Girondins de Bordeaux : A peine arrivé, déjà reparti… Paulo Sousa, l’année de tous les contrastes

FOOTBALL Dimanche à Saint-Etienne (15h), le Portugais soufflera sa première bougie à la tête du club

Clément Carpentier

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Paulo Sousa prépare-t-il son départ du club ?
Paulo Sousa prépare-t-il son départ du club ? — FRANCK FIFE / AFP
  • L’heure est au bilan pour Paulo Sousa un an après son arrivée aux Girondins de Bordeaux.
  • Dans un contexte extra-sportif très compliqué, le Portugais a tenté d’imposer sa patte de bosseur et gagneur sans résultat probant sur le terrain pour le moment.
  • Déçu par ses dirigeants, il pourrait même quitter le navire en fin de saison à en croire sa communication ces dernières semaines.

Deux places. Voilà la progression des Girondins depuis l’arrivée de Paulo Sousa, le 8 mars 2019. Dimanche à Saint-Etienne (15h), l’entraîneur portugais soufflera sa première bougie à la tête de l’équipe. Si cette saison Bordeaux (12e) peut encore croire à une qualification européenne (à quatre points de la 5e place) contrairement à il y a un an, le bilan de l’ancien milieu de terrain de la Juventus et de Dortmund reste tout de même aujourd’hui insuffisant : 13 victoires, 11 nuls et 17 défaites en 41 matchs. Et une moyenne de 1,2 point par match en Ligue 1.

Ça, ce sont les faits. Mais pour juger la première année de Paulo Sousa en Gironde, il faut y associer le contexte car en dehors du terrain il a vécu 12 mois en enfer pour un coach (divorce entre les propriétaires, moyens financiers très limités ou encore conflit avec les supporters). Des évènements pas vraiment au programme pour celui qui souhaitait « élever le niveau de son équipe pour lui faire retrouver un rang à la hauteur de son histoire » lors de son arrivée. Un pari pour l’instant raté. Pourtant, tout n’est pas à jeter.

Un énorme bosseur qui a remis de l’ordre dans le club

Arrivé à Bordeaux sur les conseils de l’actuel directeur du football du club Eduardo Macia, ce globe-trotter des bancs de touche (neuf clubs en dix ans) a dans un premier temps remis de l’ordre et du professionnalisme dans une institution qui partait à vau-l’eau. Règles de vie strictes, staff technique élargi, infrastructures repensées… Paulo Sousa peut s’appuyer sur sa grande expérience dans le monde du football : « Je suis ultra-exigeant avec moi-même donc je demande la même chose aux autres », aime-t-il rappeler. C’est surtout un bourreau de travail comme le souligne un membre du vestiaire :

« Il a apporté que du positif. De l’exigence à tous les niveaux. Ce sont souvent des petites choses mais elles changent tout. Il a amené une superbe ambiance de travail. Il dit qu’on est comme une famille et c’est bien vrai. Et j’ai jamais vu un entraîneur et son staff aussi investis et bons. »

Une culture du travail et de la gagne qu’il essaie d’imprimer depuis un an à ses joueurs mais aussi à tout un club dans un sommeil profond ces dernières années. Sur ce point, le « processus » (son expression préférée) est en marche et porte plutôt ses fruits avec ses joueurs. A part quelques matchs insipides dus surtout aux limites techniques et tactiques de son effectif, il n’y a rien à redire sur l’état d’esprit de son équipe contrairement aux saisons précédentes. Celle-ci a souvent fait preuve de caractère pour revenir au score par exemple. Il y est pour beaucoup.

L’autre réussite du Portugais, c’est d’avoir ramené un peu de spectacle sur le terrain. Entraîneur innovant à l’image de son système de jeu modulable installé lors d’une première partie de saison plutôt réussie, il prône un football offensif même s’il n’est pas forcément adapté à un championnat très physique. Malgré l’absence d’une pointure devant, les Girondins ont la quatrième meilleure attaque de Ligue 1 : « Il a réussi à relancer un joueur comme De Préville au fond du seau, Hwang que personne ne connaissait est une très bonne recrue, Otavio a pris une nouvelle dimension, Basic progresse de jour en jour… Il fait clairement progresser ses joueurs et ça, c’est souvent bon signe », explique un ancien grand entraîneur français.

Se sentant trahi, il souffle sur les braises

Alors que fait son équipe dans le ventre mou du championnat ? Tout d’abord, il y a ce qu’il ne maîtrise pas. Le mensonge de l’ancien copropriétaire du club GACP qui lui avait promis des investissements sportifs importants pour construire un projet afin de retrouver la Ligue des champions d’ici trois ans. Problème, le fonds d’investissement américain n’a jamais eu un rond dans les poches. Une forme de trahison pour Paulo Sousa. Elle l’a fait sortir de ses gonds à de très nombreuses reprises en lui faisant un peu perdre de vue le terrain. Au point d’être presque obnubilé par le non-recrutement d’un attaquant depuis un an.

Ensuite, il y a ce qu’il maîtrise. Et comme tout bon entraîneur, le Portugais a le défaut (ou la qualité selon les avis) d’être très têtu. Si ce trait de caractère n’est pour rien dans la fin de saison dernière en eau de boudin, il est pour beaucoup dans ce terrible passage à vide entre décembre et janvier (six défaites en sept matchs) qui plombe aujourd’hui la saison bordelaise. « Il a mis deux mois à se rendre compte que son système ne marchait plus, que toutes les équipes avaient compris, et en plus celui-ci n’était parfois pas adapté à certains de ses joueurs », insiste un proche du club. Des joueurs peut-être eux trop limités sur le plan tactique comme l’avouera son capitaine Benoit Costil : « Il fallait revenir à des choses plus simples ».

Mais le mal était déjà fait : une dégringolade en Ligue 1 (de la 3e à la 12e place) et deux éliminations en coupe. La crise sportive s’ajoutant à la crise extra-sportive chez les Marine et Blanc. Dans ce contexte encore très tendu aujourd’hui, Paulo Sousa ne fait rien pour l’apaiser. Au contraire, il ne perd pas une occasion pour remettre de l’huile sur le feu depuis notamment le mercato hivernal et sa déception face aux manques de moyens financiers du club malgré la prise de pouvoir de King Street. Et peu importe si dimanche dernier face à Nice au moins 15 entraîneurs de Ligue 1 sur 20 auraient aimé avoir son banc de touche : Oudin, Kamano, Jovanovic, Adli, Maja et Aït-Bennasser. Aujourd’hui, il n’hésite pas à titrer à boulets rouges contre sa direction de façon directe ou indirecte. Comme s’il cherchait la rupture…

Déjà prêt à quitter le navire ?

Expert en communication au point de citer la devise de la République française – « liberté, égalité, fraternité » – pour répondre à sa direction ou de ne jamais oublier de caresser les supporters dans le sens du poil, Paulo Sousa semble préparer sa sortie au fil des semaines. Malgré deux recadrages successifs de sa direction – le premier pour lui demander de se concentrer uniquement sur le terrain et le second pour arrêter de mettre tous les problèmes sur la place publique via son entourage – il a affirmé la semaine dernière dans la Gazzetta dello Sport. être à la recherche de « projets ambitieux et gagnants ». Il serait donc déjà sur le marché.

Frédéric Longuépée (président délégué) et Paulo Sousa (entraîneur).
Frédéric Longuépée (président délégué) et Paulo Sousa (entraîneur). - Nicolas Tucat / AFP

Une déclaration mal vécue par certains supporters alors qu’il dirige l’un des clubs historiques du football français avec en bonus le troisième plus gros salaire de coach de Ligue 1 (280.000 euros mensuels). Ces dernières semaines, le soutien populaire se fait d’ailleurs de plus en plus discret : « On n’est pas dupe sur Sousa mais l’urgence est ailleurs (le départ de King Street) », glisse un supporter historique.

Il faut dire que l’omniprésence de son agent agace de plus en plus et pas qu’en interne. C’était d’ailleurs la seule chose sur laquelle se rejoignait GACP et King Street. Comme dans d’autres clubs, ce dernier chercherait systématiquement à prendre sa part dans chaque transfert du club à l’image de celui de Rémi Oudin où il a obtenu le mandat du Stade de Reims grâce à des intermédiaires et même sollicité directement le joueur pour lui demander pourquoi il prenait autant de temps pour rejoindre Bordeaux selon les informations de 20 Minutes.

Aujourd’hui difficile donc d’imaginer Paulo Sousa souffler sa deuxième bougie sur le gâteau des Girondins. Malgré cette situation, l’ancien entraîneur de la Fiorentina n’a pour l'instant jamais évoqué un possible départ avec ses dirigeants et le club n’a pas entamé de recherches à ce jour pour lui trouver un remplaçant. Une réunion est même prévue début avril entre les deux parties pour évoquer le prochain mercato selon nos informations. En attendant, dimanche à Saint-Etienne, il ne lâchera pas d’un centimètre ses joueurs comme à son habitude et une fin de saison en apothéose n’est toujours pas à exclure… Tant que le briquet sert à fêter sa première saison aux Girondins et pas à autre chose !