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Ousmane Dembélé peut-il encore devenir un serial killer face au but ?

Equipe de France : Ousmane Dembélé a retrouvé son modjo, mais peut-il encore devenir un serial killer face au but ?

FOOTBALLSi Dembélé a retrouvé la forme avec le Barça ces derniers mois, le Français rappelé par Deschamps en Bleu pêche encore trop face au but
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Le dernier match d’Ousmane Dembélé avec l’équipe de France remonte au 16 novembre 2018, lors de la défaite (2-1) des Bleus au Pays-Bas.
  • De retour en forme cette saison sous le maillot du Barça, l’ancien Rennais réintègre le groupe France au meilleur des moments, à trois mois du début de l’Euro.
  • Si on a retrouvé le Dembélé capable de mettre un énorme boxon dans les défenses adverses, l’attaquant français pêche encore trop souvent dans le dernier geste.

Avec certains, ce sont les silences qu’il faut écouter et décortiquer pour comprendre le fond de leur pensée. Avec Didier Deschamps, c’est plus simple, tout est dans le rictus. Exemple jeudi dernier, quand on a invité le sélectionneur à expliquer pourquoi il avait choisi de rappeler Ousmane Dembélé en Bleu deux ans après sa dernière convocation chez les A. Réponse : « Il enchaîne les matchs, il a retrouvé ses capacités athlétiques avec toujours cette capacité à faire des différences… même s’il pourrait gagner en efficacité [sourire en coin]. »

Au même instant, dans sa tête, lui reviennent sans doute comme nous les images de Dembélé au Parc des Princes, en 8e de finale retour de C1 face au PSG. Ce soir-là, depuis son côté gauche, Dembélé a dynamité la défense parisienne, se créant parfois des espaces qui n’existaient que dans sa tête, pour au final vendanger le dernier geste A CHAQUE FOIS.

Si Philippe Montanier, le coach qui l’a lancé en pro avec Rennes en 2015, nous trouve un peu sévère avec lui, il valide notre constat : « A part une fois où il tire au-dessus, je dirais que c’est plus Navas qui a bien joué que Ousmane qui n’a pas été bon. Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’il a vendangé dans le sens où il ne s’est pas présenté cinq fois seul devant le but et tiré cinq fois à côté. Après, je suis d’accord, son axe de progression se situe là, dans la finition. »

Au Parc (comme au Camp Nou), Dembélé aurait pu faire plus mal au PSG en s'appliquant dans le dernier geste.
Au Parc (comme au Camp Nou), Dembélé aurait pu faire plus mal au PSG en s'appliquant dans le dernier geste.  - FRANCK FIFE / AFP

Montanier ne se fait pas de souci pour lui

Après s’être (trop) longtemps demandé si l’ancien de Dortmund n’était pas en train de gâcher son talent – à cause d’une hygiène de vie plus propice à faire une licence de philo qu’une carrière de footballeur de haut niveau – on s’interroge désormais sur sa capacité à progresser dans le dernier geste. Car avec le talent hors norme qui est le sien, imaginez la régalade que ce serait si « Dembouz » devenait un vrai buteur clinique… Brrr, les frissons !

Pour l’ancien coach rennais, le principal avec Dembélé, qui affiche au compteur 28 buts et 21 passes déc' en 110 matchs avec le Barça, c’était d’abord qu’il retrouve de la constance après une année dernière pourrie par les blessures. « Je le trouve plus consistant depuis quelques mois avec Barcelone et ça c’est une bonne chose, analyse-t-il. J’ai l’impression qu’il a changé dans la manière d’appréhender son métier, c’est fait de façon plus professionnelle avec tout ce qu’on appelle la préparation invisible. Ça lui a permis d’être plus fiable physiquement et plus fiable globalement sur le terrain.»

En paix avec son corps, le Normand va donc pouvoir bûcher sur sa finition devant le but. Montanier : « Les buteurs expérimentés arrivent à avoir cette justesse, cette froideur, appelez ça comme vous voulez. Et souvent ils évoquent un certain relâchement dans les un contre un qui leur permettent de transformer les occasions en but. Avec Ousmane, je pense que ça va venir avec l’expérience et l’âge. Il est même possible que dans les mois qui viennent, il arrive à passer un cap de ce côté là. » Ça tombe pas trop mal, il paraît que les Bleus disputent une petite compet' sympatoche en juin.

Joue-là comme Aubame

Pour ça, on l’invite à se pencher sur le cas de Pierre-Emerick Aubameyang. Catalogué au rayon des dragsters-de-compétition-seulement-bon-à-déborder-et-centrer quand il était à Monaco, le Gabonais s’est peu à peu transformé en machine à but en débarquant du côté de Saint-Etienne. Adjoint de Christophe Galtier à l’époque, Alain Blachon se souvient parfaitement de cette métamorphose. « C’était un joueur qui n’était pas spécialement un buteur quand il est arrivé avec nous, mais à un moment donné il a pris la décision de bosser. Et comme il était déjà très rapide et pas maladroit du tout avec le ballon, il a suffi d’appuyer le bouton, d’avoir un déclic pour concrétiser tout ça par des buts », rembobine-t-il.

Comment ? Oh, rien de bien révolutionnaire à l’écouter : « Il s’est mis à bosser dur après les entraînements, on faisait pas mal d’ateliers spécifiques notamment. Mais des trucs touts simples hein, tu prends le ballon, tu tapes au but (rires) ». Mais ça a suffit pour qu’Aubameyang y prenne goût. « Il a commencé à planter quelques buts, à prendre conscience qu’il avait du talent en tant que buteur et tout s’est mis en branle, c’était parti. »

Rarement décisif à Monaco ou à Lille, Aubameyang est devenu un vrai buteur sous les ordres de Christophe Galtier à Sainté.
Rarement décisif à Monaco ou à Lille, Aubameyang est devenu un vrai buteur sous les ordres de Christophe Galtier à Sainté.  - PHILIPPE MERLE / AFP

Dans la même catégorie des lève-tard, on pense aussi à Didier Drogba. Remplaçant au Mans puis lors de ses six premiers mois à Guingamp, le joueur voit la lumière un soir d’août 2002 contre le grand Lyon de Juninho. Entré en jeu à 1-3, l’Ivoirien sort une partition parfaite et égalise à la 93e dans un Roudourou en lévitation. Comme nous l’expliquait Coco Michel, le capitaine guingampais de l’époque, dans un ancien papier, ce fut un déclic.

« « Quand il est arrivé en janvier 2002, déjà on ne le connaissait pas vraiment, et surtout, faut dire ce qui est : il n’était pas bon. Il ratait à peu près tout ce qu’il tentait. Sur le travail devant le but, il forçait trop ses frappes et il mettait tout à côté. Ce match a pu jouer un grand rôle sur le plan mental. A partir de là, tout ce qu’il avait raté précédemment aux entraînements, ça rentrait à chaque fois. Sur la fin, il aurait pu tirer les yeux fermés, ça serait rentré. » »

Deschamps préfère prendre Dembélé comme il est

Mis bout à bout, deux tendances se dégagent pour en arriver là : d’abord beaucoup de travail et le petit déclic qui va bien sur la fin pour accompagner tout ça. « Ousmane est capable de faire de grosses différences, de marquer des buts, après il pourrait en marquer plus et gagner en efficacité, c’est vrai, a convenu Didier Deschamps en conférence de presse, mardi. En gagnant en maturité, on fait certainement de meilleurs choix, même si les attaquants ont toujours des périodes où ils sont moins efficaces que d’autres. » Pour Deschamps, « l’idée n’est pas de le transformer » du tout au tout.

« C’est lui, il a ses fulgurances (…), il est comme ça, enchaîne-t-il, presque sceptique sur la question. Non pas qu’il ne puisse pas progresser, mais moi je préfère de toute façon plus regarder ses qualités. Les joueurs ont tous des petits défauts qu’on peut gommer avec le temps. Des fois ça ne se gomme pas, ils sont comme ça. » Un constat moyennement partagé par Alain Blachon : « Dembélé est un mec hyper talentueux, hyper complet, avec une grosse technique, deux bons pieds, capables de mettre des buts de près ou de loin, il a donc tout ce qu’il faut pour développer ses qualités de finisseur. » Sans vouloir se mettre DD à dos, on préfère quand même opter pour le scénario numéro 2.

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