Equipe de France : Le retour de Benzema fait chavirer les cœurs et chauffer les cartes bleues

FOOTBALL Depuis l’annonce de la sélection de Karim Benzema pour l’Euro, les ventes de maillots des Bleus ont décollé. Et ce n’est pas fini

Nicolas Stival
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Karim Benzema a le sourire, jeudi à Clairefontaine. Les comptables de la FFF aussi.
Karim Benzema a le sourire, jeudi à Clairefontaine. Les comptables de la FFF aussi. — Franck Fife / AFP
  • A la FFF comme chez les professionnels du secteur, l’effet Benzema est palpable sur les ventes de maillots.
  • Des flocages « Benzema 19 » ont dû être fabriqués en urgence, dans un village de l’Aude.

C’est écrit. Le 19 sera le nombre vedette de l’été dans les rues et sur les plages, de Brest à Menton et de Strasbourg à Hendaye. Rien à voir avec une « hype » corrézienne alimentée par un nouveau tube de Trois Cafés Gourmands. On parle ici du retour de Karim Benzema en équipe de France pour l’Euro, flanqué du numéro de ses débuts lyonnais. « Depuis que je travaille chez Unisport, il y a un peu plus de cinq ans, c’est la première fois que je vois un seul joueur faire bouger un marché entier », indique Victor Saulnier, responsable des ventes France du distributeur danois d’articles de sport.

Enterré le championnat d’Europe 2016 à domicile, enseveli le Mondial 2018… Depuis la surprise divulguée par Didier Deschamps le 18 mai devant plus de 10 millions de téléspectateurs, la vague KB9 reste en suspension. « On vend plus de maillots Benzema que de maillots de tous les autres joueurs réunis, reprend le commercial. Plus généralement, entre la veille et le lendemain de l’annonce de Deschamps, on a vendu 2.400 % de maillots de l’équipe de France en plus. Et ça a continué les jours suivants. »

Combien cela représente-t-il de tuniques Nike ? Unisport reste muet sur le sujet, évoquant un environnement très concurrentiel. Du côté de la FFF, on ne communique pas davantage sur les chiffres. Mais Marie Trubert, responsable merchandising et licensing, confirme « un très gros pic à la suite de l’annonce » sur la boutique en ligne de la fédé, « plus fort » que lors des compétitions précédentes. « Il y a plusieurs effets. Ce maillot est précieux et désirable car il y a le badge de champion du monde. On sort aussi d’une période de crise sanitaire et les gens ont envie de se faire plaisir… »

« Il est au-dessus en termes de flocage »

Et le revenant madrilène ? « Oui, il y a un effet Karim Benzema, qui n’a plus été vu en équipe de France depuis 2015, concède Marie Trubert. C’est le retour d’un très bon joueur, élu meilleur Français évoluant à l’étranger par l’UNFP, il y a un engouement particulier. Il est au-dessus en termes de flocages, même si d’autres maillots sont aussi très demandés, comme ceux de Griezmann, Mbappé, Kanté, Hernandez ou Giroud. »

On en arrive aux questions techniques. Si le maillot est produit en Asie, les chiffres et les lettres qui l’ornent sont « made in France ». Plus exactement made in Espéraza, commune de 1.800 habitants nichée dans la haute vallée de l’Aude, essentiellement connue pour son musée des dinosaures. Née en 1906, l’entreprise Monblason et sa cinquantaine de salariés cultivent un savoir-faire plus que centenaire combiné à une remarquable discrétion.

Aude à la discrétion

« Il y a des joueurs auxquels on s’attendait, et puis il y a eu une surprise, confie simplement notre interlocuteur au bout du fil. On ne s’y attendait pas du tout. Mais ça fait partie de notre travail et c’est plutôt positif. » Rideau.

Monblason a dû concocter en urgence une plaque « Benzema » et des numéros 19 que les employés des magasins de sport floqueront à destination des fans. « C’est déjà en cours de livraison », assurait jeudi la FFF. En attendant, ça bricole. « Nous disposons de toutes les lettres de l’alphabet en stock ainsi que des chiffres 1 et 9 pour faire le 19, indique Victor Saulnier d’Unisport. Nous avons aussi un flocage standard, pour tous les joueurs qui existent. C’est identique en couleur et on se rapproche au niveau du style, sans le copier car nous n’y sommes pas autorisés. Il n’y a pas non plus le logo de la FFF dans le chiffre. » Le « Benzema 19 » officiel ne devrait donc plus tarder à décorer le dos des fans frustrés par la longue absence de l’artilleur du Real.

Des spécimens que l’on ne retrouve pas forcément chez les Irrésistibles Français, à en croire Fabien Bonnel, le porte-parole des quelque 900 membres de l’association de supporteurs des équipes de France de foot. « Honnêtement depuis l’annonce de Didier Deschamps, je n’ai pas vu de changement, ni de personnes me dire qu’elles avaient acheté le maillot, indique le trentenaire francilien pas fan du bleu marine actuel, et nostalgique du bleu roi des années 1990. C’est plutôt à la sortie des maillots qu’il y a de l’engouement. »

« Bon, je ne suis pas le bon exemple car ça doit faire 20 ans que je n’en ai pas acheté. Je préfère mettre de l’argent sur les déplacements de l’équipe de France. Mais s’il y a un engouement tant mieux : plus on verra de personnes avec ce maillot, plus on sera heureux car on sentira que les Français sont derrière l’équipe. Pour Benzema, tant mieux si on se renforce sportivement, mais je suis passionné par l’équipe de France, pas par un joueur. »

Du côté de la FFF, on assure qu’on fera les comptes plus tard. Plus Karim et ses amis longtemps perdus de vue iront loin, plus la somme sera rondelette, sachant qu’un maillot avec flocage coûte une centaine d’euros. « Il s’en vend à chaque minute, témoigne Marie Trubert. Si on est champions d’Europe, tout le monde n’aura pas son maillot. » En tout cas, pas le numéro 19.