PSG-Barça : Avec le retour de Laporta, le Barça peut-il croire à nouveau à une remontada ?

FOOTBALL L'ancien président de 2003 à 2010 est de retour aux affaires à quelques heures du 8e de finale retour de C1 face au PSG

Aymeric Le Gall
— 
Le retour de Joan Laporta à la tête du Barça redonne de l'espoir aux supporters catalans.
Le retour de Joan Laporta à la tête du Barça redonne de l'espoir aux supporters catalans. — LLUIS GENE / AFP
  • Joan Laporta a retrouvé son siège de président du Barça, dimanche soir, au terme d’une élection organisée après la démission de Bartomeu fin octobre.
  • Fort de son expérience et de son bilan passé, le nouveau boss a redonné un peu le sourire aux supporteurs dans une saison jusqu’ici très compliquée à tous points de vue.
  • Mais le retour de Laporta a-t-il été jusqu’à redonner de l’espoir aux supporteurs en prévision du match de mercredi ? 20 Minutes a creusé la question.

Hasard du calendrier ou clin d’œil d’un destin malicieux censé refiler un coup de boost aux socios blaugranas avant le match retour face au PSG, les élections présidentielles au FC Barcelone, initialement prévues courant janvier, ont été repoussées à cause de la situation sanitaire espagnole à quatre jours du choc au Parc des Princes. Et sans surprise, c’est l’ancien président Joan Laporta (2003-2010) qui a retrouvé son trône dimanche soir après une première tentative infructueuse de retour il y a six ans.

A l’issue d’un scrutin dont la participation a dépassé les 50 % (55.611 votants), Laporta a été élu dans un fauteuil, mais la tâche qui attend le Catalan ne sera pas de tout repos tant le club culé n’a jamais semblé aussi mal en point, économiquement et sportivement. Il s’agira donc, comme il l’a expliqué dimanche soir depuis le préfabriqué servant de QG électoral à son équipe de campagne, de « redonner de la joie » au peuple blaugrana. Et de l’espoir, aussi, un peu, avant le déplacement à Paris mercredi consécutif à la rouste reçue il y a trois semaines au Camp Nou (1-4). Croire et faire croire qu’une remontada bis est possible, voilà une première mission d’envergure pour l’avocat barcelonais.

Dans l’immédiat, rien de plus simple serait-on tenté d’écrire. Laporta n’aura qu’à surfer sur l’euphorie de dimanche, les élections présidentielles ayant ça de formidable qu’elles pourraient redonner de l’espoir au plus dépressif des grands romantiques du XIXe siècle. Ça n’a d’ailleurs pas traîné. « Je crois qu’on peut dire qu’à la minute même où les résultats officiels ont été connus, on a senti un vent d’espoir autour du club chez les socios, de par la personnalité forte de Laporta, témoigne l’économiste Marc Siria I Roig, membre de la candidature de Laporta en 2015. Il ne faut pas oublier qu’avec Bartomeu, on a eu à la tête du club un profil assez discret et qui n’est jamais vraiment arrivé à transmettre des émotions, de l’espoir, or c’est quand même le rôle d’un président au-delà de la simple gestion du club. Les supporteurs attendent de leur président qu’il soit le premier représentant du club. »

« C’est le président avec lequel on a été heureux »

Avec son teint hâlé, son verbe haut et sa gueule carrée d’acteur hollywoodien, c’est rien de dire que la personnalité de Laporta tranche avec celle, plus terne, de l’ancien président démissionnaire Bartomeu. « On peut difficilement faire mieux en termes de détermination et de charisme, c’est quelqu’un qui a toujours su transmettre de l’espoir, de l’ambition », appuie son ancien collègue Siria I Roig. Surtout, les socios ont choisi de faire confiance à une personne qui peut se targuer d’avoir un bilan, un vrai : sous le premier mandat Laporta, le Barça c’est douze trophées en sept ans, dont deux Ligues des champions et quatre Ligas. C’est aussi des choix de coachs payant, Rijkaard et Guardiola n’ayant jamais trouvé depuis de digne successeur sur le banc catalan. Et ça les supporteurs ne l’ont pas oublié.

Laporta et Guardiola avec le trophée Joan Gamper, le 25 août 2010 au Cam Nou.
Laporta et Guardiola avec le trophée Joan Gamper, le 25 août 2010 au Cam Nou. - JOSEP LAGO / AFP

Comme Pablo Sanchez, ce socio de 33 ans qui a voté pour la première fois de sa vie aux élections du club : « Au début j’avais pensé voter pour Victor Font, c’était celui qui m’avait le plus convaincu, mais quand Laporta a annoncé qu’il allait se présenter, il n’y avait plus débat. C’est le président de mon enfance, celui avec lequel on a été heureux et puissants. » « Les socios ont choisi l’option de l’expérience, et vu les difficultés actuelles que traverse le club, ça semble assez logique, analyse Marc Siria I Roig. Sans faire de comparaison exagérée, souvenons-nous qu’en 2003 aussi le club connaissait une situation économique compliquée et que Laporta avait réussi à tout point de vue (institutionnel, sportif et économique) à redresser la barre. Ils ont donc voté pour lui en espérant que se répète sa bonne gouvernance. »

Plus que le match de mercredi au Parc des Princes, sur lequel il n’aura pas ou peu d’impact, c’est surtout dans le dossier de la prolongation de contrat de Leo Messi que Laporta va jouer une partie de sa crédibilité, lui qui n’a cessé de répéter (encore dimanche soir) qu’il pensait pouvoir convaincre l’Argentin de rester au bercail. Une confiance décuplée par le déplacement de la Pulga en personne, dimanche, pour venir voter en compagnie de son fils Thiago. Marc Siria I Roig : « Le meilleur joueur de l’histoire du football [c’est un Barcelonais qui parle] qui apparaît avec son fils pour voter comme un simple socio parmi les autres, quel message ça envoie ? Une preuve d’amour et d’appartenance très forte au Barça. » Et à Laporta ? Il est trop tôt pour le dire.

Un espoir mesuré pour mercredi

Ce qui est sûr, c’est que l’ambiance Walking Dead au lendemain de la victoire du PSG au Camp Nou a changé ces derniers jours. « Avant les élections, il y avait une forme de pessimisme, presque de renoncement en pensant au match retour contre le PSG. Depuis dimanche soir, même si ça avait déjà un peu commencé avec les derniers bons résultats du club, les choses ont changé, le vent a tourné, perçoit l’économiste proche du nouveau président. Je ne dis pas que tout le monde y croit à fond, juste qu’on a envie de voir ce qu’il est possible de faire. Il faut y aller, jouer et on ne sait jamais. » Sur un malentendu, ouais, on connaît.

Dire que le retour du boss a retourné les esprits à très court terme serait donc un poil exagéré. Pablo Sanchez confirme : « Entre l’élection de Laporta, le jeu de l’équipe ces dernières semaines et la remontada contre Séville en Coupe du Roi [défaite 2-0 à l’aller, victoire 3-0 au retour], on peut dire que l’espoir renaît un peu. Enfin… Je dis ça mais personnellement ça me paraît infaisable cette année. Mais bon, comme disait Neymar avant le 6-1 : la remontada c’est 1 % de chance et 99 % de foi. »

S’il s’est contorsionné à la tribune dimanche soir en se montrant à la fois prudent et ambitieux (« On va à Paris pour voir si on peut remonter ! »), Joan Laporta a tout de même lancé les hostilités. « Le Paris Saint-Germain a manqué de respect au Barça en parlant publiquement de Lionel Messi, a-t-il attaqué la tête dans le guidon. Un joueur peut publiquement souhaiter la venue du meilleur joueur de l’histoire [il fait référence aux appels du pied de Neymar, Di Maria et Paredes à Messi], mais pas un club. Leonardo s’est trompé et je pense qu’il le sait bien, car il connaît bien le football. Je suis certain que le PSG a bien compris le message. » Comme quoi, Laporta ou pas, il y a des choses qui ne changeront jamais au Barça.