ans pour Arsenal).

Lorsqu'il a marqué, pour son retour à Gerland sous le maillot du Real, en 8e de finale aller de Ligue des champions (1-1) en février 2011, Karim Benzema n'avait pas fêté son but.
Lorsqu'il a marqué, pour son retour à Gerland sous le maillot du Real, en 8e de finale aller de Ligue des champions (1-1) en février 2011, Karim Benzema n'avait pas fêté son but. - DAMOURETTE/SIPA

« C’est le véritable modèle de notre formation et la fierté de la ville, indique Richard, habitué du virage sud. Et puis il parle encore souvent de son lien avec Lyon, il n’a pas fêté son but à Gerland sous le maillot du Real [1-1 en 2011]... On sent tout son respect pour l’OL. Je me dis quand même que mon club n’a pas pu beaucoup profiter de son talent [66 buts en 148 matchs, contre 281 buts en 562 rencontres depuis avec le Real]. Mais il aura évidemment une grosse ovation au stade mardi car à Lyon, on n’a jamais rien eu à lui reprocher. » Pas même quand, à partir de 2015, l’affaire de la sextape de son coéquipier avec les Bleus Mathieu Valbuena propulse quasiment le Madrilène en ennemi public numéro un en France. Vincent décrypte la perception de cet interminable épisode depuis le Rhône.

A Lyon, on soutenait notre gone quoi qu’il arrive, et ça nous allait pas mal d’être en opposition avec le reste de la France sur le sujet. Quand on voit à quel point il est vu comme un modèle au Real, on avait un sentiment d’injustice quant à son traitement dans son propre pays. »

Des signes multiples, d’Houssem Aouar à Mariano Diaz

Les supporters lyonnais se souviennent également de chaque signe de Karim Benzema en direction de son club formateur, d’un post Instagram pour adouber Houssem Aouar avant son éclosion en Ligue 1 à son rôle d’intermédiaire-facilitateur en 2017, dans le transfert de Mariano Diaz du Real à l’OL, en passant par cette connexion privilégiée et ininterrompue dans le temps avec Bernard Lacombe et Jean-Michel Aulas. De quoi fantasmer encore et toujours un retour à Lyon du fils prodigue (33 ans), malgré sa récente prolongation au Real (jusqu’en 2023) ?

Son ancien agent Karim Djaziri, mais aussi Juninho et Jean-Michel Aulas n’ont cessé de maintenir l’espoir ces derniers mois. Le principal intéressé s’est pourtant montré très clair sur le sujet la semaine passée sur RTL : « J’ai deux clubs. J’avais Lyon, j’ai le Real Madrid. Tant que je pourrai jouer au plus haut niveau, je continuerai au Real Madrid parce que pour moi, c’est l’exigence au top et je me sens super bien là-bas ».

« Il est juste beaucoup trop fort pour nous »

« Pourquoi s’embêterait-il à revenir en France ?, demande de son côté Armand Garrido. Je n’y crois pas une seconde. Les supporters continueront de l’adorer, même s’il ne revient pas, tant il garde une image exceptionnelle ici, celle d’une véritable icône. Même en équipe de France, le revoir cette année sans la moindre rancœur, malgré tout ce qu’il a dû subir, c’est la meilleure réaction possible. »

A l’image de Vincent, les fans de l’OL semblent en effet s’être fait une raison : « On s’attendait tous à un léger déclassement de Karim après le départ de Cristiano Ronaldo du Real [en 2018] et donc à entrevoir une fenêtre pour qu’on le récupère. Sauf qu’il a depuis prouvé qu’il était le meilleur numéro 9 de la planète. Il faut le reconnaître : il est juste beaucoup trop fort pour nous ».